peut-on vibrer toute sa vie ?



Il est des amours qui se construisent au fil des jours, et d’autres qui débutent dans un feu d’artifice et embrase ses protagonistes. L’amour passionnel, qui fait fantasmer les amoureux de l’amour, peut-il toutefois durer toute la vie ?

Quelques histoires d’amour se sont construites sur des amitiés au long cours qui ont vu naître peu à peu des sentiments doux et solides. Mais, dans la plupart des cas, les relations amoureuses sont nées de la rencontre de deux individus qui s’attirent et se lient, sentant naître des sentiments puissants qui, au premier chapitre de leur histoire, leur fait expérimenter l’amour dit passion. Mais qu’a-t-il de particulier, cet amour qui fascine hommes et femmes depuis un bon bout de temps ?

Qu’appelle-t-on « amour passionnel » ?

Avant que le quotidien et les projets communs ne transforment l’ardeur des débuts en un type de sentiment moins brûlant, les amoureux expérimentent l’amour passionnel. Du coup de foudre cinématographique à l’attraction dévorante, le cœur connaît alors, à des degrés divers certes, des perturbations qui le font sérieusement sortir de sa zone de confort.
Dans ces moments de la cristallisation de l’amour, tandis que la relation entre deux êtres se noue, le désir est souvent intense. Hommes ou femmes, les protagonistes décrivent alors une envie permanente ou du moins beaucoup plus fréquente que par la suite de faire l’amour avec leur partenaire, afin de fusionner tout à fait avec l’objet de leur affection, voire de leur obsession, dont ils ne savent plus comment gérer l’attraction qu’il suscite chez eux. Naît alors une impression de dépendance à l’autre, comme si sans lui on n’était plus vraiment soi. un état étrange qui fait se sentir unique, et où la raison pour un moment se tait, laissant les seules émotions embrasser le monde alentour.
Au centre des pensées, de toutes les conversations, l’être aimé occupe alors toute la place. Lors de cette phase d’attraction passionnelle de la relation – un an et demi selon certains experts, trois ans pour Beigbeder –, l’entourage des amoureux peut se sentir mis à part, tant la passion nouvelle prend de la place dans la vie des cibles de cupidon. « On est alors dans l’Eros, explique Véronique Kohn, psychothérapeute, et psychologue spécialiste du couple. Soit, selon la lecture des grecs et leurs degrés de l’amour, davantage dans le ‘posséder, prendre, saisir’ un objet qui nous échappe, puisqu’on est encore à ce moment-là dans l’insécurité. Et l’on projette sur l’homme ou la femme sur lequel notre choix s’est porté un idéal amoureux, comme s’il allait nous correspondre totalement. Mais, il y a évidemment des zones aveugles. »
Est-ce à dire que l’amour passion laisse forcément place à la désillusion ?

L’amour passionnel peut-il durer longtemps ?

Classiquement, lorsque deux êtres décident de passer leur vie ensemble, et après vingt ans de vie commune, il est rare qu’ils se jettent (homme ou femme) l’un sur l’autre le soir après une journée de boulot, le métro, les courses au supermarché et les enfants devenus mutiques à mesure que des poils leur poussait un peu partout. Mais alors, est-ce à dire que l’amour passion ne serait accessible qu’aux néo-amoureux, et donc programmé, comme un papillon ephémère à voler quelques heures, s’accoupler et mourir rapidement avec le sentiment du devoir accompli ? « Non, certains couples parviennent à entretenir l’amour passionnel, rassure Véronique Kohn. Mais peut-être en mettant le curseur un peu plus bas, et en entretenant cette insécurité. Les couples qui s’admirent y parviennent. Il y a aussi ceux qui se mettent dans des amours impossibles. Qui font des allers et retours, sont dans le ‘je t’aime, je te quitte’, ou sont en couple longtemps avec quelqu’un de marié, donc inaccessible. Dans les couples ‘classiques’, ce sont souvent des gens qui s’engueulent et se réconcilient au lit. L’amour passionnel a souvent à voir avec la sexualité et le désir. »
L’amour passionnel au long cours serait donc réservé à ceux qui, consciemment ou non, bouleversent constamment l’équilibre d’une harmonie de couple pour se faire peur, ou du moins ressentir des sensations fortes, les autres émotions n’étant pour eux synonyme d’ennui. Mais dans cette insécurité permanente, peut-on ressentir un réel plaisir ? « Oui, on peut être heureux dans l’amour passionnel, répond l’experte. Mais seulement si on dialogue beaucoup. Et qu’on ne fait pas vivre à l’autre l’enfer… »

La passion peut-elle être constructrice ?

Car s’il n’est pas rare qu’on associe passion et destruction, c’est parce que beaucoup, pour entretenir cette flamme si fragile des premiers moments, usent de stratagèmes – consciemment ou non – qui peuvent s’avérer toxiques. Et parmi eux, la jalousie et la possessivité font rapidement basculer vers un amour qui n’en est parfois plus un. « L’amour passionnel va souvent avec la violence, explique Véronique Kohn. Mais dès lors que la personne se met en danger ou met en danger l’autre, on est davantage dans une conduite névrotique que dans l’amour. Cela ressort de la pathologie. Le terme de ‘crime passionnel’, par exemple, ne serait jamais adopté aujourd’hui. Il y a peut-être eu une époque où on a idéalisé l’amour, parce que les mariages étaient arrangés, qu’on en rêvait et qu’il nous était inaccessible, puisqu’on n’avait pas le choix de son partenaire. Alors, on pouvait presque rêver de mourir d’amour, comme Roméo et Juliette. Mais ça n’est pas ça, la passion. » Lorsque l’amour passionnel devient nuisible, voire dévastateur, et pour se donner une chance, il est bon d’envisager un travail sur soi auprès d’un professionnel, ou une thérapie en couple, afin de réguler ces souffles qui tiennent notre binôme en équilibre. Parfois, la rupture, inéluctable même lorsque l’amour passionnel semble encore vivant, vient mettre fin à une histoire devenue toxique.

L’amour passionnel peut-il nous tomber dessus à tout âge ?

A l’image des héros de Shakespeare, ce sont souvent les plus jeunes qui, dans l’imaginaire collectif, seraient le plus souvent sujets à rencontrer l’amour passionnel (qu’ils abandonneraient devenus adultes, et donc ennuyeux raisonnables). Plus grande propension à s’émerveiller, candeur amoureuse, entrain des débuts (de la vie), on comprendrait en effet que l’âge et l’expérience douche les candidats à l’amour brûlant. Et pourtant, selon l’experte, il n’en est rien (hourra). « Bien sûr que même les seniors peuvent vraiment tomber amoureux de manière passionnelle. Des rencontres comme celle-là, ça arrive à n’importe quel âge. En revanche, ça ‘tombe’ plus souvent sur ceux qui n’ont pas peur (de se jeter dans l’amour, de souffrir). Mais lorsqu’on laisse parler l’éternel adolescent (le puer aeternus, archétype de Young) qui est en nous, il est au rendez-vous ». Ainsi en est-il des « cœurs d’artichauts », toujours en quête de ces vibrations sensationnelles, qui foncent comme des novices à chaque nouvelle histoire, sans hésiter à tout donner.
D’autres, en revanche, sont conditionnés, parfois depuis le plus jeune âge, pour ne pas « sombrer » dans cet amour-là. Verrouillés, ils avancent dans la vie amoureuse avec une carapace qui les tient éloignés du danger de cette passion qu’ils expriment parfois à travers la sexualité. Cette retenue du coeur peut s’être installée suite à un traumatisme grave ou un amour déçu qui les a rendus frileux des grands sentiments.
Car l’amour passionnel, s’il peut nous « tomber dessus » à tout âge, ne naîtra que si on décide de lui donner une chance.



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