« J’ai reçu des centaines d’insultes pour avoir émis un … / France / Médias / SOFOOT.com



Harcelée sur les réseaux sociaux pour s’en être pris à une banderole de supporters parisiens visant Dimitri Payet et son épouse, Charlotte Namura en a gros sur la patate. L’ancienne journaliste de TF1, aujourd’hui rédactrice en chef de CS Mag, revient sur son dimanche cauchemar, qui illustre pourtant bien son quotidien de femme passionnée de football.

Quelle a été ta première réaction en voyant la banderole qui visait notamment la femme de Dimitri Payet ?
J’ai eu l’action de lever les yeux au ciel et de souffler, une fois de plus. C’est triste et habituel. Ce n’est pas parce que c’est une habitude que ça ne doit pas changer. L’argument qui vise à dire que ça fait partie de la culture, je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi. Je me suis demandé où étaient les limites. À partir du moment où on s’attaque à une femme enceinte, maman de trois enfants, qui n’a rien demandé, c’est qu’on n’en a plus. Ça veut dire que la prochaine fois, on est capables de mettre le nom de son enfant, de sa mère… S’il n’y a plus de limites, c’est qu’on rentre dans quelque chose de très dangereux.

« Je ne comprends pas que des mecs, qui sont pères de famille, aient pris le temps de faire ça… Tu n’as vraiment que ça à faire de ton samedi et ton dimanche ? »

Certains évoquent du chambrage plus que du sexisme… Tu as du mal à comprendre cette vision ?
C’est génial de chambrer, je suis la première à le faire. Mais on peut aussi avoir un cerveau. On peut également être plus créatifs dans les vannes. On n’a pas d’imagination, ni de répartie, donc on tombe toujours dans la sodomie ou les femmes de joueur. Il n’y a que ça qui fait rire, alors que ce n’est même pas drôle. C’est lourd et c’est un vrai problème. Venez, on invente des vannes ! Je ne comprends pas que des mecs, qui sont pères de famille, aient pris le temps de faire ça… Tu n’as vraiment que ça à faire de ton samedi et de ton dimanche ? Il faut obligatoirement dire que la femme de Payet est une chose qu’on saute ? C’est grave !

Tu t’es donc logiquement offusquée sur Twitter en voyant cela.
J’ai enlevé le bâillon de ma bouche. J’ai simplement exprimé un mécontentement. Je ne comprends pas que la discussion n’ait même pas pu être ouverte. Quand on est suivi par 100 000 personnes, qu’on représente un collectif ultras (le CUP, N.D.L.R.), et que la seule réponse qu’on trouve à me dire, c’est de m’occuper de mes trucs féministes, c’est extrêmement grave. J’ai même vu des emojis morts de rire quand l’un d’eux m’a dit : « C’est l’heure d’égoutter les pâtes. » Je crois qu’on ne réalise pas le manque d’intelligence. Alors derrière, on m’a sorti des arguments du style : « On fait plein d’interventions, on est engagés dans le foot féminin… » Bah justement, là tu es en train de démolir toute l’image que tu essaies de redorer. Ça voudrait dire que quand on s’engage à côté, on peut se permettre d’insulter tout le monde ? Non, désolé !

« On est partis ressortir des photos avec mon mari. Ça va très loin, alors que ça part d’un avis que j’ai simplement émis. »

Est-ce que tu penses avoir reçu plus de critiques et d’insultes car tu es une femme ?
Je suis jalouse même. (Rires.) Les hommes ne se font même pas insulter. The Big Brunowski, un twittos que j’adore et qui est parti gueuler lui-même un bon coup, est-ce qu’il a reçu des insultes ? Honnêtement, j’en ai reçu des centaines, je ne plaisante pas. On est partis ressortir des photos avec mon mari. Ça va très loin, alors que ça part d’un avis que j’ai simplement émis. Quand je vois que le collectif ultras du club que j’aime et que je supporte depuis toujours se comporte de la sorte, sans même avoir un minimum de réflexion ou de discernement… Ce sont des bourrins, en fait.

De manière générale, outre la banderole, tu reçois beaucoup de propos machistes sur les réseaux sociaux quand tu parles de foot ?
C’est immonde, et c’est tous les jours ! Les gens en rigolent, mais j’ai vu passer un message qui disait : « On certifie un lave-vaisselle. » Vous vous rendez compte ? Donc moi, je suis un lave-vaisselle ? Même là, quand je le dis… (Silence.) J’ai l’impression d’être folle.

Tu en reçois plus qu’au stade ou le nombre est finalement assez similaire ?
Bien sûr qu’il y en a plus sur les réseaux sociaux. Ces gens-là sont des lâches, des gros lâches. Je suis certaine que si on venait à discuter, ne serait-ce que par messages ou au téléphone, ils ne feraient pas autant les malins. Le problème est qu’il n’y a pas de lois pour nous protéger. Ça fait des années que je subis ça : des plaintes laissées dans le vent, des menaces de viol, du racisme envers mon mari… C’est ce qui fait aussi que je me suis éloignée des médias. Cela devenait trop dur moralement. Toutes ces plaintes n’aboutissent à rien, puisque ni Facebook, ni Instagram, ni Twitter n’ont souhaité donner les identités des gens qui m’ont harcelée. Je n’ai même pas d’arme, si ce n’est celle de dire que je suis gavée. Tu vois, même en m’exprimant de la sorte, je sais que je vais me faire insulter. C’est un cercle vicieux, et c’est désespérant. Quand on se permet ce genre de choses, c’est qu’on a eu la liberté pendant très longtemps de le faire. C’est désormais ancré dans leurs têtes, et pour eux, c’est devenu normal d’insulter. Mais ça n’a rien à voir avec la normalité.

« Ça fait des années que je subis ça : des plaintes laissées dans le vent, des menaces de viol, du racisme envers mon mari… C’est ce qui fait aussi que je me suis éloignée des médias. »

On dit que les mentalités évoluent au fil du temps, avec un sport de plus en plus ouvert aux femmes, mais ce n’est finalement pas vraiment le cas ?
C’est terrible. J’ai eu la patience et le courage de lire chaque tweet qui me citait. Il y en a eu un seul qui était positif, sur les 200 ou 250 que j’ai vus. Parfois, ce ne sont même pas des insultes, mais des phrases qui font encore plus mal. Ces gens sont dans une autre sphère.

Qu’aurais-tu envie de dire à tous ces gens qui t’ont insulté ?
Eh bien que c’est du sport, et qu’on ne doit pas être dans une haine aussi violente et virulente. Nous ne sommes pas dans un pays en guerre, ni en plein conflit politique… C’est du sport ! Quel est le besoin d’insulter et de rabaisser comme ça ? La méchanceté ne sert à rien, sauf à se prendre un karma en pleine face, et c’est ce qui s’est passé contre Marseille.

« C’est dur de me dire que tout ça ne m’arrive qu’avec des supporters de foot. »

Ta légitimité et ton crédit ne sont-ils remis en question que par les fans de foot ?
C’est triste et horrible, mais je suis obligée de te dire que oui. Désormais, je suis rédactrice en chef d’un magazine qui s’intéresse vraiment à tous les sports, du trampoline au judo. Même si je suivrai le foot jusqu’à la fin de ma vie, ce sport m’a fait du mal. C’est dur de me dire que tout ça ne m’arrive qu’avec des supporters de foot. Il faut prendre conscience du problème. J’ai aussi l’impression que ça n’arrive qu’en France… Que ce soit en Amérique du Sud ou en Angleterre, où j’ai vécu un an, je n’ai pas le sentiment que ça soit la même chose.

As-tu bon espoir que les choses changent ou le football est-il voué à créer un séparatisme entre les hommes et les femmes ?
Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Mais on part de loin. De très, très loin.

Propos recueillis par Félix Barbé





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