« Parfois, tu as une baraka… » / Coupe de France / 2e tour / SOFOOT.com



Dimanche dernier, en plein cagnard, l’AS Saint-Vigor-le-Grand (R3) affrontait Ducey-Isigny (R1) à l’occasion du deuxième tour de Coupe de France. Un match du dimanche somme toute anodin en Normandie. C’était compter sans la performance monumentale de Nicolas Marie, le gardien des amateurs calvadosiens, qui a offert la victoire à son équipe sur un plateau en arrêtant cinq penaltys lors du match, trois pendant le temps réglementaire et deux durant la séance de tirs au but. La magie de la plus belle des coupes a encore frappé.

Nicolas, il va falloir que tu nous racontes ce match. Comment as-tu réussi a écœurer les joueurs de Ducey-Isigny ?
C’était un match assez fermé. À la 30e minute, ils obtiennent un penalty. C’est leur défenseur central qui tire, un grand gaillard de 35 piges, charismatique. Il le tire plutôt bien, à ras de terre, mais je choisis le bon côté et le détourne. Score nul et vierge à la mi-temps. On démarre mieux la seconde, surtout qu’un joueur de Ducey-Isigny prend un rouge. Je ne suis pas trop en danger, mes gars ont le ballon et dominent. Puis on prend aussi un rouge vers la 70e. 10 contre 10. Ce n’était même pas un match de bourrin pourtant, il n’y a quasi pas une faute du match. Ça a mis un peu d’animosité, alors que le match était plutôt détente. Le vent tourne, les adversaires nous mettent la pression, on est clairement dans le dur. Et à la 95e, ils obtiennent un second péno.
Qu’est-ce que tu te dis à ce moment-là ?
Physiquement, on était moins bien, donc clairement, s’ils plantent, c’était fini. C’est encore le défenseur à l’ancienne, leader de l’équipe adverse, qui vient me défier. Il s’avance, je lui donne le ballon, puis je lui lâche en souriant : « Ça te dit qu’on fasse la même chose que sur le premier ? » Le mec me répond : « Pas de soucis. » Il tire du même côté, je plonge pareil. Autant le premier était très bien placé, mais là, il m’a sorti une grosse mine. Elle arrive à hauteur de mes mains, je la repousse. Aucun de mes coéquipiers ne suit, leur attaquant est le premier sur le ballon. Je fais faute, l’arbitre siffle de nouveau. Penalty, encore. Ma réaction, c’est de mettre une soufflante à l’arbitre et de lui dire que jusqu’au bout, il veut nous la mettre. Puis très vite, j’arrête de jouer au con parce que si je choppe le rouge et qu’on prend le penalty, on perd tout. On fait un gros match, sous un soleil de plomb, on rivalise avec une équipe qui évolue deux niveaux au-dessus, y a pas moyen, on sort pas comme ça. Cette fois, c’est un deuxième tireur qui arrive, un jeune qui a les jambes qui tremblent. Je sens qu’il n’est pas trop serein. Après tout ce qui s’est passé, c’était logique pour moi qu’il ouvre le pied et qu’il change de côté. C’est ce qu’il fait. J’arrête son tir et l’arbitre siffle deux-trois minutes après la fin du temps réglementaire.

« Sur le moment, je suis dans mon match, je ne me rends pas bien compte de ce qu’il se passe. C’est plus la réaction des supporters qui me fait penser que c’est un truc de fou. »

Et tu enchaînes direct avec la séance des tirs au but…
Sur le moment, je suis dans mon match, je ne me rends pas bien compte de ce qu’il se passe. C’est plus la réaction des supporters qui me fait penser que c’est un truc de fou. Perso, je me dis qu’il ne peut pas m’arriver grand-chose. Les mecs vont serrer les fesses en venant. Ils gagnent le toss et décident de nous laisser ouvrir la séance. On plante le premier tir au but (1-0). Eux marquent également (1-1), je prends mon premier pion, je suis hyper déçu. On marque sur le deuxième (2-1), et j’arrête dans la foulée leur deuxième tentative. Très mal tiré cette fois, le mec foire vraiment sa frappe. On est sur notre nuage, donc on marque le troisième (3-1). C’est le grand gaillard, qui a déjà manqué deux pénos qui se représente. Il avait vraiment des couilles, le mec, total respect. Direct, je me dis, impossible qu’il tente trois fois à droite. Je change de côté, mais lui non, il marque (3-2). Mon meilleur pote de l’équipe enchaîne, les filets tremblent encore (4-2). Et là, j’ai encore affaire au même jeunot qui avait lui aussi loupé sa tentative à la 96e. Ils l’envoient au casse-pipe. Il me fait une Titi Henry, zéro élan. J’ai mon côté fort, le droit. Le tireur me donne zéro indication, donc je garde mon côté fétiche, par instinct. Il frappe fort, mais entre le milieu et le côté du but, je laisse traîner ma main gauche et je repousse son tir. On gagne là-dessus (0-0, t.a.b 4-2).

Avant le match, tu avais senti que c’était ton jour ?
Honnêtement, je vais pas raconter de salades, dans les vestiaires pendant la causerie d’avant-match, je me sentais bien, mais sans plus. Il faisait beau, match à la maison face une R1, tout était réuni pour que ça soit un bel après-midi. Les supporters étaient au rendez-vous. Quand je sors le premier péno, je me suis dit que ça partait plutôt bien. Avec le recul je me dis, c’était écrit. Gardien, c’est un poste tellement particulier, parfois tu as une baraka… On aurait pu jouer une heure, il y aurait eu douze poteaux et trois barres, alors que si tu rejoues le même match aujourd’hui, je peux enchaîner boulette sur boulette.

« Un des membres du staff de Ducey-Isigny m’a sorti « Bien joué Jesus ! » en me serrant la main. »

Tes adversaires sont venus te serrer la main après le match ou ils étaient trop dégoûtés ?
Non, les mecs ont été très cool, plusieurs sont venus me féliciter. Le grand 5 m’a dit que c’était mérité. Il y a même un des membres du staff de Ducey-Isigny qui m’a sorti « Bien joué Jésus ! » en me serrant la main.

Quelle a été la réaction des supporters et de tes coéquipiers ?
Les tirs au but ont été tirés du côté du terrain où il y avait le plus de monde. Les spectateurs étaient en folie, ils ont craqué un fumi’, ça allait trop loin ! Ce qui est particulier, c’est que je viens juste d’arriver au club. Je n’ai joué que quatre matchs avec mes coéquipiers. Donc les gars, je les connais depuis un mois grand max. Je ne pouvais pas rêver meilleure entrée en matière.

Avant ce match, tu t’étais entraîné aux penaltys ou pas spécialement ?
Je ne les travaille jamais, je ne suis pas un spécialiste, mais j’aime bien. C’est un moment où le gardien est en position de force et peut être décisif. En Coupe de France, ça permet de faire briller des petits gardiens comme moi. Puis je n’avais même pas eu le temps de m’entraîner la semaine à cause de mon boulot, je suis arrivé comme une fleur le jour du match.

« Le gardien que j’ai le plus idolâtré, c’est Charles Itandje. Il faisait une danse chelou sur les penaltys, j’adorais. »

Tu as une idole au poste de gardien de but ?
Le gardien que j’ai le plus idolâtré, c’est Charles Itandje. Il faisait une danse chelou sur les penaltys, j’adorais. Pour moi, le spécialiste des penaltys, c’est Mickaël Landreau. D’ailleurs, si mon petit exploit pouvait lui parvenir, un petit clin d’œil ça serait cool. C’est pas grand-chose, mais pour la beauté du sport, ça serait sympa !

Au prochain tour, vous allez affronter le SC Hérouville (R2). Tu sais que tu vas être attendu au tournant par des adversaires…
Bien sûr que ça va prêter à sourire, mais je prends beaucoup de recul. C’est un tirage compliqué, mais on les connaît plutôt bien, parce qu’on les a joués en préparation. Après, le match, c’est à la maison et avec cette équipe, on sait qu’on peut faire un parcours intéressant.

Une telle performance individuelle ne passe pas inaperçue. Tu as 29 ans, si demain tu reçois une offre intéressante, tu y réfléchirais ?
Je n’ai aucunement envie d’aller voir plus haut. J’ai 29 piges, je suis chef de secteur dans la grande distribution, je m’occupe de 120 magasins sur toute la Normandie. Je passe mon temps dans la bagnole. Je préfère jouer en R3 avec une bonne ambiance et kiffer avec les copains, plutôt que de taper une R1 ou R2 et cirer le banc.

Propos recueillis par Thomas Morlec





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