Clément Noël : « Comme j’étais nul, c’était soit gardien, soit le …


Chouette, la Coupe du monde est de retour ce week-end ! Et les Français vont encore y jouer les premiers rôles. On ne parle pas de football, mais évidemment de ski alpin. Pas de Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann au départ, mais Alexis Pinturault ou Clément Noël. Étoile montante du ski français, mais aussi mordu de ballon rond, le slalomeur évoque sa passion pour le foot entre Olympique lyonnais, France 2018 et parallèles avec le ski. Entretien au sommet.

Tu es un grand consommateur de sport. Quelle est la place du foot dans tout ça ?
Comme joueur, je suis très mauvais, très limité techniquement, contrairement au ski. (Rires.) Je me contente de regarder à la TV. C’est le sport national, on est obligé d’aimer. Je viens des Vosges, et il n’y a pas de gros club dans le coin, le plus proche c’est Sochaux, sinon Nancy, Metz, voire Strasbourg… Ça ne fait pas rêver. J’aurais pu choisir en fonction des résultats, mais j’ai plutôt fait en fonction de ma région d’adoption : Lyon. Je suis plus lyonnais que Lionceaux. Bon, après, en ce moment, l’OL ce n’est pas très joyeux non plus niveau résultats. (Rires.) Mais on sort d’un beau Final 8, c’était sympa.

Quel est ton premier souvenir de ballon rond ?
Comme les gens de ma génération, j’étais trop jeune pour France 1998, je suis plutôt France 2018. Mais je me souviens très bien de la Coupe du monde 2006, de cette finale contre l’Italie. C’est mon premier vrai souvenir de foot, pas le meilleur… C’était dur. Après, je n’en tire aucune animosité contre les nombreux Italiens que je croise en ski. Au contraire, on a plutôt de bonnes relations.

« La seule piste qui est vraiment un stade de foot, c’est Schladming en Autriche. C’est le Dortmund du ski. Kitzbühel, c’est impressionnant, mais moins festif. Ce serait plutôt le Camp Nou. »

Si tu avais préféré les crampons au ski, ce serait à quel poste ?
Je n’ai fait qu’un an de foot. J’étais gardien parce que j’étais déjà grand. Ce n’était pas forcément mon choix, mais comme j’étais nul, c’était soit gardien, soit sur le banc. Et être remplaçant dans une équipe pas terrible… Mais j’étais très impliqué, très concentré, j’avais envie de bien faire. Bon, ça a duré un an. J’ai un peu de mal avec les sports collectifs. Je préfère ne compter que sur moi, et ne m’en prendre qu’à moi en cas d’échec. En revanche, j’aimais bien la pression du gardien de but, la responsabilité.

Tu vois des points communs entre le ski et le football ?
Les footballeurs travaillent beaucoup pour être bons sans ballon. Pour nous aussi, la plupart du travail, c’est le physique, la préparation mentale pour les évènements, la récupération, etc. Après, si on devait leur prendre quelque chose, ce serait bien d’avoir autant de moyens et de médiatisation qu’eux. C’est impossible évidemment parce que nous, on est un sport mineur. Mais si on pouvait s’inspirer de leur professionnalisation, ça serait pas mal. À l’inverse, je pense que, justement parce qu’on est moins médiatisé, on a plus les pieds sur terre en ski, on est plus connecté au monde réel. Mais c’est normal : les footballeurs sont des stars aujourd’hui, plus que des sportifs, ça doit être compliqué à gérer pour eux.

Comme les footballeurs, vous allez évoluer à huis clos cette saison. Ça change quoi pour un skieur ?
Ça change moins pour nous. Eux ont le public qui les porte pendant tout le match, d’ailleurs les matchs à domicile n’ont pas de sens sans public. Nous, on skie un peu à domicile quand on est en France. Une course de ski se joue rarement à l’influence d’un public, contrairement au foot. En revanche, ils nous font vivre des émotions en cas de victoire. La seule piste qui est vraiment un stade de foot, c’est Schladming en Autriche. Là, il y a vraiment beaucoup de monde, les Autrichiens sont complètement fous de ski. C’est là qu’il y a le plus d’ambiance, Schladming c’est le Dortmund du ski. Après, niveau foule, histoire, prestige, Kitzbühel c’est impressionnant, mais moins festif. Ce serait plutôt le Camp Nou.

Ton principal rival en slalom, c’est Henrik Kristoffersen. Si vous étiez des clubs de foot, qui serait qui ?
Je serais un club assez jeune qui n’a jamais rien gagné, qui montre qu’il est là, qui a ses chances, et Kristoffersen un club installé, favori. Il n’est pas forcément au-dessus, mais lui, il fait deux disciplines, il est beaucoup plus complet que moi, mais j’ai les armes pour lutter. Quel club ? C’est difficile à dire. En revanche, Marcel Hirscher serait le Real Madrid, c’est sûr. Et Alexis Pinturault, je dirais le PSG parce qu’il est français, très fort, mais qu’il a souvent échoué de peu dans la quête du gros globe de cristal, comme le PSG en Ligue des champions.

« Marcel Hirscher serait le Real Madrid, c’est sûr. Et Alexis Pinturault, je dirais le PSG parce qu’il est français, très fort, mais qu’il a souvent échoué de peu dans la quête du gros globe de cristal, comme le PSG en C1. »

Pendant tes années à Val d’Isère, tu n’as jamais croisé de footballeurs à Tignes ou sur les pistes ?
Ah si ! Au mois de juin, il y a souvent Lyon qui vient à Tignes, je les ai déjà croisés dans le col de l’Iseran en vélo. Nous, on descendait en bus du ski, et les joueurs grimpaient. J’ai vu leurs grandes capacités en vélo. (Rires.) On va dire que nous les skieurs, on a de l’avance là-dessus et qu’il y avait quelques joueurs pas très impliqués. On croise surtout des cyclistes aussi. C’est bien de pouvoir partager ce terrain de jeu super, de sortir de la bulle ski, surtout en juin et l’été, on aime bien penser à autre chose.

Sans mauvais jeu de mots, tu es connu pour ta fraîcheur en interview, loin des discours formatés des footeux.
Quand on me pose une question, je réponds naturellement, et je ne veux pas non plus faire l’intellectuel. Comparés aux footeux, on doit beaucoup moins faire attention à ce qu’on dit, on a moins de médiatisation, donc moins de pression et un discours plus personnel. Ça serait bien qu’ils puissent se libérer dans le foot, mais nous on ne peut pas juger.

Tu as fait tes débuts en coup du monde à 19 ans. En 2017, tu es champion de France devant les grands favoris. En 2018-2019, tu es désigné meilleur jeune de la saison. Tu es très mature et à l’aise devant les micros. En vrai, tu es le Mbappé du ski ?
C’est un peu tiré par les cheveux, mais c’est flatteur pour moi. (Rires.) Mbappé c’est une énorme star, un grand champion, très inspirant. Ça me fait plaisir, même si on ne peut pas comparer. Si on parle de l’âge, ce qu’il n’aime pas, oui nos trajectoires de début de carrière se ressemblent. Mais lui a gagné la Coupe du monde…

« En matière de beauté, de régularité, de performance et de mérite, je pense que le globe de cristal pèse plus que le Ballon d’or. »

D’ailleurs, pourquoi tout le monde se fiche de la Coupe d’Europe en ski ?
Parce qu’on a déjà un peu de mal à s’intéresser à la Coupe du monde. (Rires.) La Coupe d’Europe, c’est la Ligue 2, un circuit avec des jeunes qui visent la Coupe du monde. Si déjà on parle bien de la Coupe du monde, et qu’on réussit à avoir plus d’engouement en France, ce sera pas mal. La Coupe d’Europe, moins de temps on y passe, mieux c’est.

Au fait, quand on te dit « Coupe du monde » , tu penses à laquelle en premier ?
À 2018 direct !

Donc au foot, pas au ski…
Ah… Oui, parce que dans l’imaginaire des gens, c’est le foot qui vient en premier, d’ailleurs on n’a pas besoin de préciser « Coupe du monde de football » . En plus, nous, la Coupe du monde, c’est plus un circuit qui se compare à la F1 par exemple, on est un sport itinérant. L’équivalent de la Coupe du monde pour nous, c’est plutôt les championnats du monde. Entre les deux, je préfère évidemment gagner celle de ski, même si j’étais très heureux en 2018 quand la France a gagné en foot. Après, je suis sportif professionnel, donc un peu égoïste, et je veux gagner ma Coupe du monde ! (Rires.)

Qu’est-ce qui pèse le plus lourd : un gros globe de cristal ou un Ballon d’or ?
C’est le Ballon d’or, sans hésitation. En revanche en matière de beauté, de régularité, de performance et de mérite, là je pense que le globe de cristal est plus juste et donc pèse plus que le Ballon d’or. Il se gagne sur un système comptable qui récompense forcément le plus méritant, celui qui a gagné le plus de courses. Le globe de cristal est indiscutable pour un skieur, alors que le Ballon d’or soulève toujours des débats, et n’est pas toujours légitime aux yeux des suiveurs pour diverses raisons. En ski, le vainqueur du globe de cristal a été le plus fort toute la saison, et personne ne peut dire le contraire.

Propos recueillis par Adrien Hémard





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