Houssem Aouar a-t-il déjà raté le tournant de sa carrière ? / International / France / SOFOOT.com


Le milieu lyonnais a débarqué en sélection après une saison plus que convaincante avec l’Olympique Lyonnais. Mais entre son faux départ du Rhône et un futur exercice qui s’annonce périlleux, Houssem Aoaur doit aussi avoir conscience que son droit à l’erreur est extrêmement réduit.

299 792 458 mètres par seconde. C’est très exactement la vitesse à laquelle se déplace la lumière. Mais aussi rapide soit-elle, ce temps de latence suppose une distorsion entre un fait et sa perception. C’est peut-être ce qu’il se passe au moment d’analyser le cas d’Houssem Aouar. Il y a le joueur tel qu’il est apprécié pour sa « qualité technique dans l’utilisation du ballon » , sa « qualité de passes » , « la continuité dans ses performances » , une polyvalence qui lui permet de « jouer milieu offensif, dans l’axe » pour reprendre les mots de Didier Deschamps lors de l’annonce de sa liste. Des qualificatifs qui ne datent pas d’hier, puisque le boss des Bleus concédait suivre le Lyonnais « depuis un moment » , et c’est une accumulation de tout ça qui lui a valu à juste titre une convocation à Clairefontaine. Mais il y a aussi le joueur qu’il est réellement à cet instant précis dans sa carrière. À savoir, un joueur de 22 ans qui vient tout juste de traverser ce qui pourrait ressembler à un sommet, avec une demi-finale de Ligue des champions, avant de reprendre sa route sans dévier sa trajectoire d’un iota. Oui, Houssem était au carrefour de ses ambitions. Et il l’a peut-être raté.
Après une saison bouclée dans un rôle de leader technique dans son équipe de Lyon, après avoir laissé une énorme impression lors de la phase finale de la Ligue des champions, le Gone avait l’occasion de franchir un palier. La Juventus lui avait déjà fait de l’œil cet hiver. Arsenal avait formulé une offre de 36 millions plus Guendouzi et des bonus. Manchester City, le PSG et le Real Madrid étaient aussi entrés dans la danse. Pourtant, début septembre, Juninho assurait n’avoir « rien reçu officiellement » pour son joueur. « Houssem connaît bien la maison, il est chez nous depuis longtemps, on a vu lors du Final 8 ce qu’il était capable de faire lorsqu’il est vraiment concentré sur le match, resituait le directeur sportif rhodanien au micro de RMC avant de poser une question. Je ne sais pas si Houssem est prêt pour changer de projet pour une grande équipe de Ligue 1 comme le PSG. Pour City, bien sûr que Guardiola apprécie le joueur, mais est-ce que c’est le profil qu’ils cherchent aujourd’hui ? » Manque de capacité, mauvais timing, occasion ratées, un peu de tout ça en même temps… Difficile de savoir ce qui a manqué à Aouar pour franchir le pas.

Un train raté peut en cacher un autre


À l’heure actuelle, les portes du mercato se sont refermées, et Aouar est toujours le détenteur du numéro 8 de l’Olympique lyonnais. Samedi dernier, il a en tout cas décidé de rester dans son club formateur, dans une saison sans Europe et sans grand frisson à espérer. Il y a dans ce choix la volonté de ne pas filer sur la pointe des pieds – même si une demi-finale de C1 aurait dû être un sacré pot de départ –, l’envie louable de ne pas quitter une équipe qui n’a pas pu réellement dégoter son successeur, mais aussi la possibilité d’évoluer en terrain conquis pour ambitionner de participer à l’Euro à l’été 2021. Et une mauvaise intégration dans une grande écurie aurait pu revenir à se tirer une balle dans le pied.
Autre bifurcation évitée soigneusement par l’espoir tricolore : celle menant vers l’Algérie, malgré les insistants appels de phare des Fennecs. À ce sujet, le sélectionneur Djamel Belmadi ne dit pas le contraire : « Je suis entré en contact avec Aouar quasiment dès mon entrée en fonction (en août 2018, N.D.L.R.), mais si ça se trouve il a toujours rêvé en bleu. » Une décision somme toute logique, pour un joueur que la FFF a toujours intégré dans son logiciel et dont la sélection n’était qu’une question de temps. « J’avais lu deux ou trois choses sur le sujet, et j’avais entendu des gens en parler, donc je m’étais dit que j’avais ma chance » , confiait l’intéressé à L’Équipe. « Aouar a fait un choix professionnel, cela ne veut pas dire qu’il n’aime pas l’Algérie, arbitrait Islam Slimani. Aouar et les autres, je les comprends. Ils ont vécu en France, où ils ont fait toute leur formation. S’ils sont sensibles à l’Algérie par leurs liens familiaux, ils sont les bienvenus. Mais s’ils préfèrent un autre pays que l’Algérie, il n’y a pas de souci. On ne va pas se mentir, mis à part les parents ou leurs vacances, ils n’ont parfois rien à voir avec l’Algérie. » Et après le faux départ du mois de septembre à cause du coronavirus, c’est bien sous le maillot à deux étoiles que le Lyonnais a fait ses premiers pas en sélection A, ce mercredi contre l’Ukraine.

« Je vais forcément rester discret »

Au Stade de France, en plus d’une timidité naturelle pour un rookie – l’aisance de Camavinga n’ayant rien de rationnel –, Houssem Aouar était donc convié à montrer les raisons de sa présence. Entre faire ses preuves et faire bonne impression dans le groupe, l’équilibre n’est pas simple, et Aouar semblait en avoir conscience : « Je vais à Clairefontaine en étant conscient que je serai au contact de grands joueurs. Ce sera ma première, alors je vais forcément rester discret. Mais sur le terrain, à l’entraînement, je serai à 200%. » Contre la troupe de Shevchenko, le Lyonnais s’est illustré sur les coups de pied arrêtés et a amené le second but d’Olivier Giroud, sa frappe ayant été repoussée sur la tête du centenaire. Pas trop mal, pour une première. Pourtant, quelque chose clochait dans son positionnement : ni milieu, ni ailier, ni meneur, il avait du mal à se situer. Un doute poussé jusqu’à sa place dans la liste de Deschamps. « Oui, j’ai vu que j’étais dans la liste des attaquants, soulignait-il. C’est bien d’être polyvalent, cela permet de se placer dans plusieurs grilles, plusieurs organisations. Je suis là pour découvrir, et si j’ai la chance de jouer, essayer d’apporter ce que je sais faire. Mais sans vouloir remplacer qui que ce soit, et je ne me vois pas me comparer à ces grands joueurs qui ont fait énormément. » Lors de ce rassemblement, contre le Portugal et la Croatie, il devra donc s’affirmer avec un peu plus d’aplomb, pour réellement faire son trou. Il serait vraiment bête de connaître le même destin que les naines blanches, ces étoiles que l’on peut toujours admirer dans le ciel, mais qui ont cessé d’exister depuis plusieurs années.

Par Mathieu Rollinger





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