Juaben, ce village ghanéen où ils sont tous fous d’Aston Villa / Ghana / Insolite / SOFOOT.com


À Juaben, au Ghana, plus de 1000 personnes supportent Aston Villa. Encore plus dingue : là-bas, leur dieu vivant s’appelle Paul McGrath, défenseur des Villans pendant les années 1990.

Roberto Baggio en fait sûrement encore des cauchemars. Avant d’illuminer le Mondial 1994 de sa classe, puis d’envoyer son tir au but dans les tribunes du Rosebowl de Pasadena, Roby avait vécu 90 minutes de calvaire. C’était lors du match d’ouverture, le 18 juin, face à l’Irlande. La raison ? Baggio avait sur son dos un certain Paul McGrath, alors défenseur d’Aston Villa. McGrath va réaliser l’une des performances défensives les plus abouties de l’histoire de la Coupe du monde, alors que, ce jour-là, il avait face à lui l’attaquant le plus chaud de la planète. Pilier de l’équipe irlandaise de 1985 à 1997 (83 sélections), homme fort de Manchester United sous Ron Atkinson (avant de se brouiller avec Alex Ferguson), il a connu les meilleures années de sa carrière à Aston Villa, de 1989 à 1996. Le gaillard a même été élu « Joueur de l’année en Premier League » au terme de la saison 1992-1993, ce qui fait de lui l’un des cinq défenseurs à avoir remporté ce titre honorifique, en compagnie de Colin Todd (1975), Gary Pallister 1992), John Terry (2005) et Virgil van Dijk (2019). Mais ce n’est rien à côté d’un autre titre honorifique que lui a conféré un village au Ghana : celui de… divinité vivante.

« Il y a un dieu du football, et son nom est Paul McGrath »

L’histoire se passe à Juaben, un village situé dans la région d’Ashanti, au Ghana, à quatre heures de route de la capitale Accra. Là-bas, c’est simple, il est pratiquement interdit de supporter une autre équipe qu’Aston Villa. Sur la courte page Wikipedia de la ville, on apprend peu de choses hormis qu’à Juaben, on « cultive la canne à sucre, le riz et la patate douce » , et que « la majeure partie des habitants supporte le club d’Aston Villa » . D’accord. Mais d’où vient donc ce culte improbable ? Il faut, dans un premier temps, remonter en 2010, année où le Ghana se retrouve à dix doigts d’un Luis Suárez d’une demi-finale de Coupe du monde. Owusu Boakye Amando, un habitant de Juaben, décide cette année-là de fonder le Ghana Lions supporters, un fan club dédié à Aston Villa. Jusque-là, rien d’anormal. Ce sont plutôt les raisons pour lesquelles Owusu a commencé à suivre les Villans qui sortent de l’ordinaire.

Dans un documentaire réalisé par Station Twenty, le jeune homme raconte. « Tout vient de mon grand-père, Daniel Aboagye, annonce-t-il. Quand on était petit, il nous racontait des histoires sur Aston Villa, et il parlait toujours d’un joueur qu’il appelait « Dieu », « Dieu », « Dieu ». Un jour, j’ai fini par lui demander : « Qui est ce dieu dont tu parles ? Car il n’y a qu’un seul Dieu et il est au paradis. » Il a ri, et il m’a répondu : « Il y a un dieu du football, et son nom est Paul McGrath. » » Mais comment donc un grand-père dans un village du Ghana situé à 8000 kilomètres de Birmingham s’est-il retrouvé à considérer Paul McGrath comme d’un dieu du foot ?

Aux sources de ce mythe, il y a une rencontre. Une rencontre entre des touristes anglais de Birmingham et l’arrière-grand-père d’Owusu (le père de Daniel, donc). Fans d’Aston Villa, ils ont commencé à parler football et ont raconté à l’arrière-grand-père des histoires sur les Villans. Daniel Aboagye, qui était alors ado, entend lui aussi ces histoires, et les gars de Birmingham lui assurent même qu’il viendrait un jour jouer à Aston Villa. Le mythe va alors parcourir son chemin : Daniel, qui n’a finalement jamais joué pour Aston Villa, a transmis sa passion à son tour à son fils, mais surtout à son petit-fils, Owusu. Qui était un enfant lorsque McGrath jouait pour Aston Villa et était l’un des meilleurs défenseurs de Premier League (bon, il était aussi alcoolo, mais ça, le grand-père ne lui a pas raconté). Pour Owusu, mais aussi pour beaucoup de petits garçons du village, Paul McGrath devient un dieu, quand Aston Villa est leur foi.

École de football et appel vidéo

En 2010, le grand-père d’Owusu décède. C’est à ce moment-là que le jeune garçon décide de créer officiellement le fan club Ghana Lions, pour honorer sa mémoire et faire perdurer cet héritage. Et la folie s’est emparée du village. Aujourd’hui, on considère que plus de 1000 personnes sont supporters d’Aston Villa à Juaben, soit quasiment 20% de la population. Les jours de match, tout ce petit monde se réunit dès 5 heures du matin, va faire un footing en « faisant un maximum de bruit » , puis danse dans la rue, maillot des Villans sur les épaules, avant de regarder le match ensemble. « Quand, au mois de juillet, Aston Villa s’est maintenu en Premier League en faisant 1-1 contre West Ham, tout le monde était heureux dans le village, c’était l’un des plus beaux jours de ma vie » , nous raconte Owusu.

Et le bonhomme est même allé encore plus loin. Il a fondé une école de football où il apprend aux petits à jouer au foot. « Nous avons des équipes U10, U12, U15 et U17. » Le nom de l’équipe ? Aston Villa, évidemment. Le but est d’aider ces gamins à, plus tard, intégrer une école de football, ou même de les aider financièrement avec l’argent cotisé par le club. Un argent qui, il l’espère de tout son cœur, devrait également permettre à Owusu et certains de ses amis d’organiser un voyage à Birmingham pour aller voir un match des Villans, quand les stades rouvriront au public. Mais le rêve ultime, ce serait évidemment d’inviter Paul McGrath à Juaben. Et ce n’est peut-être pas irréalisable. En effet, ce 11 septembre, l’ancien défenseur a offert un moment magique à Owusu. « On s’est parlé en appel vidéo ! C’est grâce à son fils. Il m’a contacté et m’a dit qu’il allait me faire parler avec son père sur Whats’App, car son père voulait me voir. Et il m’a dit qu’il viendrait un jour à Juaben. » Ne reste plus qu’à inviter Roberto Baggio pour boucler la boucle.

Par Éric Maggiori
Propos d’Owusu recueillis par EM, sauf mention.





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