Le carnet tactique de la huitième journée de Ligue 1 / Ligue 1 / J8 / Tactique / SOFOOT.com


Cette saison, So Foot revient après chaque journée de Ligue 1 sur trois points tactiques. Cette semaine, retour sur le film des horreurs défensives tourné pendant 45 minutes par l’AS Monaco à Lyon, sur le bon plan du SCO pour coucher Rennes et sur le jeu de boulons de Jean-Louis Gasset face à Nîmes.

➩ Comment le SCO a fait glisser le Stade rennais

Alors, coach, comment ça va ? Mal. Après la première défaite subie par son Stade rennais vendredi, Julien Stéphan a baissé les yeux en conférence de presse, les narines encore fumantes. « C’est un match raté, a-t-il alors soufflé. Dans tous les compartiments du jeu. En tout cas, aux deux tiers. Il nous a manqué de la force, comme sur les deux-trois derniers matchs. On a d’abord bien contrôlé, mais après, plus rien pendant une heure. Je suis déçu. On a eu deux visages. » Le premier, d’abord : pendant 25 grosses minutes, le Stade rennais a joué son jeu malgré les quelques changements opérés par son coach par rapport au match face à Krasnodar (Truffert, Doku, Gboho, Tait, Hunou), a tenu le ballon et n’a rien donné à un SCO venu en Bretagne avec un plan de jeu clair, initié par un changement de système avec le passage à un 4-2-3-1 avec Angelo Fulgini placé derrière Bahoken, « pour attaquer le dos de la défense rennaise, côté gauche » , comme l’a expliqué après coup Stéphane Moulin.


Défensivement, le plan du SCO a été assez simple : un 4-4-2 très compact, avec Fulgini toujours au contact de Steven Nzonzi, qui a laissé le Stade rennais attaquer sur les côtés.

Au cours de cette période de contrôle, un seul homme a pourtant réussi à faire la différence : Adrien Hunou, qui a parfaitement remplacé Guirassy dans son rôle de relai intérieur entre les lignes et dont les nombreux décrochages ont été récompensés par le but breton, sur lequel Bernardoni se foire. Pour le reste, le Stade rennais a été globalement inoffensif (aucun autre tir cadré que le but au cours de la rencontre) : Jérémy Doku s’est cassé les dents sur l’excellent Enzo Ebosse (100% de duels défensifs gagnés, 100% de tacles réussis, 3 interceptions), sorti blessé, puis sur Souleyman Doumbia, mais a sauvé sa copie en étant décisif sur le but ; Eduardo Camavinga a été mangé dans son duel avec Amadou ; sur les treize centres tentés par les latéraux rennais (Truffert, Dalbert, Traoré), un seul a trouvé preneur… Surtout, Stéphan a vu son bloc se fissurer. Et Rennes l’a « payé cash » (Hunou).

Le SCO étant parmi les équipes de Ligue 1 qui jouent le plus de ballons en profondeur, qui commettent le moins de fautes et qui sont les plus efficaces dans les passes courtes, la suite n’a pas vraiment surpris les suiveurs angevins. « Encore fallait-il le faire, comme l’a affirmé Moulin. Il était temps de fermer les vannes. J’ai aimé la manière avec laquelle on l’a fait car on n’a pas refusé le jeu et à chaque fois qu’on a eu la possibilité, on les a mis en difficulté. Quand on prépare des choses et que ça marche, on est encore plus content. Là, on a montré qu’on savait aussi jouer au foot. » En changeant de système et en supprimant sa pointe basse, Stéphane Moulin a d’abord envoyé un message : Angers n’était pas venu à Rennes pour seulement subir, mais aussi – et peut-être surtout – pour bien contrer. La preuve.


Le pari du SCO a alors été clair : placer, le plus souvent du temps, quatre joueurs sur la ligne défensive rennaise, de façon à laisser les Bretons en permanence en 1v1. Le Stade rennais vivant sur un fil dans sa gestion de la profondeur, ça a vite payé.


Dès les premières minutes, le Stade rennais laisse toute la liberté du monde à Ismaël Traoré pour jouer long vers Bahoken, qui n’a cessé de multiplier les appels au cœur de la défense rennaise.


Quelques secondes plus tard, Romain Thomas lance un couteau sur le côté gauche, où Boufal (4 fautes subies, 6 dribbles passés) a appuyé sur Traoré, déjà en difficulté face à Krasnodar.


Même situation ici : si Rennes empêche tout jeu entre ses deux lignes compactes, personne ne vient mettre de pression sur Amadou, qui peut tourner le jeu côté gauche.


Nouveau ballon en profondeur de Traoré vers Bahoken dans le côté gauche ciblé par Moulin. Celui-ci va être décisif.


Après avoir gagné son duel, Bahoken remet en retrait vers Boufal, dont la frappe contrée va tromper Gomis.


En fin de première période, autre situation, même procédé : l’attaque de la profondeur. Au bout, Bahoken va buter sur Gomis.


Sur le deuxième but, Traoré est encore laissé libre pour armer : lancé dans le dos de la défense, Fulgini va profiter d’un mauvais jugement de Da Silva et inscrire le deuxième but du SCO.


Derrière, encore une vague : Fulgini trouve Doumbia au deuxième poteau et une tête de Boufal sera sauvée sur la ligne par Gomis.

Des situations comme celles-ci, le SCO en a eu un paquet vendredi soir, preuve que Stéphane Moulin avait parfaitement étudié les failles du Stade rennais et qu’Angers, porté par un grand Fulgini et un immense Traoré (6 ballons récupérés, 8 interceptions, 5 passes réussies sur 6 dans le jeu long), aurait pu s’imposer plus largement (1-2). D’autant que défensivement, le plan du SCO a aussi fonctionné.


Tout au long de la soirée, Fulgini a serré Nzonzi, Mangani et Amadou se sont partagés les relayeurs bretons, alors que Cabot et Boufal ont plutôt bien travaillé défensivement.

En ne concédant pas grand-chose, en étant efficace, en piquant un Stade rennais en danger dès la perte de balle (Nzonzi a notamment évolué très haut, laissant une grande liberté à Fulgini), Angers a parfaitement réussi son coup, laissant au passage entrevoir un bel avenir à son duo d’artistes Boufal-Fulgini, deux hommes qui « ressentent les choses de la même manière » . Voilà surtout Stéphan avec des brèches à bosser avant le déplacement à Séville, mercredi.

➩ Quand Jean-Louis Gasset joue avec ses boulons…

Commençons ici d’abord par une image représentant les ballons touchés par Hatem Ben Arfa entre la 20e et la 40e minute, dimanche, face à Nîmes (2-0). Pour info, Bordeaux attaque de la gauche vers la droite.

Puis, écoutons Jean-Louis Gasset parler des quarante premières minutes de son équipe : « On fait des entames catastrophiques et tout ce que l’on travaille la semaine, on ne le retrouve pas. Quand on joue comme en deuxième mi-temps, avec de l’allant, de la maîtrise technique, des centres, des occasions, au moins, on se régale. On gagne, on perd, mais on se régale et on joue notre football. Mais avant, voir une équipe timide, dans un stade vide, c’est une horreur. » Soyons clair, dimanche, pendant 40 minutes, les Girondins de Bordeaux n’ont pas joué au foot : ils se sont présentés sur une pelouse, ont laissé Nîmes cadrer trois frappes, dont une de Fomba – contrée par Pablo – magnifiquement sortie par Costil et sont passés tout près de finir leur après-midi à 10 après une faute folle d’Otavio. Miracle : le Brésilien, qui a passé son début de rencontre à se battre avec une vilaine allergie aux passes vers l’avant et qui a ralenti le jeu des siens, n’a pas été exclu et a pu être remplacé par Gasset, en même temps qu’un Nicolas de Préville ralentisseur, dangereux sur certaines pertes de balle dans son camp et incapable de faire la moindre différence. Oudin est arrivé, Yacine Adli aussi, et on a retrouvé Hatem Ben Arfa.

Voilà le HBA d’avant Adli :


Lassé de ne pas être trouvé dans de bonnes positions, Ben Arfa décroche et vient au niveau de Pablo.


Après un bon relai avec Benito, HBA dynamite le NO.


Malheureusement, sa passe vers Nicolas de Préville va être contrée.


Quelques minutes plus tard, Ben Arfa est en position de sentinelle avec la paire Otavio-Basic loin devant lui. C’est lui qui va encore déclencher.


Dans cette position et avec (enfin) de l’espace, Ben Arfa peut tourner et accélérer le jeu des Girondins.

Bilan : avant l’entrée d’Adli, Ben Arfa a touché 30 ballons, dont 18 dans son propre camp et aucun dans la surface nîmoise.

Voilà le HBA d’après Adli :

Après l’entrée d’Adli, Hatem Ben Arfa a touché 40 ballons, seulement 4 dans son camp et 7 dans la surface nîmoise, mais a aussi tiré trois fois et obtenu un penalty transformé par Briand. Ce qui a changé est simple : soudain, Bordeaux a trouvé, avec son nouveau milieu, un joueur qui a joué vite, qui a récupéré des ballons, qui a facilité les sorties de balle, qui a gagné ses duels, qui a dribblé, qui a déséquilibré et qui a amené le ballon jusque dans le dernier tiers adverse.


Avec l’entrée d’Adli, Bordeaux a gagné en vitesse dans les transmissions et ici, Ben Arfa va être trouvé lancé par l’ancien milieu du PSG.


Nouvel exemple d’une passe qu’Otavio n’a jamais osé faire vers HBA.


Sur l’action qui amène le deuxième but bordelais, Adli est aussi au départ : c’est lui qui lance Zerkane.


Ben Arfa, lui, a enfin été trouvé dans la surface.

Les chiffres ne mentent pas : en plus de cinquante minutes, Yacine Adli a touché 70 ballons (3e meilleur total de son équipe), réussi 100% de ses dribbles (6), claqué trois passes-clés, récupéré 7 ballons, en a intercepté 2, gagné 86% de ses duels offensifs et rendu 83% de tacles réussis. Assez pour lui imaginer un avenir durable à ce poste ? Et pourquoi pas ? Gasset semble vouloir prendre des risques et voir du spectacle : cela ne tient parfois qu’à des détails, ici peut-être à une titularisation de Adli pour profiter au mieux de Ben Arfa. Avec eux deux sur le terrain, les Girondins ont tiré 17 fois et cadré 6 fois. Surtout, ils se sont mis à sourire. Et les téléspectateurs avec.

➩ Le film d’horreurs défensif de l’AS Monaco

Niko Kovač rêve son ASM jeune et jolie. Dimanche soir, à Lyon, elle a été naïve et incapable de protéger sa jupe lors d’une première mi-temps terrible : quatre buts encaissés, des espaces ouverts à tous les vents, une sale impression laissée face à un concurrent direct… « Je n’avais jamais vu ça » , a lâché, amer, le technicien croate après la déroute de son équipe (4-1), qui a eu le mérite de remporter la seconde période et de stopper l’hémoragie en ajustant certains pions (Fàbregas est entré à la place de Florentino Luis, Henrique a pris celle de Djibril Sidibé et Jovetić a renfilé sa veste, remplacé par Matsima). Ce qu’il s’est passé pendant 45 minutes est assez simple à expliquer : en cherchant à poser un bloc haut, mal équilibré défensivement, mais pourtant dominateur (72% de possession de balle, 302 passes échangées contre 117 pour l’OL, 8 corners à 1), l’AS Monaco a laissé l’OL être l’OL vu cet été. Et Garcia se pavaner en post-match : « On voulait des espaces à exploiter et Monaco est la moins bonne équipe de Ligue 1 pour défendre sur les attaques rapides. Il fallait donc jouer comme ça pour les mettre en difficulté. » Il n’y avait plus qu’à récolter ensuite. Le plan était simple : récupérer, percer, cogner. Strasbourg en avait fait les frais la semaine dernière et Monaco a foncé tête baissée.


On a retrouvé l’OL du Final 8 : bloc compact, pour fermer l’intérieur, en 4-4-2. L’OL est un monstre qui ne vit que par les transitions.


En face, l’AS Monaco a d’abord joué son jeu et a attaqué à 5 ou 6 selon les situations. La première a débouché sur une tête de Jovetić.


La seconde sur un coup de casque de Fofana.


Problème : chaque perte de balle a eu pour conséquence une patate dans la mâchoire. Ici, Kadewere va trouver Depay dans le dos de Badiashile.

L’OL arrive en nombre, mais heureusement, Memphis décide de frapper directement, sans grande réussite.


Quatre minutes plus tard, Depay est trouvé en profondeur par Cornet. Cela est notamment permis par le mauvais alignement de Disasi.


Une minute plus tard, nouvelle percée, nouveau décalage : Toko Ekambi est trouvé côté gauche par Depay.


Chaque fois, l’OL débarque en nombre et casse le bloc monégasque en transitions.


Il y aura par exemple cette ouverture de Kadewere vers Aouar…


… qui va conduire à l’ouverture du score de Depay.


Ou celle-ci de Dubois vers Kadewere.


Variante avec cette ouverture longue de Toko vers Kadewere.

Pire : lorsque l’AS Monaco ne s’est pas faite trancher tactiquement, elle s’est parfois sabordée toute seule.


Ici, en pleine offensive, Sidibé manque sa passe, interceptée par Paqueta.


Le Brésilien lance alors directement Kadewere derrière la ligne défensive de l’ASM.


Ici, Badiashile relance directement sur Toko-Ekambi…


… qui va directement trouver Aouar plein axe, lequel va directement chercher Depay en profondeur.


Quelques minutes plus tard, c’est Florentino Luis qui relance plein axe sur Paqueta.

Sur un fil, et alors que Monaco savait que l’OL était « une équipe qui se projetait très vite vers l’avant » (Kovač), l’ASM a craqué en onze minutes en refusant de se protéger.


D’abord, de nouveau dans la profondeur…


… et grâce à un bel enchaînement de Toko Ekambi.


Puis, sur des erreurs individuelles comme cette faute de Sidibé sur Toko Ekambi, le même Toko-Ekambi qui provoquera l’erreur sur le quatrième but.

Perméable défensivement, l’AS Monaco a explosé dans la profondeur, sur des failles individuelles, et pour ne pas avoir réussi à canaliser Memphis, Aouar et les percées de Toko-Ekambi et Kadewere, lesquels ont été moins en vus en seconde période. Le club princier a déjà encaissé 13 buts cette saison, soit autant que Reims, Montpellier et Nîmes, une autre équipe qui assume son déséquilibre. Problème : comme l’ASM manque aussi de réalisme et peine à s’adapter, ça se paie cash, là-aussi.

On a aussi vu..

Claude Puel se rouler en boule après la défaite de l’ASSE à Metz (2-0) : « On fait un cadeau dès les premières minutes et ça nous fragilise. Ce sont des choses difficilement acceptables qui permettent à l’équipe adverse de prendre confiance. C’était pourtant important de bien commencer, de mettre une bonne intensité. On a mis du temps à refaire surface, on a été sur le reculoir et on n’a pas osé, on n’a pas tenté. C’était mieux dans le dernier quart d’heure. En deuxième période on n’a pas su mettre assez d’intensité. On n’a pas concédé beaucoup d’occasions, mais ce n’est pas satisfaisant car on n’a pas su se montrer conquérant. C’est une déception, mais l’équipe est fragilisée par pas mal de déboires. Il faut faire le dos rond, mais il ne faut pas accepter d’être en dedans sur l’agressivité. On peut excuser certains manques, mais il faut faire beaucoup plus. On doit retrouver ces vertus qui nous permettent d’être beaucoup plus conquérants. »

Par Maxime Brigand





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