Niang, l’impossible pardon ? / France / Rennes / SOFOOT.com


Non, M’Baye Niang n’a pas changé. Après avoir réussi à relancer sa carrière au Stade rennais, le joueur de 25 ans a préféré passer son confinement et son été à faire des appels du pied à l’Olympique de Marseille pour organiser son départ du SRFC. Seulement, le feuilleton s’est terminé par un prêt avorté à Saint-Étienne, et l’attaquant sénégalais se dit maintenant décidé à reconquérir son monde en Bretagne pour retrouver sa place. Bon courage.

L’aventure de M’Baye Niang au Stade rennais aurait pu se résumer à une image, un symbole : cette glissade sur la pelouse du stade Benito Villamarin, un soir de février 2019, après le but de la qualification historique du club breton en huitième de finale d’une Coupe d’Europe. La scène gravée dans la mémoire de chaque supporter rennais, présent à Séville ou non, aurait pu suffire à faire de l’attaquant sénégalais une idole à jamais respectée sur les bords de la Vilaine. Mais dans la carrière de Niang, les belles histoires ne durent jamais trop longtemps. En fin de semaine, le joueur de 25 ans a pris la route du Forez pour acter un prêt surprenant à Saint-Etienne, avant que l’affaire ne capote et que l’ancien buteur de l’AC Milan ne soit contraint de faire son retour en Bretagne. « Je suis triste parce que j’avais envie d’aller là-bas. Je l’ai montré en y étant depuis jeudi. J’étais convaincu de l’intérêt du projet. C’est un choix que j’assume, a confié Niang à L’Equipe quelques heures après que l’ASSE n’informe dans un communiqué de la fin des négociations. Je vais maintenant me remettre la tête à Rennes. J’espère que ça se passera bien. » Spoiler : c’est loin d’être gagné.

Le Yin et le Niang

Niang n’a pas attendu l’automne pour commencer à brouiller les pistes. Visiblement pas emballé par la perspective de disputer la Ligue des champions avec le club qui a redonné de la couleur à sa carrière, l’attaquant n’a cessé de déclarer sa flamme à l’OM au printemps. Des appels du pied sans aucune subtilité et un premier manque de respect envers le SRFC, la saison n’étant à ce moment-là pas encore officiellement terminée. Résultat, Marseille n’a pas eu les moyens de s’offrir le buteur rennais – transféré définitivement chez les Rouge et Noir contre 15 millions d’euros l’été dernier -, qui n’aura pas arrêté de chercher une porte de sortie pendant le mercato. « On se dit la vérité avec mes conseillers. Mon transfert à Marseille a échoué. J’étais déçu, mais je n’ai pas remis en cause toutes les choses qu’ils ont faites. Ils m’ont permis de rejoindre Rennes, où je me suis relancé, il ne faut pas l’oublier, admettait le principal intéressé dans l’interview lunaire du week-end. C’est clair que j’étais déçu de ne pas aller à Marseille. Aujourd’hui, je reviens au Stade rennais, je vais reconquérir tout le monde. M’Baye va reprendre sa place. » Un discours de façade ou une volonté réelle de se remettre tout le monde dans la poche dans la capitale bretonne ?

Première difficulté pour le héros de Séville : regagner la confiance du public rennais, capable de pardonner mais aussi d’être très rancunier. Romain Alessandrini, auteur d’un caprice encore plus grossier pour rejoindre l’OM en 2013, s’en souvient très bien. En plus des habitués du Roazhon Park, Niang va devoir reconquérir ses dirigeants. Au moment de faire le bilan du mercato la semaine dernière, le président Nicolas Holveck, serein sur quasiment chaque point abordé, n’avait pas réussi à masquer son agacement quant à la situation du finisseur rennais : « Je n’ai pas de commentaire à faire. Il est ce matin dans l’effectif du Stade rennais et à disposition du coach. » Trois jours plus tard, le bonhomme était à l’Étrat pour finaliser son prêt, en accord avec les dirigeants du SRFC, à l’ASSE. La preuve que dans les bureaux de la Piverdière, les têtes pensantes du projet rennais étaient prêtes à écrire l’histoire de cette nouvelle saison sans leur meilleur artilleur (29 buts, 9 passes décisives à Rennes).

Opération reconquête et refus de la concurrence

La suite de l’aventure rennaise de Niang dépendra sans doute beaucoup de Julien Stéphan. Très proche de l’ancien président Olivier Létang, l’attaquant ne peut pas oublier qu’après des premiers mois catastrophiques à Rennes, son regain de forme aura coïncidé avec l’arrivée du technicien breton sur le banc pour remplacer Sabri Lamouchi. « Tout le monde sait qu’on a une très bonne relation avec le coach. On se dit les choses. On a eu besoin de s’appeler vendredi matin avant la visite médicale, raconte Niang dans L’Équipe. Je me suis posé des questions, parce qu’il a quand même pris la peine de m’appeler pour me dire que ça le faisait chier que je parte. » Des jolis mots avant un coup de pression à peine déguisé : « Comme le coach l’a dit, il y a de la concurrence. Mais rien ne l’empêche de changer de système. Quand tu as des bons joueurs, tu es obligé de les mettre sur le terrain. Au coach de trouver une solution. » Ou à M’Baye de se remettre au boulot en se faisant petit pour retrouver dans un groupe qui marchait jusque-là très bien sans lui.

À son poste, Niang doit maintenant faire face à la concurrence féroce de Serhou Guirassy. Depuis son arrivée à Rennes, le nouveau buteur titulaire a pu déployer toute sa panoplie pour convaincre les sceptiques, et rappeler pourquoi Stéphan n’avait d’yeux que pour l’Amiénois pendant l’été. Dans un tel contexte, difficile pour Niang d’espérer redevenir aussi facilement le numéro un, voire le numéro deux à la place d’Adrien Hunou dans le 4-3-3 utilisé par le coach breton cette saison. Réponse de l’international sénégalais : « Qu’est-ce qui vous dit aujourd’hui que je ne suis pas le numéro un ? Il faut juger quand on est à 100%. Après une période compliquée, il faudra du temps pour se remettre la tête à l’endroit, fermer les yeux et les oreilles, travailler, marquer des buts et aider les coéquipiers. » Un drôle de discours sorti de la bouche d’un drôle de joueur, décidément insaisissable et incapable de s’épanouir trop longtemps dans la stabilité. « C’est vrai qu’il a fait cette sortie en juin en déclarant son amour pour l’OM, ça nous a un petit peu surpris en interne, d’autant que ce n’était pas prévu, mais ce n’est pas pour ça qu’il a été mis de côté durant la préparation, bien au contraire, expliquait Stéphan sur RMC deux jours avant que le prêt ne soit officiellement avorté. J’ai fait un choix après le match de Montpellier, où c’est Adrien Hunou qui a débuté. Il ne l’a pas très bien vécu. M’Baye a besoin de se sentir numéro un dans la hiérarchie. Mais je crois que pour jouer au haut niveau, la concurrence est absolument nécessaire. Après, si M’Baye souhaite rester là et se remettre dans le projet, il est le bienvenu. Je l’accueille à bras grands ouverts. » Problème : le mercato est de retour dans moins de trois mois. D’ici là, il n’est pas certain que Niang se soit trouvé une passion pour la stabilité.

Par Clément Gavard





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