Quand un journaliste italien racontait l’arrivée des numéros sur les maillots / Italie / SOFOOT.com


En 1939, Mario Casalbore, journaliste italien du Calcio Illustrato, écrivait un texte racontant avec humour l’apparition des numéros sur les maillots des joueurs de football.

En 2020, cela paraît inconcevable. Pourtant, il fut une époque où les joueurs de foot portaient des maillots immaculés. Pas de sponsor devant, pas de numéro ni de nom dans le dos. Comment les reconnaître de loin ? Impossible. C’est d’ailleurs pour cela que, sur les images d’archives en noir et blanc, on voit souvent des supporters avec des jumelles. La révolution intervient en 1939. Alors que la Seconde Guerre mondiale pointe le bout de son nez, la Fédération italienne de football décide que chaque joueur aura désormais un numéro sur son maillot (chose qui existait déjà en Angleterre depuis quelques années). Le but est surtout d’aider les arbitres à ne plus se tromper au moment de distribuer des cartons jaunes et rouges. Et par rebond, faciliter le travail des journalistes assis dans les tribunes ou sur le bord du terrain. L’un d’eux se nommait Mario Casalbore, il était journaliste pour le Calcio Illustrato, une référence en Italie. Dans l’édition de septembre 1939, il raconte à sa manière, avec ironie et humour, cette petite révolution dans l’histoire du football.


«  »2-5-8-9-11 : belle ! » Cette annotation, gribouillée très rapidement sur mon petit calepin, a bien failli, dimanche soir, m’attirer les foudres de ma fiancée. J’avais laissé le calepin ouvert sur la table de la cuisine, et madame y a jeté un œil. Quand j’arrive, elle me dévisage : « Tu n’en as pas marre de noter les numéros de téléphone des jeunes filles ? Tant qu’on y est, tu n’as qu’à écrire qu’elle a aussi des yeux céruléens, des fossettes sur les joues, etc ? » Et ainsi de suite.

« Aussi grande votre connaissance du football soit-elle, il est littéralement impossible de reconnaître tous les joueurs des équipes adverses. »

Mes tentatives de lui expliquer qu’il s’agissait là de notes professionnelles sont rapidement tombées à l’eau. Inutilement, j’ai tenté de lui dire qu’il s’agissait là du déroulé d’une action de l’Ambrosiana. Buonocore (numéro 2) avait lancé en profondeur son milieu de terrain (numéro 5), qui avait cédé le ballon à Demaria (numéro 8). Ce dernier avait, à son tour, passé la balle à Guarnieri (numéro 9), qui avait servi sur un plateau son attaquant Ferraris II. De ce mouvement était né un but : magnifique ! C’est clair ? Très clair, mais pourtant, madame ne voulait rien entendre.

« Grâce au numéro sur le maillot, le supporter pourra ainsi ajouter le nom de l’adversaire après l’avoir invectivé. »

Comme vous pouvez le constater, les horizons nouveaux que nous offre la numérotation des maillots de joueurs ne manquent pas. Elle garantit même des avantages techniques de premier choix. Allez, ce n’est pas la peine que je vous les énumère tous… Car vous vous en êtes déjà rendu compte vous-mêmes, du haut des gradins. Aussi grande votre connaissance du football soit-elle, il est en effet littéralement impossible de reconnaître tous les joueurs des équipes adverses, qui viennent rendre visite à votre équipe de cœur tous les quinze jours. Grâce à la numérotation, le supporter qui, au début du match, a écouté attentivement la voix dans les haut-parleurs lui annoncer le numéro et le nom de chaque joueur (prenez des notes !) pourra ainsi ajouter le nom de l’adversaire après l’avoir invectivé. Il ne dira plus : « Oh ! Faute du milieu de terrain ! » Non, il regardera son petit carnet (ne le laissez pas traîner dans la cuisine après), verra le nom du fautif à côté du numéro, et pourra crier à gorge déployée : « Oh ! Pinco Pallino, assassin ! Tu es un délinquant ! » »

Par Éric Maggiori
Le texte de Mario Casalbore est issu du Calcio Illustrato de septembre 1939, et traduit de l’italien par EM.





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