Après « l’ensauvagement », Darmanin parle enfin des problèmes de fond de la police


Assemblée nationale

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, auditionné par la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, le 30 novembre 2020.

 POLITIQUE – Il aura donc fallu attendre une semaine-choc sur le plan des violences policières et deux recadrages de la part du Président de la République pour que Gérald Darmanin parle enfin du fond des problèmes de la police qu’il a lui-même qualifiés de “structurels”.

Le ministre de l’Intérieur était auditionné par la commission des lois de l’Assemblée nationale, ce 30 novembre, après “les incidents parfois très graves” de la semaine dernière, selon les termes de sa présidente Yaël Braun-Pivet, à propos de l’évacuation musclée de la place de la République, de la vidéo du tabassage de Michel Zecler dans le 17e arrondissement de Paris et des heurts survenus après la manifestation parisienne contre le projet de loi “sécurité globale”.

“Les 7 péchés capitaux” de la police

Dans une longue introduction, le ministre a surjoué son amour de la démocratie, lui qui s’est “engagé dans un parti politique à 16 ans”. Il a ainsi loué “les contre-pouvoirs” nécessaires dans une “démocratie libérale”, en référence sans doute aux reproches d’Emmanuel Macron quelques heures plus tôt qui rappelait à ses troupes, dont Gérald Darmanin, “L’illibéralisme, ce n’est pas notre identité!”.

Citant “les sept péchés capitaux” de la police, le ministre de l’Intérieur a pris soin de rappeler les responsabilités politiques des majorités précédentes et que les fonctionnaires de police sont parmi les plus “sanctionnés” de la fonction publique: 55% des sanctions les concernent. 

La formation initiale de 8 mois, “une erreur”

Premier “pêché”, la formation initiale. “C’était une erreur”, reconnaît le ministre à propos de son raccourcissement de douze à huit mois en 2015. “Ce n’était pas une bonne mesure”, dénonce Darmanin qui déplore aussi que la formation continue à 12 heures par an ne soit suivie que par “20% des policiers”. 

Deuxième “pêché”: l’encadrement: “Il n’y a pas assez de chefs et de sous-chefs présents dans la rue”, indique le ministre qui souhaite qu’“un corps intermédiaire plus nombreux” soit présent sur le terrain pour dire aux plus jeunes “d’adopter le calme et un comportement exigeant et républicain”.

“Matériel insuffisant”

Troisième “pêché”, le matériel. “Il n’est pas suffisant”, a déploré le ministre qui évoque par exemple “les voitures, l’immobilier ou les armes” qui ne “sont pas à la hauteur”.

Quatrième “pêché”, les images. Sans jamais évoquer celles des journalistes, le ministre vante l’utilisation des images filmées par la police comme le prévoit le projet de loi sécurité globale, qui, par son article 21 pourrait les rendre publiques. “Si la brigade de police du 17e avait eu des caméras-piétons, sans doute aurions-nous compris dès le départ les faux commis par les policiers”, assure le ministre avant d’assurer que ”le Procureur de la République de Paris saisit l’IGPN mardi pour une enquête sans images”. Une version pour défendre la loi de “sécurité globale” immédiatement contredite par l’auteur de l’enquête Michel Zecler, le journaliste David Perrotin qui rappelle que “les policiers ont l’image lundi”.  

Cinquième “péché capital”, l’inspection. Le ministre estime qu’il est “normal” que la police des polices, l’IGPN, soit rattachée au ministre de l’Intérieur, quand certains, au sein même de la majorité, demandent une instance indépendante. “Si elle était si mauvaise, le procureur de la République ne l’aurait pas saisie”, justifie Gérald Darmanin à propos des policiers mis en cause dans l’affaire Zecler “mis en garde à vue avec mandat de dépôt pour d’eux d’entre eux”, précise-t-il sans jamais reconnaître l’importance des vidéos de citoyens dans ce dossier.

“Pas de divorce entre la police et la population”

Sixième péché capital, le “lien entre la population et la police”. Darmanin refuse de dire qu’il y aurait “un divorce” entre les deux. Il a cité un sondage Elabe de juin 2020 qui stipule que 69% des Français font confiance en la police, et s’en est félicité. “Qui peut se targuer du même soutien en politique?” a-t-il ironisé.

Le ministre a surtout redit son soutien à “ceux qui nous protègent” et ne veut plus que certains enfants de policiers “aient honte” de donner la profession de leurs parents à l’école. Il a annoncé le passage de 6000 policiers de réserve à 30.000, le même chiffre que dans la gendarmerie pour “mieux embrasser les aspirations de la population”. 

Les réactions ont été sceptiques de la part des parlementaires, comme le LR Philippe Gosselin qui demande de “passer de l’incantation aux actes, en cohérence”.

Ou encore de la part de la députée MoDem Laurence Vichnievsky qui demande “un abandon pur et simple de l’article 24 dès cette semaine”, tout comme son collègue Alain David, du groupe socialiste qui appelle solennellement le ministre: “Écoutez la colère des Français, retirez votre loi”.

On aura attendu le 7e pêché capital toute la soirée, peut-être qu’il s’agissait de l’orgueil? De la part du ministre de l’Intérieur qui n’a, à aucun moment, voulu reconnaître un raté sur le plan parlementaire après son idée de commission indépendante fustigée par les députés de la majorité, jusqu’au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, avant un énième recul du gouvernement dans ce dossier.

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