Ce que Joe Biden va garder de l’ère Donald Trump


Maxime Bourdeau / Le HuffPost avec AFP

Ce que Joe Biden va garder de l’ère Donald Trump (de gré ou de force) (Illustration Maxime Bourdeau / Le HuffPost avec AFP)

ÉTATS-UNIS – À peine plus d’une semaine après son arrivée dans le Bureau ovale, Joe Biden usine pour lancer son mandat et enchaîne à une vitesse étourdissante les décrets présidentiels. 

Dans l’espoir de mieux gérer la crise du coronavirus, de se concentrer sur l’écologie, de revoir la politique d’immigration ou encore de s’attaquer au racisme institutionnel, le démocrate a signé depuis sa prise de pouvoir, le 20 janvier 2021 à midi, plus de 40 de ces mesures à effet immédiat. 

Le but clairement affiché est aussi de tourner la page Donald Trump le plus vite possible. Construction du mur avec le Mexique suspendue, projet d’oléoduc très critiqué mis en pause, réouverture de l’armée aux personnes transgenres, accès moins compliqué à l’avortement… “Il faut réparer les dommages que Trump a causés”, a expliqué sans détour le président de 78 ans ce vendredi 29 janvier lors d’une nouvelle série de signatures (ci-dessous).  

 

Si ces nombreux décrets présidentiels -que les élus républicains commencent sérieusement à voir d’un mauvais oeil- sont une option rapide pour détricoter bon nombre de décisions du milliardaire républicain, ils ne font pas pour autant table rase du passé. Joe Biden est en effet parti pour garder quelques éléments de l’administration précédente, parfois même contre sa volonté. 

LES VACCINS 

L’objectif annoncé du nouveau président américain est d’injecter 100 millions de doses du vaccin contre le coronavirus lors de ses 100 premiers jours. Une démarche qui peut sembler ambitieuse, mais qui est jugée “faisable” par le Dr Fauci, conseiller principal de Biden sur le Covid-19. Et pour cause, depuis la mi-janvier les commandes de vaccins et leur distribution, supervisées par l’administration de Trump, ont déjà permis d’atteindre quasiment le million de vaccins administrés par jour, selon des données récoltées par l’agence Bloomberg. L’objectif officiel de Biden est donc simplement de garder cette cadence. 

Face aux critiques qui se sont rapidement élevées pour une accélération de ce rythme, Biden a ensuite dit espérer -sans s’y engager car les structures en place et personnels disponibles rendent compliquée la distribution beaucoup plus rapide du précieux antidote- que le pays atteindrait bientôt les 1,5 million de doses par jour. Pour ce faire, le président envisage notamment de s’appuyer sur une loi autorisant à contraindre des entreprises privées à produire certains biens en urgence, ou encore de mobiliser la garde nationale ainsi que l’Agence de gestion des situations d’urgence pour augmenter le nombre de points de vaccination.

Mais cet objectif de 1,5 million semble déjà être en bonne voix d’être atteint quoiqu’il arrive avec la distribution mise en place par l’administration précédente: Bloomberg recensait ce samedi 30 janvier 1,30 million de vaccins effectués quotidiennement. Biden se démarquera cependant de Trump s’il commande comme promis 200 millions de doses supplémentaires avec l’objectif d’être en capacité de vacciner la totalité de la population américaine d’ici la fin de l’été. 

LES VOYAGES

Joe Biden a imposé une interdiction d’entrer aux États-Unis à la plupart des citoyens non américains qui se sont rendus en Grande-Bretagne, au Brésil, en Irlande et dans une grande partie de l’Europe. Il a également étendu cette interdiction aux voyageurs qui se sont récemment rendus en Afrique du Sud en raison des informations selon lesquelles de nouveaux variants du coronavirus plus transmissibles apparaissaient désormais sur le territoire. 

Cette décision du président démocrate qui fait partie de son plan de lutte contre l’épidémie liée au Covid-19 reprend quasiment celle de Donald Trump. Le républicain avait déclaré fermer la frontière aux non-Américains arrivant de Chine le 31 janvier 2020, une interdiction qu’il avait étendue le 14 mars aux non-résidents venant de l’Union européenne et du Royaume-Uni, puis du Brésil.  

Au cours de ses derniers jours au pouvoir, le républicain avait annoncé que ces interdictions d’entrer aux États-Unis seraient levées à partir du 26 janvier 2021, mais l’administration Biden a immédiatement annulé la décision et conservé les mesures de protection initialement instaurées par Trump. 

L’ADMINISTRATION

Les auditions de confirmation des ministres de Joe Biden se suivent sans accroc au Sénat pour former la nouvelle administration. Et si le président veut faire le ménage au sein du personnel afin de ne pas avoir de proches de Donald Trump dans son entourage, il ne s’est pas pour autant débarrassé de tout le monde.

Le démocrate a notamment gardé le directeur du FBI Christopher Wray. “Le président Biden a l’intention de laisser le directeur du FBI à son poste et a confiance en son travail”, a annoncé la porte-parole de la Maison Blanche après ne pas avoir sur répondre sur le sujet la veille en conférence de presse. Wray avait pourtant été sélectionné par Trump en 2017 après le renvoi chaotique de James Comey. Il pourra donc aller au bout de son mandat qui traverse généralement les présidents puisqu’il dure dix ans. 

 

La situation n’est cependant aussi simple à tous les niveaux. Si certaines personnes sont volontairement gardées à leur place à cause de la nature de leur travail, et d’autres accompagnées vers la sortie alors que leur mission était loin d’être arrivée à son terme pour faire place nette, il reste quelques soutiens de Trump a priori indéboulonnables. 

Pendant ses dernières semaines à Washington, le républicain s’est arrangé pour nommer certains de ses proches à des postes au sein de différentes agences fédérales. Des emplois qui leur permettent de rester des années au gouvernement car ils sont protégés de tout renvoi partisan, à moins que la nouvelle administration puisse prouver que le poste a été attribué de manière illégale. Une pratique que de nombreux présidents, républicains comme démocrates, utilisent en fin de mandat et qui fait à chaque fois grincer des dents.

MADE IN AMERICA

Sur l’économie intérieure, Joe Biden s’est immédiatement différencié de son prédécesseur en proposant un plan de relance d’urgence de 1900 milliards de dollars pour cibler les familles, améliorer les aides alimentaires, rouvrir les écoles ou encore soutenir les petites entreprises.

Il proposera aussi un plan d’investissements dans l’économie verte. Il s’agira alors de créer les “millions” d’emplois manufacturiers “bien payés”, assuré Joe Biden qui a alors repris pour ce pari la promesse du “Made in America”, si chère à Donald Trump.

 

“Imaginez un futur: ‘fabriqué en Amérique’, ‘entièrement fabriqué en Amérique et entièrement par des Américains’”, a-t-il lancé, soulignant que l’argent des contribuables sera utilisé pour “reconstruire l’Amérique”. “Nous achèterons des produits américains, soutenant des millions d’emplois industriels américains”, a-t-il évoqué en parlant des dépenses au niveau fédéral.

CHINE ET MOYEN-ORIENT

Autre rare ligne qui ne devrait pas énormément changer sous Biden, cette fois au niveau international: la fermeté envers l’économie chinoise. La nouvelle secrétaire américaine au Commerce de Biden a en effet été jusqu’à signaler son intention de se montrer “agressive” envers la Chine, dénonçant ses pratiques commerciales déloyales. Gina Raimondo a notamment regretté “un comportement anticoncurrentiel”, citant le dumping dans le secteur de l’acier et de l’aluminium, “qui a porté préjudice aux travailleurs américains”.

Cette dernière a toutefois endossé la position de Joe Biden sur le fait que les États-Unis ne souhaitaient pas faire cavalier seul et consulteraient leurs alliés pour rétablir un commerce équitable avec Pékin. En réaction, le gouvernement chinois a appelé Washington à “corriger ses erreurs”, citant le précédent Trump. “La dernière administration américaine a opté unilatéralement pour le protectionnisme et l’intimidation et a lancé avec malveillance une guerre commerciale”, a relevé un porte-parole de la diplomatie chinoise. Pékin prendra les “mesures nécessaires pour sauvegarder les droits et intérêts légitimes des entreprises” de son pays, a-t-il assuré. 

Et ce n’est pas tout ce qui mérite d’être conservé du bilan de Trump à l’international, d’après les équipes du démocrate. Un aspect favorable a été salué par le Conseiller à la sécurité nationale de Biden: les accords dits d’Abraham, qui visent à normalisation des relations entre des pays arabes et Israël. Ces accords, supervisés par Jared Kushner, le gendre et conseiller de Trump, sont “positifs pour la sécurité de la région, positifs pour le développement économique de la région et positifs pour l’intérêt des États-Unis”, a-t-il estimé en avançant que le nouveau président s’en servirait sûrement de base pour continuer à travailler sur la situation dans la région. 

Pour quasiment tout le reste, Joe Biden est par contre parti pour faire comme si Donald Trump n’avait jamais mis un pied dans le Bureau ovale. 

À voir également sur Le HuffPost: Maintenant que Biden est président, le Dr Fauci se sent “libéré′





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