Cette expérience « de la confiture » va vous décourager des applis de rencontre


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Une expérience scientifique menée au début des années 2000 avec des confitures en dit long sur notre indécision sur les applications de rencontre.

SEXUALITÉ – Du choix sur Tinder, il y en a. Parfois un peu trop. Dans un livre intitulé Nos coeurs sauvages, qui paraît ce jeudi 4 février aux éditions Arkhê, la journaliste France Ortelli s’interroge sur un phénomène ô combien éclairant, et non moins décourageant, lié aux applications de rencontre. L’abondance de profils permet-elle vraiment de rencontrer davantage de gens?

Pour y répondre, la réalisatrice du documentaire “Love Me Tinder”, diffusé en 2014 sur France4, s’appuie sur une expérience scientifique dite “l’expérience de la confiture”, réalisée au début des années 2000. 

“Au rayon marmelades d’une grande épicerie, les chercheurs [Sheena Iyengar et Mark Lepper] ont placé deux types d’échantillons de confitures de la même marque: un panel de 6, et un panel de 24, raconte l’autrice. À première vue, il semble que le consommateur soit attiré par le plus large choix: 60% se laissent séduire par une dégustation quand le panel est étendu, contre 40% lorsqu’il est réduit.”

L’offre est alléchante. Cependant, au moment de se décider à payer, ça se complique. D’après l’étude, les personnes ayant opté pour l’offre la plus élargie de confitures auraient plus de mal à se décider que les autres sur l’élue de leur coeur. “Votre regard se perd, votre attention s’éparpille, votre prise de décision est freinée”, commente France Ortelli.

Un choix paradoxal et chronophage

Cette théorie, confirmée par ce que le professeur américain Barry Schwartz appelle “le paradoxe du choix”, suppose que l’abondance de possibilités, bien que séduisante, entraîne indécision et donc insatisfaction. “Le cerveau, incapable de trier efficacement des données trop nombreuses, finit souvent par se rabattre sur le mauvais choix pour se simplifier la vie”, continue l’écrivaine.

L’observation s’applique-t-elle à notre comportement sur Tinder, Grindr, Bumble et consoeurs? “Apparemment, oui”, confirme France Ortelli, qui cite dans son livre le travail mené par des chercheurs en psychologie de l’Université du Wisconsin. Dans un numéro de la revue Media Psychology, publié en 2017, Jonathan D. D’Angelo et Catalina L. Toma assurent que les utilisateurs ayant choisi un partenaire parmi un ensemble de 24 personnes étaient moins satisfaits de leur décision que ceux qui ont fait leur choix parmi un groupe de 6 individus. 

Sur Tinder, qui a depuis plusieurs mois débloqué à tous ses utilisateurs la possibilité de “matcher” avec des gens du monde entier, l’étendue des possibles est presque infinie. Conséquence sine qua non: le temps de recherche s’allonge, “verrouillant par là même dans un long tunnel d’indécision une liberté que l’on croyait acquise”, écrit la journaliste. 

Le phénomène peut être pernicieux au regard de notre santé mentale, comme l’indique l’anthropologue Helen Fischer dans son ouvrage Anatomy of Love. Il crée un tunnel d’indécision “qui peut nous mener droit à la dépression, alerte France Ortelli. Dans cet état de stress continu, le système de dopamine tend à s’épuiser. Vous courez alors le risque de tomber dans un état de désespoir permanent.” Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? Rien n’est moins sûr.

“Nos coeurs sauvages” de France Ortelli, aux éditions Arkhê, est disponible en librairie depuis ce jeudi 4 février.

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