Covid-19: l’assouplissement du télétravail suscite des inquiétudes


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Entre risque sanitaire et isolement, le dilemme de l’assouplissement du télétravail en entreprise

EMPLOI – Pour certains salariés, ce jeudi 7 janvier sera peut-être le premier jour de retour au travail en présentiel depuis fin octobre, période à laquelle le télétravail avait de nouveau été généralisé. Une règle que la ministre du Travail, Elisabeth Borne a souhaité assouplir dès ce jeudi dans le cadre du nouveau protocole sanitaire en entreprise.

Les salariés en télétravail à 100% peuvent désormais revenir sur site un jour par semaine, sur la base du volontariat et avec l’accord de l’employeur. Une promesse faite par la ministre dès la mi-décembre mais qui intervient dans une situation épidémiologique jugée pour le moment “intermédiaire” et alors que les autorités surveillent de près les chiffres après le brassage des fêtes de fin d’année.

À en croire Elisabeth Borne, même “s’il faut privilégier le télétravail”, cet assouplissement se justifie par la détresse psychologique et l’isolement des salariés en télétravail. “Nos études montrent que plus de six salariés sur dix en télétravail à 100% depuis novembre souhaitent revenir dans l’entreprise au moins une journée par semaine”, a-t-elle par ailleurs justifié dans Le Journal du Dimanche

Détresse des salariés et lien social

De fait, depuis le début de la crise du coronavirus et la mise en place du télétravail, de très nombreuses études pointent le risque qu’engendre sur la santé mentale des salariés le travail à distance. Cela semble même être un facteur aggravant, jugeait un baromètre réalisé par Opinionway juste avant le reconfinement pour le cabinet franco-canadien Empreinte Humaine. 58% des salariés en télétravail à temps complet sont en détresse psychologique contre 53% des salariés en situation hybride (mêlant distanciel et présentiel).

Gage que la situation ne s’est pas améliorée depuis, un nouveau baromètre publié mi-décembre estimait que la santé mentale des salariés “n’a jamais été aussi basse” depuis le début de la crise sanitaire et particulièrement depuis le deuxième confinement. Des chiffres qui s’inscrivent dans un contexte général très dégradé puisque 50% des salariés se trouvent en détresse psychologique, dont 20% en détresse élevée. 

Outre le climat anxiogène porté par la crise du coronavirus, qui traîne en longueur, une telle détresse peut s’expliquer en partie par l’importance du lien social que revêt le travail. Selon une étude de l’institut OpinionWay, pour Microsoft France, 40% des actifs français considèrent le lien social comme source de bonheur au travail. 

“Le travail est aussi vécu comme une nécessité pour sortir de chez soi, de ce qu’on a en tête, avoir le sentiment qu’on contribue à satisfaire le besoin d’autrui. C’est quelque chose qui est réparateur psychologiquement. Mais tout cela disparaît en télétravail et, à l’inverse, on observe une montée en abstraction extrêmement forte. Ce sentiment d’être inséré dans un milieu de travail, dans un collectif où est validé votre travail, où l’on peut partager ses doutes et ses fiertés, cela n’existe plus”, expliquait déjà en septembre au HuffPost, la sociologue du travail et directrice de recherche émérite au CNRS Danièle Linhart, 

Les entreprises saluent une “soupape”

Premières concernées par cet assouplissement, les entreprises ont plutôt tendance à saluer cette “soupape”. “On sent bien qu’au bout d’un certain temps, il y a un risque d’isolement clair. Cette journée de soupape, comme l’a qualifiée la ministre, est donc une bonne nouvelle”, observe pour Le Monde, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef. Idem pour la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). François Asselin, son président, contacté par le HuffPost, abonde: “On voit bien aujourd’hui que les gens demandent à pouvoir revenir sur site à retrouver du lien social, la visioconférence est en train de montrer ses limites et puis les gens ont besoin de faire équipe physiquement”. Pour autant, assure-t-il dans les TPE et PME, “cela ne va pas changer grand-chose. Le dialogue social est plus facile dans les petites entreprises et il y avait déjà des salariés qui revenaient sur site”.

L’annonce est plutôt bien reçue par le patron de la CFDT, Laurent Berger, ”à condition qu’on ne revienne pas dessus dans huit jours”, plaide-t-il dans Le Monde. Du côté de la CFTC et de la CFE-CGC, on met l’accent sur la nécessité d’assurer la sécurité des salariés et de faire confiance aux partenaires sociaux. 

Inquiétudes sanitaires

Lorsqu’elle avait évoqué à la mi-décembre la possibilité de revenir sur site un jour par semaine dès le 7 janvier, Elisabeth Borne avait soumis son application à la situation sanitaire. Cette dernière est aujourd’hui pointée du doigt par de nombreux spécialistes alors que le ministre de la Santé, Olivier Véran a refusé d’écarter complètement un nouveau reconfinement. “Si je vous disais ‘nous ne reconfinerons pas’,  je m’inclurais de fait dans la catégorie des prédictologues, dont je ne fais pas partie”, a-t-il précisé sur RTL.

Épidémiologistes et médecins alertent face à un timing risqué et aux situations de reconfinement en Angleterre et en Allemagne. Le praticien hospitalier en épidémiologie et en santé publique, Mahmoud Zureik, n’hésite pas tacler la ministre, la jugeant “systématiquement à contre-courant”. Hélène Rossinot, médecin de santé publique lui emboîte le pas. 

“On a fermé les restaurants car les repas sont des moments à risque élevé de contamination. Ce n’est pas pour envoyer les salariés au travail, où ils mangent ensemble. Il y a une incohérence totale”, déplore Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du collectif Stop-Postillons, sur Yahoo Actualité. 

Dans la deuxième moitié de décembre, de nombreux avis scientifiques ont préconisé de continuer à privilégier le travail, que ce soit le Conseil scientifique, dans un avis du 12 décembre, ou l’épidémiologiste, Dominique Costagliola, le 27 décembre sur Europe 1, qui évoquait la “nécessité de maintenir” le télétravail à 100 % jusqu’à fin janvier au moins. Une étude menée par l’épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, Arnaud Fontanet, a montré que le recours au télétravail permettait une diminution des contaminations de 30%. “Pour l’instant, le niveau de circulation du virus est trop élevé pour qu’on se lance sur des allègements”, estimait-il d’ailleurs sur Franceinfo ce lundi.

Un message entendu par Elisabeth Borne? La ministre du Travail a précisé que contrairement à ce qui était prévu le 20 janvier, les partenaires sociaux ne prendront pas la main pour définir dans le dialogue social un nombre minimal de jours de travail sur site.  

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