Donald Trump a tout perdu mais sème le chaos au parti républicain


ASSOCIATED PRESS

Donald Trump arrivant en Géorgie le 4 janvier 2021 (AP Foto/Evan Vucci, Archivo)

ÉTATS-UNIS – Après avoir polarisé pendant près de quatre ans l’opinion publique américaine, Donald Trump aura mené jusqu’au bout le Parti républicain au bord du précipice. Les événements de ce mercredi 6 janvier, au cours desquels des dizaines de partisans du président ont envahi le Capitole de Washington pour tenter d’empêcher la certification des résultats portant Joe Biden à la présidence, n’ont à cet égard finalement que peu surpris.

Depuis sa défaite le 3 novembre, Donald Trump n’a cessé de jeter de l’huile sur le feu en dénonçant à tour de bras des ”élections truquées”, jetant l’opprobre sur le fonctionnement des élections et mettant en lumière des théories complotistes et violentes. Quelques instants avant que ses partisans ne franchissent les barrages policiers, il les avait d’ailleurs lui-même incités ”à marcher sur le Capitole”.

Si évidemment la démocratie américaine sort ébranlée de ces effusions, la séquence qui s’achèvera le 20 janvier avec l’investiture de Joe Biden (à laquelle le sortant ne participera pas) pousse le Parti républicain à un examen de conscience. Après quatre ans de trumpisme, le Grand Old Party ressemble plus que jamais à une hydre à deux têtes. 

Trump lâché par des alliés

Bien sûr après les événements du Capitole, mollement condamnés par l’actuel locataire de la Maison Blanche qui a dû s’y reprendre à deux reprises, d’éminentes personnalités et élus du parti, ainsi que plusieurs fidèles ont décidé de couper les ponts et de lâcher le président. Parmi eux, la ministre de l’Éducation, Betsy DeVos, la ministre des Transports, Elaine Chao, son époux le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, mais aussi Mick Mulvaney et Stephanie Grisham, respectivement directeur et directrice des cabinets de Donald et Melania Trump. Dans les rangs conservateurs, l’idée de faire appel au 25e amendement et de lancer une procédure d’impeachment fait même son chemin, portée par exemple par le représentant de l’Illinois à la Chambre, Adam Kinzinger. D’autres, comme le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy mettent en garde contre une procédure de destitution qui ne ferait “que diviser le pays encore plus”. 

Alors que sa responsabilité est pointée du doigt dans le coup d’éclat au Capitole, le président républicain se voit par ailleurs accusé d’avoir fait perdre au parti la majorité au Sénat après les élections partielles perdues en Géorgie.

“Il y a un ras-le-bol certain des républicains. Des sénateurs qui avaient promis de s’opposer à la certification de Joe Biden ont changé d’opinion en réaction à ces événements et aux encouragements donnés par Donald Trump (…) Ses fidèles sont en pleine désillusion. Il avait déjà aliéné ses alliés, représentants et sénateurs, ils sont aujourd’hui ses adversaires”, analyse dans Le Temps, David Sylvan, professeur de relations internationales et de science politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) en Suisse.

Finalement, sur la dizaine de sénateurs républicains emmenés par Ted Cruz qui avaient prévu de s’opposer à la certification des résultats, seuls six ont maintenu leur opposition. 

Comme l’explique notre confrère américain du HuffPost, S.V. Date, après l’invasion du Capitole, c’est le moment ou jamais pour tous ceux qui souhaitent se positionner pour 2024, en dehors du giron de Donald Trump, de se manifester. “Notre identité depuis plusieurs années s’est construite autour d’un individu et nous devons en revenir là où elle se construit autour d’un ensemble d’idées, de principes et de politiques. Et je suis sûr que ces débats auront lieu, mais il faut que ça ait lieu très bientôt”, abonde de son côté le républicain John Thune, ex-Whip de la majorité au Sénat auprès de Politico.

Rupture à sens unique?

Si la volonté de rompre avec le trumpisme apparaît plus que jamais dans une partie de la classe politique républicaine, elle arrive trop tard, selon cet expert. “Les républicains ont fermé les yeux sur ces excès rhétoriques, notamment, sur ces excès populistes, sur les dangers qu’il faisait peser sur la démocratie (…) Depuis quatre ans, les républicains ont vu dans Donald Trump une opportunité politique, celle de faire adopter des lois qu’ils souhaitaient faire adopter depuis longtemps, de nommer des juges extrêmement conservateurs à la Cour suprême”, explique Jean-Christian Vinel, maître de conférences en histoire et civilisation des États-Unis à l’Université Paris-Diderot sur Franceinfo. 

L’électrochoc de mercredi alimenté par des mois de discours populiste aux relents putschistes ne suffira pas par ailleurs à balayer, même avec les meilleures intentions du monde, les racines et les maux du trumpisme. Et pas non plus la base solide à laquelle s’adressent désormais directement le président et ses proches. “Ce n’est plus leur parti républicain, c’est le parti républicain de Donald Trump”, a lancé mercredi, comme une menace, le fils du président, quand l’intéressé lui-même a tancé peu après “un parti républicain “faible” et “pathétique”.

 

Le départ de Donald Trump ne changerait rien

De fait, le trumpisme s’est construit dans un discours anti-élite, y compris à rebours des élites républicaines, s’appuyant en cela sur les fondations -déjà complotistes et dégagistes- du Tea Party. Résultat, au fil des ans, le GOP s’est peu à peu aliéné une partie du vote de centre droit, lequel s’est, entre autres, exprimé pendant la campagne à travers le Lincoln Project, un groupe de républicains soutenant la candidature de Joe Biden.

Mais s’il a fallu attendre jusqu’aux événements de mercredi pour qu’une partie des loyaux lieutenants du président s’en détourne, c’est parce que le calcul électoral s’est toujours avéré gagnant. En quatre ans, Donald Trump a permis d’élargir l’assise électorale des conservateurs, y compris lors du scrutin de novembre dernier, où le président a récolté plus de votes populaires qu’en 2016.

Une emprise telle que même si le magnat républicain quittait la politique, nul doute pour Françoise Coste, professeure de civilisation américaine à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, et spécialiste du parti républicain, que ses partisans continueraient à entretenir son héritage. “Si Donald Trump quitte la vie politique, alors il pourra y avoir une sorte de purge au sein du parti. Mais cela restera compliqué, parce que les partis américains ne sont pas comme ceux que l’on a en France, qui peuvent exclure certains membres. Il n’y a pas de président du parti, de directeur général, ou de commission de discipline. Les partis américains sont bien moins structurés. Donc les pro-Trump vont rester dans le parti et devront cohabiter avec les anti-Trump”, explique-t-elle dans L’Express.

Les 75 millions de grands patriotes américains qui ont voté pour moi, AMERICA FIRST, et Make AMERICA GREAT AGAIN, auront une voix géante dans le futur. Ils ne seront ni méprisés ni traités injustement de quelque manière, forme ou forme !!!

 

Les héritiers de Trump ne se laisseront pas enterrer

Si Trump a perdu une partie de son influence et de ses soutiens, la débandade n’est pas totale. Plusieurs personnalités au sein du parti n’entendent pas jeter aux oubliettes quatre années de capitalisation politique, en démontre la centaine élu à la Chambre qui étaient prêts à s’opposer à la certification des résultats. Après le Capitole, Sarah Palin, ancienne colistière de John McCain, ou encore Peter Feaman membre du Comité national Républicain (RNC), ont refusé de condamner. La première a assuré sur Fox News que l’invasion était en fait une action menée par les “antifas”, quand le second a accusé la police d’avoir laissé passer les manifestants pour donner une mauvaise image des pro-Trump.

Là encore, ces arguments sont relayés au sein des médias d’ultradroite et partagés par une partie de la base républicaine. Selon un sondage YouGov, 45% des électeurs du GOP soutiennent l’invasion du Capitole et 58% la voient comme une action “pacifique”. Enfin, 26% des électeurs républicains estiment que la responsabilité de ces événements incombe à Joe Biden et aux démocrates. 

Au-delà de ces réactions circonstanciées, ce 6 janvier ne saurait effacer quatre années de travail de terrain qui ont permis de porter au pouvoir des élus dans la droite ligne des rhétoriques trumpiennes, à l’instar de Lauren Boebert, pro-armes et anti-avortement, élue dans le Colorado contre un républicain du sérail, ou de Marjorie Taylor Greene qui s’était revendiquée de la mouvance QAnon. Son élection à la Chambre des représentants en novembre dernier illustre parfaitement un sondage d’octobre montrant que 50% des partisans de Donald Trump croient aux théories Qanon. 

Plus parlant encore, le coup de fil que le président a passé lors d’un meeting du RNC jeudi a été accueilli par des applaudissements. C’est d’ailleurs une de ses fidèles, Ronna McDaniel qui devrait être réélue ce week-end à la tête du puissant comité. Elle est la seule candidate.  

Si le trumpisme s’est montré bel et bien soluble dans le parti républicain, la politologue et historienne Nicole Bacharan veut croire que l’avenir montrera que l’inverse n’est pas possible: “Je ne crois pas qu’il y ait un trumpisme. Il y a un populisme dont il est actuellement le meneur, et ce populisme-là ne va pas disparaître (…)  Mais Donald Trump est lui-même très affaibli, le Parti républicain aussi et on pourrait même souhaiter qu’il éclate parce que ce n’est plus possible de faire cohabiter des élus qui ont des positions aussi différentes sur la question basique de la démocratie”.

À voir également sur Le HuffPost: À Washington, les pro-Trump n’ont pas eu le même accueil que “Black Lives Matter”





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