En Espagne, la condamnation du rappeur Pablo Hasel embarrasse le gouvernement


Pau BARRENA / AFP

Le rappeur Pau Rivadulla, alias Pablo Hasel, ici à Lleida en Espagne, le 12 février 2021.

ESPAGNE – Le cas d’un rappeur condamné à une peine de prison pour des tweets attaquant la monarchie et les forces de l’ordre continuait ce vendredi 12 février d’empoisonner le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sánchez.

À quelques heures de l’expiration ce vendredi soir du délai qui lui a été donné par la justice pour se rendre volontairement en prison et commencer à y purger sa peine, l’artiste catalan Pablo Hasel a confirmé qu’il n’avait nullement l’intention d’obtempérer et qu’il comptait au contraire continuer à défier le pouvoir central.

“Ils devront venir m’enlever et cela servira aussi à dépeindre l’État sous son vrai visage, celui d’une fausse démocratie”, a-t-il déclaré à l’AFP au téléphone de son domicile de Lérida, une ville de l’Ouest de la Catalogne.

Épine dans le pied

La polémique a éclaté après sa condamnation à neuf mois de prison pour des tweets dans lesquels il qualifiait notamment les forces de l’ordre espagnoles de “mercenaires de merde”, les accusait de torture et d’assassinats et s’en prenait également à la monarchie.

Reconnu coupable d’apologie du terrorisme, ainsi que d’injures et calomnies à l’encontre de la couronne et de l’État, le rappeur affirme qu’il ne permettra pas qu’“ils (les responsables politiques) me dictent ce que je peux dire”.

L’affaire est devenue une  véritable épine dans le pied du gouvernement de gauche et surtout de sa principale composante, le Parti socialiste, d’autant qu’elle se produit à l’approche des élections régionales de dimanche en Catalogne.

Plusieurs manifestations parfois tendues en soutien au rappeur ont eu lieu ces dernières semaines à Madrid et Barcelone, tandis que plus de 200 personnalités du monde culturel hispanophone, dont le réalisateur Pedro Almodóvar et l’acteur Javier Bardem, ont signé une tribune en sa faveur.

Les signataires de ce texte affirment que cette condamnation constituait une ”épée de Damoclès” au-dessus de tous les artistes et accusent l’Espagne d’agir comme “la Turquie ou le Maroc”. 

Le propre partenaire du parti socialiste au sein de la coalition  gouvernementale, le parti de gauche radicale Podemos, a, lui aussi, réitéré son opposition à la condamnation de Pablo Hasel.

Sur la défensive, l’exécutif a promis lundi “une réforme” pour que les “excès verbaux commis dans le cadre de manifestations artistiques, culturelles ou intellectuelles” ne relèvent pas du droit pénal et ne se traduisent plus par des peines de prison.

La porte-parole du gouvernement, Maria Jesus Montero, a également reconnu mardi “un manque de proportionnalité” dans la peine infligée au rappeur.

“Tribunal politique”

Mais la réforme promise prendra au temps et ne peut donc pas s’appliquer au cas du rappeur.

Dans l’immédiat, l’avocat de celui-ci, Me Diego Herchhoren, a déposé un recours en révision auprès de l’Audience nationale, un tribunal chargé des dossiers particulièrement importants, notamment les affaires de terrorisme.

Mais il a précisé à l’AFP que cet appel n’était pas suspensif, autrement dit qu’il ne permettait pas de surseoir à l’incarcération de son client.

Qualifiant l’Audience nationale de “tribunal politique”, Me Herchhoren a estimé que seul le gouvernement espagnol pouvait éviter la prison à son client. 

Interrogée par l’AFP sur l’expiration imminente du délai imparti au rappeur pour se livrer ou être arrêté, une source de ce tribunal a évité de répondre, indiquant ne pas avoir d’informations à ce sujet.

“Nous n’avons rien à dire”, a renchéri une source du ministère de la Justice.

L’avocat de Pablo Hasel a estimé que la proximité des élections de dimanche en Catalogne “influe” sur la situation de son client, qui “bénéficie de la sympathie d’une grande partie de la société catalane”. 

La question, a-t-il dit, est de savoir si la prise de position du gouvernement contre une peine de prison est sincère “ou s’il s’est simplement agi d’une annonce électorale”.

Lors des élections régionales de dimanche, le parti socialiste de Pedro Sánchez a pour objectif de devancer les deux principales forces indépendantistes qui gouvernent la Catalogne et de les chasser du pouvoir, moins de quatre ans après une tentative avortée de sécession qui a laissé des traces douloureuses dans la région.

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