États-Unis: Deb Haaland va devenir la première Amérindienne ministre


Caroline Brehman via Getty Images

Après être devenue en 2018 l’une des deux premières autochtones à entrer au Parlement américain, Deb Haaland, 60 ans, va désormais devenir, grâce à Joe Biden, la première Amérindienne ministre aux États-Unis. 

ÉTATS-UNIS – Elle avait promis d’être “une voix forte” pour les autochtones, les minorités et les pauvres. Deb Haaland, choisie par Joe Biden pour prendre la tête d’un vaste département (la version américaine du ministère) chargé des ressources naturelles, devrait gagner son pari en devenant la première Amérindienne de l’histoire à occuper un poste ministériel.

Deb Haaland, 60 ans, qui appartient à la tribu Laguna Pueblo du Nouveau-Mexique, s’était déjà illustrée en 2018 en devenant l’une des deux premières femmes autochtones à entrer au Congrès.

C’est au poste de ministre à l’Intérieur, à la tête d’un département qui gère notamment les ressources naturelles d’immenses terres fédérales (environ un cinquième de la surface du pays) mais aussi les réserves indiennes, que le nouveau président Joe Biden veut placer Deb Haaland. Cette nomination devra être confirmée par le Sénat.

″Écouter les peuples autochtones” sur le climat

Deb Haaland a souligné ce jeudi 17 décembre qu’elle considérerait comme “un honneur de faire avancer le programme Biden-Harris pour le climat et d’aider à réparer la relation du gouvernement avec les tribus (amérindiennes), que l’administration Trump a ruinée”.

“Je pense qu’il est temps que notre monde -pas seulement notre pays, mais le monde entier- commence à écouter les peuples autochtones quand il s’agit de changement climatique et d’environnement”, avait lancé l’élue alors que son nom commençait à circuler pour ce poste.

Sa candidature avait été soutenue par une pétition de quelque 120 représentants tribaux exhortant Joe Biden à “marquer l’Histoire” en la choisissant. Une kyrielle de militants écologistes et de célébrités d’Hollywood, dont Cher et Jane Fonda, avaient aussi pris fait et cause pour elle dans une lettre ouverte.

Deb Haaland, qui a été facilement réélue en novembre pour un second mandat, a toujours insisté sur son intention de porter les revendications des Amérindiens: “La terre, l’eau, les financements du gouvernement.” “Mes ancêtres ont fait des sacrifices incroyables pour me permettre de garder mes coutumes et traditions. Je ne leur ferai pas défaut”, assurait-elle en 2018, lors d’une rencontre avec l’AFP.

Cette mère célibataire, qui a vaincu l’alcoolisme dans sa jeunesse et a dû un temps recourir à des bons d’alimentation du gouvernement pour subsister, a fait partie de cette vague de femmes qui entendaient prendre le Congrès d’assaut pour s’opposer à la politique du président Donald Trump. “Je suis une femme, je suis une femme de couleur”, disait-elle, désignant son visage brun et ses longs cheveux noirs et lisses. “C’est ce genre de personnes qu’il faut au pouvoir actuellement pour faire avancer les questions qui comptent”, jugeait-elle.

Un seul Amérindien ministre dans l’Histoire

Deb Haaland, qui a “toujours eu de l’ambition” selon son entourage, s’est engagée en politique comme bénévole en 2004, lors de la campagne du démocrate John Kerry pour l’élection présidentielle. Elle avait tout simplement saisi une liste téléphonique et commencé à passer des appels. Puis elle avait pris par la main sa fille Somah, 9 ans seulement à l’époque, pour partir à la pêche aux voix avec l’énergie qui la caractérise.

Deb Haaland est née à Winslow, dans l’État de l’Arizona, où son grand-père travaillait dans une compagnie ferroviaire au titre de la politique d’“assimilation culturelle” des Amérindiens et où sa mère, Mary Toya, a également vu le jour. Cette dernière était fonctionnaire fédérale. Le père de Deb Haaland, d’ascendance norvégienne, fut membre des Marines, un corps d’élite de l’armée américaine. Au gré de leurs multiples affectations et déménagements, Deb Haaland dit avoir fréquenté pas moins de treize écoles.

Son enfance est surtout marquée par les coutumes de sa tribu, les Lagunas. Elle se rappelle les étés passés avec ses grands-parents pueblos -selon elle en butte à de nombreuses discriminations- à irriguer les champs ou à faire du pain.

Auprès des Lagunas, Deb Haaland dirigeait la société tribale exploitant les trois casinos de la réserve. Plus tôt, elle avait créé une petite entreprise de fabrication de sauces en conserve, “Pueblo Salsa”, pour pouvoir passer du temps avec sa fille durant ses études de droit. Avant Deb Haaland, seul un autre Amérindien a fait partie du gouvernement américain: Charles Curtis, vice-président de Herbert Hoover entre 1929 et 1933, aimait à rappeler qu’il était “un huitième indien Kaw et 100% républicain”.

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