Fils de policier agressé à Belfort: Darmanin s’est-il emballé?

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Ludovic MARIN / POOL / AFP

Darmanin a-t-il donné de fausses informations sur l’agression d’un fils de policier à Belfort? (photo d’illustration prise le 20 octobre 2020)

POLITIQUE – Le procureur de la République visait-il le ministre de l’Intérieur en déplorant la circulation d’“informations inexactes susceptibles d’engendrer un trouble à l’ordre public”? En tout cas, Éric Plantier n’a pas hésité, ce lundi 28 décembre, à livrer une version différente de celle donnée par Gérald Darmanin d’un fait-divers qui a -très- rapidement indigné une large partie de la classe politique. 

Samedi, le locataire de la place Beauvau partageait sur son compte Twitter un article du quotidien local Ouest-France, qui lui-même reprenait une dépêche de l’Agence France Presse, en parlant d’un “jeune homme agressé parce qu’il aurait fêté Noël et ne serait pas un ‘bon arabe.’”

“Circonstance ‘aggravante’: être fils de policiers”, ajoutait alors le ministre de l’Intérieur en martelant: “pas de place pour le séparatisme dans notre pays, pas de place pour le racisme d’où qu’il vienne.”

Mais Gérald Darmanin a-t-il tweeté trop vite? Le procureur de la République de Belfort incitait à la prudence, lundi via un communiqué, annonçant l’ouverture d’une information judiciaire pour “confirmer les circonstances de déclenchement de la rixe.”

Le procureur contredit Darmanin point par point

Et le magistrat d’immédiatement préciser qu’il n’est “nullement établi qu’aurait été expressément reproché à une personne de confession musulmane de célébrer la fête chrétienne de Noël.”

“Le déchaînement verbal puis le rendez-vous fixé semblent davantage relever d’une question d’ego, le plaignant estimant que son contact, moins âgé que lui, lui avait manqué de respect, et non pas d’une volonté d’imposer à autrui des convictions religieuses”, a encore tenu à souligner Éric Plantier. 

Le fils de policier, un jeune homme de 20 ans qui a porté plainte, avait posté le 25 décembre une photo de son repas de fête sur un réseau social. Un de ses contacts, âgé de 18 ans, lui aurait demandé s’il fêtait Noël, puis la conversation aurait dégénéré en injures.

Un rendez-vous avait alors été fixé, auquel le plaignant, déterminé à “régler le problème”, s’était rendu accompagné de deux ou trois personnes. Il avait retrouvé son interlocuteur, lui-même accompagné de trois personnes, dont deux frères. Le plaignant et les deux frères avaient alors été impliqués dans la rixe, toujours selon le procureur.

Pas de guet-apens, ni de haine anti-policier

Après quatre jours d’enquêtes et l’audition de plusieurs personnes impliquées qui se sont toutes présentées spontanément aux enquêteurs, le procureur de la République a également déploré les “informations parcellaires ou inexactes susceptibles d’engendrer un trouble à l’ordre public” qui ont circulé sur cette affaire, notamment via “une reprise de l’Agence France Presse”, nommément citée par le magistrat.

“Il ne peut être affirmé que la qualité de fils de policier serait à l’origine des violences ou en aurait été un élément déterminant”, a-t-il également précisé, contrairement aux premières informations écrites dans la presse et partagées à l’envi par des responsables politiques de droite ou de la majorité. 

“Il est en outre acquis que le plaignant s’est délibérément présenté au rendez-vous pour régler ses problèmes ‘comme un homme’. Il n’est donc pas permis d’affirmer qu’il serait tombé dans un guet-apens”, a encore fait valoir Éric Plantier.

L’information judiciaire devra permettre d’identifier le deuxième et l’éventuel troisième accompagnateur du plaignant, ainsi que le troisième accompagnateur de son interlocuteur. Elle devra également identifier l’auteur des propos à caractère raciste proférés dans la conversation sur le réseau social, propos que le titulaire du compte dément avoir formulés lui-même. 

Cette information judiciaire fixera aussi une éventuelle interruption temporaire de travail (ITT) pour le plaignant, le quantum de 4 jours d’ITT précédemment évoqué par l’AFP n’étant “pas confirmé”, selon le procureur.

À voir également sur Le HuffPost: “Nous leur devons le respect”: dans le Puy-de-Dôme, Darmanin sur les lieux de l’assassinat des trois gendarmes

 



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