Frapper vite et fort contre le covid-19 comme Jacinda Ardern, pourquoi on n’y arrive pas en France?


Hagen Hopkins via Getty Images

La Première ministre Jacinda Ardern lors d’une visite à l’Institut Malaghan de recherche médicale de l’Université de Victoria le 27 août 2020 à Wellington, en Nouvelle-Zélande. (Photo Hagen Hopkins/Getty Images)

“Go hard Go early”, disait Jacinda Ardern, la première ministre néo-zélandaise quand elle a décidé de confiner son pays au printemps dernier alors qu’il y avait zéro mort du coronavirus. L’archipel est considéré comme un des pays qui a le mieux géré l’épidémie. Pourquoi ne pas nous inspirer de l’exemple de pays qui ont jusque-là réussi à endiguer l’épidémie?

Car nous revoilà revenu à la case départ. Un peu plus de 4 mois après la levée du confinement, le Président de la République a été contraint d’opter pour un nouveau confinement à partir du 30 octobre. Au moment où l’épidémie semble être de plus en plus hors de contrôle, l’hésitation n’était plus permise. Il fallait décider d’un confinement généralisé et cela quoi qu’il en coûte. C’est la seule solution pour tenter d’endiguer la nouvelle vague qui s’annonce plus redoutable que la première. Emmanuel Macron n’a pas frappé aussi fort qu’au printemps. Il a surtout tardé à le faire…

L’échec du déconfinement

Ne nous leurrons pas! Nous n’avons pas réussi le déconfinement. Notre politique de tests a été un échec. “Tester, tracer et isoler” a souvent répété le directeur général de l’OMS. Certes nous avons augmenté le nombre de tests. Tester seul ne suffit pas. Au-delà de cette politique du chiffre, il aurait fallu également “tracer” efficacement et isoler, ce qui n’a pas été le cas. Avec un million de tests par semaine, les laboratoires souvent de petite taille ont été très vite dépassés avec des résultats communiqués plusieurs jours après, ce qui n’a pas permis de casser à temps les chaînes de contamination. Avec la flambée de l’épidémie, la gestion des cas contacts avec cent mille appels passés chaque jour, est devenue inopérante comme l’a reconnu le Président lui-même: “si ce système peut être avec quelques milliers de cas par jour, il n’est plus efficace dès lors que nous avons aujourd’hui entre 40.000 et 50.000 contaminations quotidiennes dépistées”.

Les Français portent également leur part de responsabilité dans l’échec du déconfinement. Le soleil d’été s’est  accompagné d’un relâchement général et nous avons baissé la garde. “Il est hautement probable qu’une seconde vague épidémique apparaisse à l’automne ou à l’hiver prochain” avait pourtant averti le conseil scientifique, dès le 27 juillet  en précisant que: “l’anticipation des autorités sanitaires à mettre en place, dès maintenant les plans spécifiques de prévention et de précaution (…) est un élément capital”. Nous avons été victimes de notre tempérament et de nos habitudes et les autorités ont indéniablement manqué de vigilance.

Le déconfinement et la relative accalmie de l’été n’ont pas aussi été mis à profit pour mieux nous préparer. On aurait dû, par exemple, mieux armer les hôpitaux en capacités de réanimation.

Il y a tout lieu de craindre que la digue hospitalière ne tienne pas, cette fois-ci. Nombre d’hôpitaux sont confrontés à des pénuries d’effectifs. Les moyens supplémentaires prévus par le Ségur ne sont pas encore opérationnels et il faut redouter que les personnels hospitaliers qui sont sortis éreintés de la première vague n’aient plus la même énergie pour combattre la seconde.

Un confinement tardif et allégé

De nombreuses études ont prouvé l’efficacité du confinement. Elles montrent toutefois que son efficacité est d’autant plus grande que la mesure est prise rapidement. Pour nombre d’experts, le confinement aurait dû être décidé beaucoup plus tôt, quasiment à la rentrée. “Le gouvernement va être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles, dans les huit à dix jours maximum” avait averti Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique dès le 9 septembre. À l’inverse, le gouvernement s’est toujours voulu rassurant, l’objectif affiché étant d’éviter à tout prix le retour du confinement. À la décharge du gouvernement, il faut dire que l’opinion publique pas aussi résiliente que dans d’autres pays, aurait eu beaucoup de mal à accepter le bien-fondé d’une mesure compte tenu des chiffres de l’époque. Il vaut se rappeler du tollé suscité par la fermeture des bars et restaurants à Marseille

Après l’échec de la demi-mesure qu’a été le couvre-feu, ce sont les modélisations de l’Institut Pasteur, qui se sont peu trompées jusqu’à présent, qui vont convaincre le président de la République. L’objectif comment au printemps est d’éviter que le système hospitalier explose. Il faut aussi tenter de sauver les fêtes de fin d’année!

Rien n’est sûr aujourd’hui et nul ne peut prédire combien de temps va durer le confinement. “Nous sortirons du confinement quand le virus ne circulera plus” se contente de dire Olivier Veran.

Cela d’autant que nombre d’experts mettent aussi en doute l’efficacité de ce nouveau confinement, plus light que le précèdent. Contrairement au mois de mars, les écoles, lycées restent ouverts avec toutefois un protocole sanitaire renforcé. La plupart des entreprises et les services publics resteront également ouverts. De même, les lieux publics comme les parcs et jardins et les marchés resteront ouverts. Le travail pourra continuer même si le télétravail devra être généralisé “partout où c’est possible”.

Des millions de salariés, de fonctionnaires et d’élèves, vont ainsi continuer à se déplacer chaque jour. Autant de vecteurs de transmission du virus! Quel sera dès lors l’efficacité de ce nouveau confinement d’autant que ces premières semaines témoignent d’une certaine lassitude des Français?

La question centrale reste, en effet, l’adhésion de la population. Les Français qui ont dû renoncer à une partie de leur liberté depuis l’apparition de l’épidémie sauront-ils accepter ce nouveau confinement?

 

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