La Fifa va imposer un congé maternité pour les footballeuses


Patrick AVENTURIER / Getty Images

Les joueuses de l’équipe de France féminine de football Eugénie Le Sommer, Gaetane Thiney, Wendy Renard et Kamel Majrhi félicitent Valérie Gauvin après son but lors du match France – Norvège le 12 juin 2019, à Nice, France.

FOOTBALL – Une nouvelle étape dans la professionnalisation de la discipline. Pour mieux protéger les joueuses enceintes, la Fifa va imposer un congé maternité à ses 211 pays membres.

“Nous voulons voir plus de femmes jouer au football, et en même temps avoir une famille”, a expliqué à plusieurs journalistes Sarai Bareman, responsable du football féminin au sein de l’instance mondiale, ce jeudi 19 novembre lors d’une conférence téléphonique.

Alors que la plupart des footballeurs de l’élite cumulent sans difficulté haut niveau et enfants, une carrière féminine reste souvent synonyme de renoncement ou report de la maternité, à l’exception de quelques pays pionniers dont les Etats-Unis.

La Fifa a donc annoncé qu’elle proposerait lors de son Conseil de décembre une série de mesures applicables à partir de 2021 à ses 211 fédérations membres, qui offrent pour l’heure des garanties très inégales selon le droit et les pratiques locales.

Les clubs engagés au niveau international – donc placés sous la juridiction de l’instance de Zurich – devront proposer un congé maternité “d’au moins 14 semaines, dont huit après la naissance”, rémunéré “au minimum les deux tiers du salaire contractuel” de la joueuse.

“Allaiter son bébé et/ou tirer son lait” dans des “locaux adaptés”

Pendant cette période, ils pourront recruter un joker médical – concrètement, une joueuse enregistrée en dehors de la période normale du marché des transferts -, quitte à l’intégrer durablement si les deux parties le souhaitent.

Il leur sera interdit de “soumettre la validité des contrats au fait que la joueuse soit enceinte ou le devienne”: en cas de licenciement pour ce motif, le club sera sanctionné non seulement financièrement mais aussi “sportivement”.

Enfin, après le congé maternité, les clubs devront “réintégrer les joueuses et leur fournir un soutien médical et physique approprié”, a précisé Emilio Garcia, le directeur juridique de la Fifa.

La joueuse pourra notamment “allaiter son bébé et/ou tirer son lait” dans des “locaux adaptés” fournis par son employeur, d’après le futur règlement de l’instance.

Ce retour dans l’effectif s’annonce crucial en pratique, tant le football féminin a gagné en intensité physique à mesure qu’il se professionnalisait, comme le révélait une analyse du Mondial-2019 publiée par la Fifa en juillet dernier.

Or le risque d’impacts contraint les joueuses à délaisser tôt dans leur grossesse l’entraînement classique, même quand elles poursuivent une préparation physique, et plusieurs d’entre elles ont décrit la difficulté de retrouver leur meilleur niveau.

“J’ai dû me refaire une santé de A à Z. Mes muscles avaient littéralement fondu et puis j’avais pris une quinzaine de kilos”, racontait l’an dernier la double championne olympique américaine Amy Rodriguez, mère de deux garçons, au site Fifa.com.

L’attaquante des Utah Royals, protégée par son contrat, figure parmi les rares footballeuses de l’élite à poursuivre leur carrière une fois devenues mères, comme ses compatriotes Sydney Leroux ou Alex Morgan, qui vise les JO de Tokyo après avoir accouché d’une petite fille en mai dernier.

Le handball en exemple

En France, les exemples en sport collectif sont plutôt venus du handball, avec l’arrière internationale Camille Ayglon-Saurina puis la gardienne Laura Glauser, devenue championne d’Europe avec les Bleues huit mois après avoir donné naissance à sa fille.

Le développement du haut niveau féminin et les aspirations à l’égalité professionnelle poussent peu à peu les instances sportives à s’emparer de la question, comme l’avait fait l’Union cycliste internationale (UCI) début 2019.

Pour les cyclistes sur route – une discipline fortement dominée par les hommes -, l’UCI avait imposé à compter de 2020 une assurance maternité, ainsi qu’un salaire minimum qui sera aligné à partir de 2023 sur celui des équipes masculines.

Reste la question de l’attitude des sponsors, sur laquelle les instances n’ont pas de prise: en mai 2019, la reine du sprint Allyson Felix avait vivement critiqué la baisse de ses primes imposée par Nike après sa grossesse dans une tribune au New York Times, poussant l’équipementier à amender ses règles.

Et le congé paternité ? 

La question du congé paternité des joueurs de foot professionnels avait notamment été soulevée lorsque le joueur brésilien Marquinhos, s’était absenté d’un match opposant le PSG à Montpellier pour assister sa femme lors de son accouchement. Le défenseur de l’équipe parisienne avait fait l’objet de propos déplacés de Guy Roux sur le plateau de L’Equipe du soir: “Ce sont les hommes qui accouchent, maintenant ? ”. Cette réaction avait  largement été critiquée sur les réseaux sociaux. 

Si le congé paternité est obligatoire en France depuis le 1er janvier 2002 au titre des articles L1225-35 et L1225-36 du Code du Travail, il n’est pas toujours bien accueilli dans le monde du sport professionnel. Conformément à l’annonce d’Emmanuel Macron, le congé paternité sera doublé à partir de juillet 2021 pour passer à 28 jours. L’Assemblée a voté en faveur de cet allongement le 23 octobre.

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