Le Black Friday révèle le flottement du gouvernement sur les petits commerces


POLITIQUE – Le Black Friday sera-t-il décalé? C’est en tout cas ce que souhaite le ministre de l’Économie. Bruno Le Maire a estimé, mercredi 18 novembre au Sénat, que ces opérations promotionnelles n’avaient “pas de sens dans les circonstances actuelles.” Elles risquent surtout de pénaliser les petits commerçants déjà frappés de plein fouet par le deuxième confinement. Et ce, au profit de la vente en ligne. 

Selon BFMTV, le locataire de Bercy aurait donc proposé, ce jeudi lors d’une réunion au ministère, de repousser le Black Friday d’une semaine, du 27 novembre au 4 décembre, avant d’en discuter dans la foulée avec les représentants des grandes enseignes et de la grande distribution. 

Une mesure bienvenue pour les associations de commerçants, sur le fond. Mais beaucoup craignent surtout qu’elle cache un retard de la date de réouverture de leurs échoppes, alors qu’Emmanuel Macron doit statuer sur la question au cours de la semaine prochaine. Une situation qui ravive les rancoeurs de ces professionnels inquiets, déjà désabusés par la stratégie de l’exécutif et ses errements sur les commerces de proximité en particulier.

“Je suis presque plus inquiet”

Pour eux, l’agitation du ministre sur la date du Black Friday n’est pas franchement bon signe. Francis Palombi, le président de la Confédération des commerçants de France s’est dit “content sur le moment que ce soit reporté”, dans la foulée de la proposition de Bruno Le Maire, avant d’immédiatement tempérer, auprès de l’AFP: “mais si c’est pour nous annoncer qu’on n’ouvrira pas le 27, c’est une nouvelle toute relative”.

“Je suis presque plus inquiet parce que ça accréditerait l’idée qu’on ne rouvrirait pas les commerces le 27 novembre”, ajoute, toujours à l’AFP, Laurent Munerot, président de l’U2P (Union des entreprises de proximité). 

Mêmes craintes du côté de Geoffroy Roux de Bézieux, pour qui un report du Black Friday ne serait “pas raisonnable” aujourd’hui, en raison notamment d’un manque d’anticipation du gouvernement. “Tout est imaginable, mais pas huit jours avant. Il y a des supermarchés qui ont préparé leur catalogue. (…) On parle beaucoup d’Amazon (…) mais il y a plein de commerçants français qui ont préparé leurs promotions”, expliquait le patron du Medef ce jeudi sur RTL, s’inquiétant à son tour de voir cette mesure servir de “prétexte pour dire, on repousse le ‘Black Friday’ donc vous n’ouvrez pas le 27.”

Toujours pas d’horizon clair  

Pas forcément, répond Bercy en substance. “Cette demande ne préjuge en rien de la décision sur la date de réouverture des commerces. Quelle que soit la décision, la date du 27 novembre pour le Black Friday est une mauvaise date”, explique le ministère à l’AFP.

Mais avec ces débats, ce sont surtout les critiques sur la lisibilité de la stratégie du gouvernement qui transparaissent. Jean Castex n’a pas exclu, mardi lors d’un petit-déjeuner de la majorité, une réouverture des commerces dès le 27 novembre. Le lendemain, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal tempérait en évoquant une “adaptation éventuelle du confinement à partir du 1er décembre”, quand le ministre de la Santé Olivier Véran dessinait de son côté, sur BFMTV, un “choix difficile, de la constance.”

Le gouvernement continue ainsi de souffler le chaud et le froid sur cette date cruciale, au grand désarroi des commerçants réclamant un horizon clair. “À chaque fois qu’un ministre parle, ça va dans un sens différent”, se plaint Yohann Petiot, le directeur général de l’Alliance du commerce à l’AFP

Plus de lisibilité, c’est aussi ce que préconise le rapport du groupe de suivi des conséquences économiques du confinement à l’Assemblée nationale. “Les interrogations des acteurs économiques démontrent que la stratégie du Gouvernement nécessiterait un peu plus d’explications. L’acceptation des règles du nouveau confinement par les professionnels et par nos concitoyens est à ce prix”, constatent les rapporteurs Stéphane Travert (LREM) et Julien Dive (LR). 

“Ils se sentent stigmatisés et dévalorisés”

Les élus estiment ainsi qu’il est “indispensable de donner un horizon à chacun: une date ferme pour rouvrir, ou des critères objectifs, et explicités.” Ils enjoignent également le gouvernement, dans ce même souci de pédagogie, à “expliquer en quoi la fermeture de certaines activités s’impose, au moins temporairement, ainsi que les critères qui ont prévalu pour déroger au principe de confinement en faveur d’autres activités.”

Un conseil qui résonne fortement avec la colère des petits commerçants lors de l’instauration du reconfinement. Contraints de fermer leurs portes, bon nombre d’entre eux, au premier rang desquels les libraires n’ont pas compris que des grandes surfaces puissent continuer à accueillir des clients.

À tel point que le gouvernement avait demandé, en catastrophe, aux grandes enseignes de fermer certains rayons par souci d’équité pour leurs petits camarades, tout en précisant la liste des “commerces non-essentiels” autorisés à ouvrir.

Un terme qui reste aujourd’hui encore comme un affront pour les principaux concernés. “Ils se sentent stigmatisés et dévalorisés”, pointe le rapport parlementaire des députés Travert et Dive, demandant au passage au gouvernement “d’éviter cette présentation négative, qui avive les amertumes.”

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