Le masque obligatoire à l’école contesté à l’école, entre doute scientifique et complotisme


MASQUE – Vincent et sa femme vivent à Nantes et sont inquiets pour leur fille en CP. Lundi 2 novembre, elle s’est fait gronder par la directrice de son école car elle ne portait pas bien son masque. “Dans sa classe, deux enfants ne viennent plus à l’école car ils sont trop mal à l’aise avec le masque. Ma fille, elle, appréhende chaque journée masquée”.

Jeudi 29 octobre, lorsqu’il a entendu que le port du masque serait désormais obligatoire pour les enfants à partir de 6 ans, il a décidé de lancer une pétition pour s’y opposer. Il ne fut pas le seul. La sienne a recueilli plus de 180.000 signatures à l’heure où cet article est publié.

Désormais, il veut faire porter ce combat dans la presse et peut-être se rapprocher de “Réaction 19”, une association créée par l’avocat Carlo Alberto Brusa en avril 2020 qui entend défendre “vos droits suite aux mesures prises par les autorités françaises et par l’Union européenne voire par les autorités mondiales pour lutter contre la pandémie de la Covid-19″.

Les écoles qui refusent, celles qui acceptent

Cet avocat avait déjà fait parler de lui fin juillet lorsqu’il avait diffusé un texte très partagé sur les réseaux sociaux affirmant que les amendes de 135€ qui venaient sanctionner les personnes qui ne portaient pas de masque étaient illégales. Le Monde le présentait en octobre dernier comme l’une des principales figures de la fronde antimasques et antirestrictions.

Depuis la rentrée des vacances de la Toussaint, l’avocat s’est lancé dans ce qu’il appelle auprès du HuffPost “un état des lieux”. Un appel à témoignages est organisé pour “mieux comprendre les écoles qui acceptent et celles qui refusent les élèves qui se présentent non-masqués”. La finalité? “Connaître l’étendue de l’application du décret” qui impose le port du masque aux enfants en vue du dépôt d’un recours auprès du Conseil d’État.

Un exemple relayé par la presse locale puis nationale a eu lieu dans les Côtes-d’Armor. Lundi 2 novembre, des élèves ont en effet été acceptés ”à titre transitoire” à venir en classe non masqués. Le lendemain, de son côté, la députée du Bas-Rhin, Martine Wonner (ex LREM) assurait dans une publication relayée plus de 9000 fois sur Facebook qu’on ne pouvait obliger les enfants à porter le masque dès 6 ans, ni leur refuser l’accès à l’école s’ils se présentaient masqués. Deux allégations clairement démenties ensuite par le ministère de l’Éducation nationale interrogé par France Info le 6 novembre.

En ligne et via des tracts distribués devant certains établissements, notamment à Paris, Réaction 19 demande aux parents de faire remplir par les écoles qui refusent les élèves sans masque une “notification écrite du refus d’accès à l’école et du fondement sur lequel le responsable se fonde.” L’association encourage même les parents à déposer une main courante “pour stigmatiser le refus de scolarité”.

Au SNUIPP, le syndicat majoritaire des enseignants du premier degré, cette fronde est connue. “C’est un mouvement minoritaire dont on a entendu parler en cette semaine de rentrée”, assure Guislaine David, la secrétaire générale du syndicat interrogée par Le HuffPost. “Nous avons été prévenus de cas dans les Alpes-Maritimes, en Savoie ou encore en Ile-et-Vilaine”, rapporte-t-elle. “Ce sont des cas difficiles à gérer pour les enseignants et les chefs d’établissement car il faut éviter à tout prix la déscolarisation et que l’enfant se trouve pris entre un conflit d’adultes”, déplore-t-elle précisant que le cabinet de Jean-Michel Blanquer a été informé de ces remontées de terrain mercredi 4 et qu’une lettre officielle lui sera envoyée ce vendredi 6 novembre sur cette question.

L’argument du “libre choix”

De son côté, Maître Brusa, qui se présente auprès du HuffPost comme “un simple avocat” et “pas un anti-masque”, a envoyé mardi 3 novembre une mise en demeure auprès de Jean Castex pour lui demander de retirer ce décret. “Je suis un homme de loi, de droit”, répète-t-il tout en citant à plusieurs reprises au cours de l’entretien une ancienne directrice de recherche de l’Inserm, Alexandra Henrion-Caude, dont les prises de position aux tonalités complotistes choquent la communauté scientifique.

Des parents qui s’opposent au port du masque pour les enfants, cela n’a pas commencé après les annonces du 29 octobre. Ce fut le cas dès la reprise de l’école en présentiel le 22 juin dernier et surtout à la rentrée de septembre.

Mais depuis le 2 novembre, Dominique, la fondatrice du “Collectif pour nos enfants”, a constaté “une deuxième vague” d’intérêt pour le sujet. Ce collectif lancé début septembre a créé une boîte mail pour récolter des témoignages en vue d’une action juridique. Selon sa fondatrice, 2000 personnes, principalement des parents, font désormais partie de ce collectif.

Comme Maître Brusa, cette travailleuse sociale assure ne pas être “pro ou anti masque, ni complotiste” mais défendre “le libre choix”. “Libre à ceux qui se sentent fragiles de porter le masque si ça les rassure. Ceux qui estiment qu’il ne sert à rien n’ont pas à le faire”, résume-t-elle.

Ce qui la met surtout en colère concerne l’obligation pour les enfants. Elle-même mère de famille, elle s’insurge contre les “maltraitances physiques et psychologiques” que vivent des “enfants qui le portent pendant parfois 10 heures d’affilée”. Le personnel scolaire est aussi dans sa ligne de mire, notamment pour son absence de bienveillance envers “les enfants qui baissent leur masque pour respirer à la récréation et se font engueuler ou culpabiliser”. Mais pas seulement.

“On ne veut surtout pas la déscolariser”

“La police qui vérifie le port du masque devant les écoles, le gendarme qui entre dans le car scolaire pour s’en assurer aussi… Cela rappelle les heures les plus sombres de l’Histoire”, s’emporte-t-elle. Même si, elle en convient, depuis l’attentat contre Samuel Paty et la présence des forces de l’ordre aux abords des écoles, “cet argument ne tient plus”.

Très vite, la notion de libre-choix du port du masque bascule sur le sujet des vaccins et l’obligation vaccinale pour les enfants, “une folie” selon elle. “On n’est pas dans le complotisme du tout”, se défend-elle encore tout en précisant que derrière cette obligation vaccinale, “ce sont surtout des affaires de gros sous”. Pour Vincent, le père de famille nantais, l’envie d’agir pour faire tomber cette obligation du port du masque n’a pas les mêmes fondements. “Je ne suis pas anti-vaccin, dès qu’un vaccin sera disponible pour nous protéger du Covid, nous le ferons”, assure-t-il.

De même, le couple a décidé de ne pas enlever leur fille de l’école et de continuer à lui faire porter le masque chaque jour. “Elle est dans une classe charnière, on ne veut surtout pas la déscolariser”. S’il est très inquiet pour les plus jeunes, il l’est moins pour les plus de 11 ans. “Cela me semble être une bonne initiative de leur faire porter car eux, contrairement aux plus jeunes, ils comprennent.”

De trop rares études

En revanche, ce qu’il attend de la part du gouvernement, ce sont des “preuves scientifiques” pour soutenir cette obligation “qui fait peser une grosse responsabilité sur les épaules des enfants”. Pour l’instant, il n’en voit pas.

Et pour cause, rares sont les études consensuelles sur cette population. Il est encore difficile de dire avec précision quel est le degré de contagiosité des enfants encore maintenant en novembre 2020.

En septembre dernier, une étude indienne publiée dans Science abondait notamment dans ce sens, précisant que les contaminations se faisaient surtout à l’intérieur. Le 30 juillet dernier, une autre étude publiée dans la revue Jama affirmait que les jeunes enfants atteints par le coronavirus étaient bien plus contagieux que les adultes. En analysant en détail 150 patients, les auteurs ont remarqué que l’ADN du virus était 10 à 100 fois plus présent dans les prélèvements nasaux des enfants de moins de 5 ans comparés aux adultes. La recherche avance.

À voir également sur Le HuffPost : “Comment aider les enfants à porter le masque?”



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