L’investiture de Joe Biden sous haute sécurité, deux semaines après l’invasion du Capitole


ÉTATS-UNIS – Joe Biden rêve d’une “Amérique unie”. Mais avant d’en arriver là, il va devoir composer avec une Amérique sous très haute surveillance. À deux jours de la cérémonie d’investiture présidentielle du démocrate à Washington DC, la capitale américaine est entrée depuis lundi 18 janvier dans une semaine sous tension. 

L’histoire moderne américaine se souviendra sans doute de l’investiture de son 46e président: entre l’épidémie de coronavirus et l’assaut des partisans de Donald Trump sur le Capitole en marge de la certification des résultats de l’élection présidentielle, la prestation de serment de Joe Biden sera forcément très différente de celle de ces prédécesseurs. 

La cérémonie, placée sous le thème de l’unité, se fera en grande partie virtuellement et il faudra donc se passer de la traditionnelle photo de la foule envahissant la pelouse du National Mall, l’esplanade entre la Maison Blanche et le Congrès. La maire de la ville et le comité d’organisation en charge de l’investiture ont d’ailleurs appelé les Américains à ne pas faire le déplacement et un “champ de drapeaux” sera installé sur une partie du Mall pour représenter les absents.

 

Un show à moitié virtuel et du beau monde (mais pas Trump) 

Malgré tout, le programme n’en est pas moins chargé, avec des festivités qui ont commencé samedi 16 janvier pour s’étendre sur toute la semaine. Le grand “show” aura lieu le mercredi 20 janvier, en présence de personnalités — à l’exception notable de Donald Trump qui le boudera.

Lady Gaga chantera l’hymne national sur les marches du Capitole, puis Jennifer Lopez effectuera une “prestation musicale”. Joe Biden et Kamala Harris prêteront serment sur les marches de la façade ouest du bâtiment, avant un discours du nouveau président sur “sa stratégie sur la pandémie, la reconstruction du pays et l’unification et la guérison de la nation”.

Suivra le traditionnel passage en revue des troupes sur la façade est, avant un déplacement de Joe Biden, accompagné de trois de ses prédécesseurs Barack Obama, Bill Clinton et George W. Bush au cimetière national d’Arlington pour y déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu et lancer un “appel à l’unité”. De retour à la Maison Blanche, Joe Biden assistera à “une parade à travers les États-Unis, retransmise à la télévision pour les Américains et qui mettra en scène plusieurs performances de différentes communautés”.

Le soir, le comédien Tom Hanks présentera une émission spéciale diffusée sur toutes les grandes chaînes du pays, avec “des commentaires de Joe Biden et Kamala Harris”, précise le comité d’organisation. Plusieurs artistes, dont Justin Timberlake, Bruce Springsteen, John Legend ou encore Eva Longoria, sont annoncés.

 

Cette investiture que le comité promet “historique” le sera aussi sur le volet sécuritaire. Car quatorze jours après les violences au Capitole, Washington et le reste du pays — restent sous alerte.

Menaces de “groupes armés”

“Nous sommes inquiets sur les risques de violences lors des nombreuses manifestations prévues dans les prochains jours à Washington et devant les bâtiments gouvernementaux dans les États” qui pourraient attirer des manifestants armés, a déclaré le 14 janvier le directeur du FBI, Christopher Wray. Il a évoqué “un nombre important de discussions inquiétantes sur internet”. “Actuellement nous surveillons des appels à des manifestations armées et des actions d’ici l’investiture” dont il faut évaluer lesquelles sont des menaces sérieuses, a-t-il dit.

Les médias américains, relayant un rapport interne du FBI, n’hésitent pas à parler une semaine avant la cérémonie d’“une prise d’assaut” prévue par “un groupe armé identifié”. Citant un élu démocrate, CNN évoque “des centaines d’extrémistes armés pro-Trump” qui projettent “d’encercler” le Capitole avant la prestation de serment. “Ils ont établi des règles de combat, avec des directives pour savoir à quel moment ouvrir le feu. C’est un groupe organisé avec un plan de bataille”, a rapporté l’élu, quand la Maison Blanche, déjà entourée de barricades depuis les manifestations Black Lives Matter, pourrait aussi être prise pour cible rapporte le Washington Post.

Les craintes sont d’autant plus grandes que les manifestants sont parfois loin d’être des amateurs en maniement d’armes: selon l’agence AP, appuyée par des images qui témoignent d’une véritable tactique coordonnée, au moins 21 personnes arrêtées en marge des incidents du 6 janvier sont d’anciens militaires, dont un ancien lieutenant-colonel de l’armée de l’Air. 

Washington DC, digne d’un théâtre de guerre

Sous pression, les autorités locales, mais aussi fédérales ont donc utilisé les grands moyens: à Washington DC, le déploiement de forces sera tel qu’il peut être comparé à la présence américaine dans des pays en guerre comme l’Irak ou l’Afghanistan.

Pas moins de 15.000 Gardes nationaux supplémentaires seront mobilisés au fil de la semaine pour appuyer leurs 6200 collègues qui se trouvent en permanence dans la capitale. Le jour J, ils seront plus de 20.000, soit quatre fois plus nombreux que le combiné des troupes américaines officiellement présentes en Afghanistan et en Irak actuellement. À titre de comparaison, l’investiture de Donald Trump, qui ne faisait pas l’objet de menaces aussi caractérisées, avait mobilisé environ 28.000 personnes, membres des services secrets, FBI et police locale confondus.

La mission de ces réservistes était à l’origine limitée à un soutien logistique à la police, et dans un premier temps, ils n’avaient pas été autorisés à être armés. Mais, preuve des inquiétudes grandissantes, les consignes ont été revues pour finalement autoriser le port d’armes, mais aucune explication officielle pour expliquer ce changement n’a été apportée. Des avions pourraient également être déployés pour repérer les risques de débordement en temps réel, avec des agents au sol chargés d’analyser les images. 

Dans une ville officiellement en état d’urgence au moins jusqu’au 24, les déplacements ont aussi été restreints. Dès le samedi 16 janvier, une “zone verte” a été mise en place dans le centre-ville de Washington, provoquant la fermeture de routes et des stations de métro. La plupart des rues entourant le Lincoln Memorial et le Capitole ont aussi été fermées dans la foulée, et le resteront jusqu’au 21 janvier. Le “National Mall” sera aussi interdit d’accès, le Washington Monument ayant lui fermé ses portes dès le 11 janvier. 

Pour dissuader les Américains de se déplacer, les solutions d’hébergement ont aussi été drastiquement réduites. La plateforme AirBnB a annoncé qu’elle annulerait et bloquerait les réservations prévues dans la ville la semaine de l’investiture. L’antenne locale de Black Lives Matter a pour sa part fait pression sur les hôtels pour qu’ils ne mettent pas leurs chambres à disposition des personnes venues de l’extérieur.

“Nous faisons en sorte d’assurer une investiture sans risque, et le président élu Joe Biden et sa vice-présidente élue Kamala Harris seront intronisés d’une façon satisfaisante au regard de notre histoire et de nos traditions”, a promis Mike Pence. Bien plus silencieux depuis qu’il est privé de Twitter, Donald Trump a lui appelé au calme mercredi 13 janvier, dans un message d’apaisement pour une fois sans ambiguïté: “Je vous le demande: pas de violence, pas de délits, pas de vandalisme. Ce n’est pas ce que nous représentons et ce n’est pas ce que représente l’Amérique. J’appelle TOUS les Américains à aider à apaiser les tensions”, a-t-il écrit.

Reste à savoir si sa base de fidèles l’entendra. 

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