Marine Le Pen en procès après la diffusion d’images d’exactions de Daech

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POLITIQUE – 16 décembre 2015. La matinée est avancée quand Marine Le Pen publie des tweets qui la conduiront cinq ans plus tard à s’expliquer devant la justice. Ce mercredi 10 février, la présidente du Rassemblement national comparaît devant la 14e chambre du tribunal de Nanterre, en compagnie de l’eurodéputé Gilbert Collard, député FN au moment des faits. Une énième épreuve judiciaire intervenant dans un contexte où la députée du Pas-de-Calais cherche à afficher sa respectabilité et chasser les vieux démons du RN, dans l’optique de la préparation de son match retour annoncé avec Emmanuel Macron en 2022. 

Marine Le Pen et Gilbert Collard sont poursuivis pour “diffusion d’images violentes”, après avoir publié sur Twitter des photos issues de la propagande de Daech mettant en scène les exactions commises par l’organisation terroriste.  Dans le détail, celle qui est alors présidente du FN a commis trois tweets. Sur chacun d’eux, apparaissait un innocent dont la mort dans d’atroces souffrances était sciemment mise en scène. D’un homme écrasé sous les chenilles d’un char d’assaut à un autre décapité en passant par un prisonnier brûlé vif. Par ces messages violents signés de ses initiales, Marine Le Pen entendait protester contre Jean-Jacques Bourdin, coupable à ses yeux d’avoir dressé un parallèle entre son parti politique et l’organisation terroriste.  

Des faits passibles de cinq ans de prison

Le journaliste de BFMTV recevait ce jour là le politologue Gilles Keppel qui, dans son livre Terreur dans l’Hexagone, établit un lien sur le plan rhétorique entre la montée du jihadisme et celle du parti d’extrême droite, sans pour autant faire un parallèle entre les deux organisations. Or, Marine Le Pen y a vu une analogie directe, ce qui a provoqué sa colère et l’a conduit, selon ses propres termes, à rappeler aux journaliste “les atrocités de Daech pour qu’ils prennent conscience de l’énormité de leur comparaison”.  

En parallèle, Gilbert Collard publiait un tweet montrant également la photo d’une victime de Daech et le compte du Front national appelait publiquement les électeurs frontistes à prendre d’assaut le standard de la chaîne. 

Problème: l’article 222-33-3 du Code Pénal punit de cinq ans de prison et de 75.000 euros d’amende la diffusion d’images de violence. Ce que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, avait rappelé l’après-midi même dans l’hémicycle. “Elles sont les photos de la propagande de Daech et ces photos sont, à ce titre, une abjection, une abomination et une véritable insulte pour toutes les victimes du terrorisme, pour toutes celles et tous ceux qui sont tombés sous le feu et la barbarie de Daech. (…) J’ai demandé que la plateforme Pharos puisse se saisir de cette affaire”, avait-il déclaré. 

“Marine Le Pen considère que ce n’est pas la même chose de diffuser ces images à des fins de propagande ou pour prouver les atrocités des ennemis. Ce sera sa ligne de défense”, analyse aujourd’hui Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des Radicalités Politiques à la Fondation Jean Jaurès, observant que l’objet de du procès du jour fait directement écho à son contre-projet sur la loi séparatisme, dans lequel elle entend s’attaquer à “l’idéologie islamiste”, sans jamais vraiment la définir.

Quant à la question relative à la dignité des personnes que ses publications soulèvent, Marine Le Pen avait déjà rétorqué en brandissant la photo du petit Aylan Kurdi publiée par une partie de la presse. Un exemple qu’un élu FN, qui avait publié des photos du massacre du Bataclan, avait utilisé avant elle. Pour Jean-Yves Camus, ces tweets permettaient aussi à Marine Le Pen de nourrir son discours sur l’islamisme. “Son message ne s’adressaient pas aux spécialistes du jihadisme, mais faisait appel aux émotions, afin que les gens qui la suivent appréhendent le phénomène islamiste via ces atrocités”, poursuit le chercheur.   

Polémiques et expertise psychiatrique 

Au-delà du sens que la présidente du FN avait voulu donner à son geste, celui-ci lui a déjà coûté cher sur le plan médiatique. Premier effet boule de neige: l’un de ses tweets affichait l’exécution du journaliste James Foley, décapité en 2014 par le groupe islamiste. Ce qui n’a pas du tout plu à la famille de la victime. “Nous sommes profondément choqués par l’utilisation qu’est faite de Jim pour le bénéfice politique de Le Pen et nous espérons que la photo de notre fils, ainsi que deux autres images explicites, seront retirées immédiatement”, indiquaient ses parents dans un communiqué. 

La présidente du FN n’accédera que partiellement à cette requête, en ne retirant que le tweet sur lequel apparaissait James Foley. Ce sont ensuite les évolutions de la procédure qui remettaient systématiquement une pièce dans la machine, avec notamment les levées successives des immunités parlementaires de Gilbert Collard et Marine Le Pen. En septembre 2018, la députée du Pas-de-Calais avait rendu publique une convocation à passer une expertise psychiatrique dans le cadre de cette affaire. 

“C’est proprement hallucinant. Ce régime commence vraiment à faire peur”, s’était-elle indignée, en partageant le document officiel. Or, comme de nombreux professionnels du droit le soulignaient, cette étape procédurale était normale compte tenu des faits pour lesquels elle était mise en examen: “diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité accessible à un mineur”. Inscrite dans le code de procédure pénale, cette étape est obligatoire au regard de la loi, même si, dans les faits, Marine Le Pen ne risquait rien en refusant de se soustraire à ces “méthodes totalitaires”. 

Toujours sur le plan médiatique, la présidente du RN a fourbi ses arguments, dénonçant un procès qui a le “parfum de la persécution”, reprenant le vocabulaire utilisé par son père autrefois. Selon son avocat David Dassa-Le Deis, “Marine Le Pen n’a jamais eu l’intention, ni même la conscience, de mettre en péril quelque mineur que ce soit. Elle a répondu à une attaque, une provocation d’un journaliste”, a-t-il déclaré à l’AFP défendant la “liberté d’expression” de sa cliente.

L’avocat de Gilbert Collard dénonce quant à lui un “procès politique” pour des faits commis “un an avant la présidentielle” de 2017 dans un “contexte extrêmement tendu”. Un discours victimaire aux relents complotistes qui fleurent davantage l’époque de la diabolisation du parti d’extrême droite que l’objectif de normalisation que sa présidente s’efforce de poursuivre.   

À voir également sur Le HuffPost: Marine Le Pen n’envisage plus de suspendre les accords de Schengen



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