« Monsieur Blanquer, votre protocole renforcé ne suffira pas à protéger les collèges! » – BLOG


Cette tribune est rédigée et cosignée par l’ensemble des personnels du collège Pablo Neruda de Grigny dans l’Essonne.

COVD-19 – Ne nous arrêtons pas sur la communication incompréhensible du ministère de l’Education Nationale, nous promettant d’abord un temps de concertation lundi matin pour préparer l’hommage à notre collègue assassiné, puis revenant sur cette annonce, omettant la lecture de la lettre de Jaurès, pour nous la transmettre finalement, tronquée, vidée de sa substance, de son esprit.

Passons sur ces masques que le ministère, comme tous les employeurs de France, a l’obligation de fournir à ses employés et que nous n’avons toujours pas reçus.

Ne parlons surtout pas de ceux qui nous ont été fournis à la rentrée de septembre et qui se sont avérés être toxiques en raison de la présence de zéolithes d’argent et de cuivre.

Concentrons-nous plutôt sur l’accueil des élèves dans ces conditions sanitaires très particulières.

Inquiétudes des élèves bien réelles

Tout d’abord en faisant ce constat, sans doute partagé par tous les professeurs de France : le jour de la rentrée, alors que nous avions prévu de discuter avec eux de liberté d’expression et de vivre-ensemble, nos élèves n’avaient qu’un mot à la bouche : « reconfinement ». Ils ne comprenaient pas, après avoir entendu le président de la République s’adresser à la Nation en des termes très solennels, mettant en avant une circulation du virus « à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée », qu’on maintienne les cours dans les mêmes conditions, comme si de rien n’était. On pourrait bien sûr les soupçonner de préférer rester bien au chaud à la maison, devant la télé ou à jouer à la console. Mais leur inquiétude est bien réelle, et certains d’entre eux, frappés par des drames familiaux, savent que ce virus est loin d’être inoffensif.

Le protocole sanitaire renforcé prévu par le ministère a été partiellement mis en place dès ce lundi matin, les établissements ayant jusqu’au 9 novembre pour s’organiser. Chaque classe possède donc sa propre salle pour réduire les brassages. Mais comment les éviter dans des salles trop petites, dans des couloirs exigus au moment où près de 650 élèves s’y croisent pour rejoindre une cour de récréation où il n’est pas possible de réguler efficacement les contacts ? Comment assurer la sécurité des enfants qui ne portent pas de masque dans le réfectoire, où aucune aération n’est possible ? Comment garantir celle des personnels, assistants d’éducation et agents au contact d’élèves potentiellement contaminants ? Sans parler des cours d’EPS, au cours desquels les élèves ne portent pas de masque et où la distanciation sociale préconisée de 2 mètres pour la pratique sportive ne peut pas être appliquée dans certaines installations (dojo, salle de gymnastique, vestiaires, etc.).

Un protocole inapplicable

Dans ces conditions, compte-tenu des effectifs de l’établissement, un protocole sanitaire à la hauteur de la gravité de la situation ne peut pas être appliqué. C’est pourquoi nous réclamons la mise en place immédiate du mode hybride. Dans les grandes lignes, il s’agit d’accueillir les élèves en demi-groupe un jour sur deux, accueil qui permet de supprimer les risques de décrochage que nous avions pu observer lors du premier confinement. Lorsque les élèves ne sont pas en classe, les professeurs leur transmettent du travail qui sera corrigé le lendemain. L’objectif est simple : diviser par deux la fréquentation de l’établissement pour réduire les situations de contamination potentielle tout en conservant le lien pédagogique. Le temps, uniquement, que la circulation du virus repasse sous le seuil d’alerte maximale.

Ce scénario fait partie de ceux imaginés par le ministère cet été et qui ont été communiqués à la rentrée de septembre. Nous nous y sommes préparés. Il était prévu en cas de circulation très active du virus, ce qui semble pouvoir s’appliquer à la situation que nous vivons, à en croire en tout cas l’allocution d’Emmanuel Macron du 28 octobre ainsi que les mesures fortes prises par l’exécutif. Ajoutons à cela qu’au 2 novembre plus de 70% des lits de réanimation sont occupés par des patients présentant des formes sévères de la Covid-19. Notre ministre voudrait nous faire croire que le virus s’arrête aux portes de nos écoles, ce que contredit fortement le conseil scientifique qui stipule dans son rapport du 26 octobre que « les adolescents de 12 à 18 ans semblent avoir la même susceptibilité au virus et la même contagiosité vers leur entourage que les adultes », avant d’ajouter : « Le risque d’épidémie [en milieu scolaire] est bien documenté (France, Chili, Israël), avec une transmission vers le personnel enseignant. »

Les lycées en mode hybride et pourquoi pas les collèges?

Jeudi 5 novembre, le ministre de l’Education nationale a autorisé le passage en mode hybride pour tous les lycées, reconnaissant ainsi le caractère d’urgence sanitaire dans les établissements scolaires. Quelle différence y a-t-il avec les collèges? L’argument n’est pas sanitaire, on s’en doute. Le problème, c’est la garde des enfants. Tous les parents de France se posent cette question légitimement. Alors ajoutons-y celle-ci : préférez-vous garder votre adolescent à la maison un jour sur deux, ou une demi-journée sur deux, en bénéficiant d’un accompagnement pédagogique renforcé ou bien le garder une semaine s’il contracte le virus, potentiellement fiévreux, souffrant, vous exposant vous-même à une maladie qui n’a pas les mêmes conséquences sur l’organisme d’un adulte?

En tant que professionnels de l’éducation et en tant que fonctionnaires, nous estimons qu’il est de notre devoir de protéger nos élèves et leurs familles. Nous nous devons d’alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de mettre en place un dispositif scolaire adapté à la catastrophe épidémique qui frappe notre pays.

Il est désormais établi que les classes populaires sont les plus touchées par la maladie. Nous travaillons dans une ville tristement célèbre pour être l’une des plus pauvres de France. Le taux de positivité à Grigny objective ces faits : il était, au 2 novembre, à 23,2%, soit 3 points de plus que sur l’ensemble du territoire national. Mais cette situation locale est loin d’être exceptionnelle comme en attestent les nombreux mouvements de grève et autres initiatives dans nombre d’établissements à travers le pays.

Droit de retrait

Pour toutes ces raisons, nous exercerons notre droit de retrait pour danger grave et imminent jusqu’à ce que des conditions adaptées et respectueuses de la santé des élèves comme des adultes soient appliquées.

Nous avons fait remonter nos inquiétudes par voie hiérarchique depuis mardi 3 novembre. Au moment où nous écrivons ce texte, nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse de l’institution.

Nous n’avons plus le temps d’attendre. Chaque heure passée dans ces conditions est un risque supplémentaire pour nos élèves, pour leurs familles et pour nos équipes de contracter un virus qui rôde potentiellement derrière chaque masque et dont on ne connaît encore que trop mal les conséquences à moyen et long termes.

À voir également sur Le HuffPost: “Rien n’a changé”: elle nous explique pourquoi la situation sanitaire dans son lycée l’inquiète



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