Nicolas Dupont-Aignan, abandonné par les siens, y croit encore


POLITIQUE – Il y a ceux qui, selon les circonstances, préfèrent voir le verre à moitié plein. Nicolas Dupont-Aignan fait partie d’une catégorie encore plus optimiste, ceux qui voient le verre à trois quarts plein quand celui est quasi-vide. Car malgré les démissions en série qui accablent son parti Debout la France (DLF) et les propos cinglants de sa suppléante à son égard, le député de l’Essonne n’en démord pas: “tout va bien”. 

Alors que les cadres du parti se réunissent en visioconférence pour un Conseil national ce samedi 23 janvier, le candidat à l’élection présidentielle affirme même que sa formation se retrouve “remobilisée” par les événements. “Finalement, c’est une bonne opération. Ces départs ont permis une clarification idéologique, et on n’a jamais eu autant d’adhésions”, assure au HuffPost Nicolas Dupont -Aignan, qui ne voit rien d’autre dans DLF qu’un parti “qui se porte bien, sinon mieux”.

Selon lui, les cadres démissionnaires ne sont qu’une poignée, “partis avec la promesse de devenir conseiller régional pour le RN”. Il en dénombre 38 sur les 652 cadres que compterait sa formation. Deux chiffres qui font sourire ceux qui ont quitté le navire. Le premier, d’abord, serait largement sous-évalué. “Ce sont 110 cadres qui sont partis et qui ont prévu de rejoindre notre mouvement ‘Demain la France – Le pays avant tout’”, rétorque Jean-Philippe Tanguy, ancien bras droit de Nicolas Dupont-Aignan, qui a été le premier à claquer la porte.  

“On sera au moins une centaine. On a prévu de rendre tous les noms publics au moment de notre lancement, donc on n’a aucun intérêt à gonfler le chiffre. D’autant que celui-ci ne comprendra pas les cadres démissionnaires qui préfèrent arrêter”, renchérit Alexandre Loubet, ancien responsable de la communication de “NDA”, également membre de cette cohorte. Quant au deuxième chiffre relatif à l’effectif des cadres, il serait, pour le coup, largement surévalué. Les dissidents en comptent 370, “ou en tout cas, en dessous de 400”, bien loin des 652 revendiqués par leur ex-patron. Preuve selon eux de “l’impasse” dans laquelle il s’enferme progressivement. 

“Chantage affectif” 

Pour comprendre la crise qui se dessine au sein du parti, il faut remonter à l’alliance du deuxième tour de l’élection présidentielle 2017 avec Marine Le Pen. Un moment vécu comme un accomplissement pour nombre de cadres qui estiment que DLF avait alors rempli sa mission: “faire le pont entre la droite et le Front national pour faire gagner le camp des patriotes”. Mais cette alliance, qui comprenait un pacte pour les élections législatives, a été rompue par Nicolas Dupont-Aignan. “Il a vraiment eu peur de perdre sa circonscription qui, sociologiquement, est effectivement éloignée de l’électorat de Marine Le Pen. Alors, lors d’un Conseil national, il a mis sa démission dans la balance pour faire sauter l’accord”, remet Jean-Philippe Tanguy.

Un “chantage affectif” vécu comme une ”énorme déception” par Alexandre Loubet et d’autres cadres partisans de l’union. “L’effritement et les doutes ont commencé à partir de ce revirement”, explique Damien Toumi, ancien cadre de Debout la France dans l’Orne, qui a lui aussi démissionné pour rejoindre les dissidents. Mais pas de quoi encore provoquer une hémorragie, d’autant que les européennes vont redonner un motif d’espoir aux déçus de 2017. “Alors que j’avais voté pour le maintien de l’accord avec le FN, on s’était réconcilié sur l’initiative des Amoureux de la France, qui retrouvait une dynamique d’union”, explique Jean-Philippe Tanguy. 

“Il se fâche avec tout le monde”

Mais là encore, le projet qui visait à “dépasser les appareils politiques” et ambitionnait de bâtir un “programme commun” embarquant les personnalités de la droite “hors les murs”, de Jean-Frédéric Poisson à Emmanuelle Ménard, est tout simplement tombé à l’eau. “C’était l’époque des gilets jaunes, et Nicolas Dupont-Aignan a finalement préféré adopter une ligne de récupération politique. Il a saboté les Amoureux de la France. C’était frustrant parce qu’en décembre 2018, on mordait sur l’électorat LR qui était à 9%, alors qu’on arrivait à 8%. On avait aussi l’impression que la stratégie de Wauquiez, qui avait désigné François-Xavier Bellamy, visait  à nous barrer la route. Pour la première fois, on faisait bouger les choses”,  se remémore Alexandre Loubet.  

“Cette séquence, c’était la goutte d’eau”, appuie Damien Toumi, qui déplore “l’incapacité” de Nicolas Dupont-Aignan à bâtir des alliances, raison pour laquelle Nicolas Dhuicq (ex-UMP proche de Thierry Marinai) et le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) ont fini par lui tourner le dos: “il se fâche avec tout le monde”. Des accusations que balaie le premier intéressé. “J’ai toujours été clair sur la ligne, sur le fait qu’on reste un parti indépendant, avec notre propre ligne. J’ai dit très tôt que je pensais que Marine Le Pen était l’alliée objective d’Emmanuel Macron, et qu’on devait proposer une alternative à ce duel”, se défend Nicolas Dupont-Aignan, accusant ces cadres d’être partis “pour des postes”. Pour preuve selon lui, le fait que son ex-collaborateur Alexandre Loubet soit désormais attaché parlementaire du député RN Nicolas Meizonnet. 

Pour le député de l’Essonne, tous ces témoignages ne sont “que des mensonges éhontés” qui ne reflètent pas la réalité de la situation. “Je n’ai jamais été aussi bien dans les sondages, on voit aussi que je progresse chez les électeurs de Marine Le Pen, donc on voit bien que même eux veulent une alternative”. Une défense qui ne convainc guère les démissionnaires. Jean-Philippe Tanguy, qui a prévu d’officialiser le lancement de son mouvement dans la première quinzaine de février, résume: “il s’enfonce dans le déni de réalité et s’enferme dans un truc de complot contre DLF, ça me fait de la peine”.  

Un autre cadre, qui a également décidé de couper les ponts, renchérit: “Tanguy et Loubet, on parle de mecs qui ont à peine la trentaine et qui sont parfaitement inconnus du grand public. Si tout va bien à DLF, pourquoi leur démission a entraîné celle d’une centaine de cadres?”

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