Opérations anti-migrants dans les Alpes: Génération Identitaire relaxée


ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Des activistes du mouvement d’extrême droite Génération Identitaire lors d’une opération anti-migrants dans les Alpes le 21 avril 2018.

DÉCISION – La décision est tombée ce mercredi 16 décembre. Le groupe d’extrême-droite Génération identitaire (GI) et trois de ses cadres ont été relaxés la cour d’appel de Grenoble dans l’affaire des opérations anti-migrants menées en 2018. Il leur était reproché d’avoir “exercé une activité dans des conditions créant la confusion avec une fonction publique”.

En première instance, Clément Gandelin (dit Galant), Romain Espino et Damien Lefèvre (dit Rieu) avaient été condamnés en août 2019 à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Gap. Leur organisation avait écopé de 75.000 euros d’amende. 

En audience d’appel en octobre 2020, de la prison avec sursis avait été requise, avec maintien de l’amende.

 Une action “purement de propagande politique”

Au printemps 2018, au col de l’Échelle près de Briançon, des militants de Génération identitaire vêtus de doudounes bleues ressemblant à celles de gendarmes avaient multiplié les démonstrations d’hostilité aux migrants à la frontière franco-italienne: patrouilles de nuit et déploiement d’une chaîne humaine très médiatisée sous la bannière “Defend Europe”.

Dans son arrêt de relaxe, que l’AFP a pu consulter, la cour d’appel estime que cette chaîne humaine était une action “purement de propagande politique”, ”à visée médiatique” et “annoncée comme telle”. Elle n’était donc pas “de nature à créer une confusion dans l’esprit du public avec l’exercice des forces de l’ordre”.

Quant aux patrouilles nocturnes, “quel que puisse être le regard porté sur de tels agissements, ceux-ci ne sont pas pour autant constitutifs d’actes répréhensibles”, fait valoir la cour. Elle relève en effet qu’“aucun membre des forces de l’ordre interrogé” pendant l’enquête “n’a indiqué que ces patrouilles avaient contrôlé, retenu ou empêché de passer les migrants repérés”.

Ces derniers avaient été signalés par Génération identitaire à la police aux frontières (PAF) et parfois accompagnés jusqu’à ses locaux. 

“Victoire” d’un côté, “stupéfaction” de l’autre

“Aucun des migrants auditionnés n’avait indiqué avoir confondu ces individus avec les forces de l’ordre alors même qu’il s’agissait de personnes en détresse, affaiblies, maitrisant peu ou pas le français”, ajoute la cour.

Damien Rieu s’est réjoui sur Twitter: “Victoire totale! Relaxe!”, a-t-il écrit, parlant de “persécution judiciaire”.

Me Pierre-Vincent Lambert, avocat de MM. Gandelin et Espino et de GI, a déclaré à l’AFP être “extrêmement satisfait de cette décision: la cour d’appel est allée dans le détail factuel et ne s’est pas contentée de l’écume du dossier”.

“C’est une victoire du droit, là où on avait eu une décision évidemment politique en première instance”, a ajouté Me Lambert.

De l’autre côté, on se dit “stupéfait”. Et ce, “d’autant plus que certains de nos bénévoles ont été condamnés et d’autres sont poursuivis pour l’aide qu’ils apportent aux exilés”, a déclaré à l’AFP Agnès Antoine, vice-présidente de l’association Tous Migrants.

Les avocats de l’association (qui n’avait pu se porter partie civile car n’ayant pas 5 ans d’existence) ont fait part de “leur totale incompréhension face à une telle décision, qui potentialise le risque que des milices viennent imposer leur loi à la frontière en violation des droits fondamentaux des personnes exilées”.

“Un message de très mauvaise augure”

“Il s’agit d’un message de très mauvais augure pour tous ceux qui militent pour les droits fondamentaux, en plus de créer un deux poids deux mesures par rapport à la criminalisation des maraudeurs” (les militants venant à l’aide des plus démunis), écrivent Me William Bourdon et Vincent Brengarth.

Les deux avocats ont rappelé que les sept militants de Briançon condamnés après avoir participé à une manifestation en réaction à l’action de GI, étaient “toujours dans l’attente de leur procès en appel”.

À voir également sur Le HuffPost: Dans les Alpes, les migrants face à une police aux frontières renforcée





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