Pour Marielle de Sarnez, François Bayrou cite un poème d’Eluard


FRANCOIS MORI via Getty Images

Marielle de Sarnez et Francois Bayrou, lors du discours d’Emmanuel Macron à l’Elysée, le 14 mai 2017 à Paris

HOMMAGE – “Voici le jour en trop”. C’est par ces mots émouvants que François Bayrou a annoncé la mort de sa fidèle amie Marielle de Sarnez, décédée d’une leucémie ce mercredi 13 janvier à l’âge de 69 ans. Des mots que le président du MoDem a empruntés à l’un de ses poètes favoris, Paul Eluard, extraits du recueil Le temps déborde.

“Voici le jour en trop. Marielle, si talentueuse et si courageuse, Marielle de Sarnez vient de partir. Notre chagrin est immense”, écrivait François Bayrou dans la soirée, pour accompagner une photo de celle qui aura travaillé à ses côtés pendant des décennies au parti centriste. La première phrase de ce court texte est en fait une citation de Paul Eluard.

Le 28 novembre 1946, alors que la mort vient d’emporter brutalement sa deuxième épouse et muse Nusch, née Maria Benz, le poète couche sa peine sur papier:

“Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante six
Nous ne vieillirons pas ensemble
Voici le jour
En trop : Le temps déborde.
Mon amour si léger prend le poids d’un supplice.”

Signés sous le pseudonyme de Didier Desroches, ces vers seront publiés dans le recueil Le temps déborde en 1947 dont plusieurs sections sont consacrées à son grand amour Nusch, avec qui il aura partagé plus de 15 ans de vie commune. Un texte bouleversant qui traduit le choc et le chagrin de Paul Eluard après la perte de cet être cher.

Voir François Bayrou citer du Paul Eluard pour exprimer ses sentiments n’est pas si surprenant. Le président du MoDem est passionné de poésie depuis toujours, lui qui se plaît à rappeler qu’il a été un enseignant agrégé de Lettres.

En 1996 déjà, un portrait de Libération détaillait ainsi les ouvrages qui occupaient son bureau: “Suivent Eluard, Aragon, Hugo: le rayon du ministre est fourni en prêt-à-réciter. Il débite les poésies au mètre, comme un animal de cirque. Mâche ses mots, les déglutit: ‘Ce qui classe un homme, c’est son dévouement, sa générosité et les livres qu’il a lus ou écrits.’ Il a raté Normale, mais il est agrégé de lettres classiques.”

C’est aussi en “apprenant par cœur des poèmes d’Aragon et d’Eluard” que l’homme politique a “surmonté son bégaiement”, indique un journaliste des Échos.

Difficile de recenser toutes les fois où François Bayrou a cité du Paul Eluard lors d’interviews dans les médias ou de discours politiques. On pourrait évoquer notamment son premier meeting de campagne à Dunkerque en 2012, où il récite des vers de La rose et le réséda.

Ou encore son discours de clôture à l’Université de rentrée du Mouvement Démocrate 2018 où il révélait que le prénom de sa fille Dominique était inspiré du “très beau poème” du même nom d’Eluard. “C’est l’évocation du basculement d’un temps de désespoir amoureux à un temps d’espérance et de renouvellement”, disait-il avant d’en réciter le début. “Cela commence ainsi: ‘Toutes les choses au hasard, tous les mots dits sans y penser, et qui sont pris comme ils sont dits, et nul n’y perd et nul n’y gagne, les sentiments à la dérive et l’effort le plus quotidien, le vague souvenir des songes, l’avenir en butte à demain, les mots coincés dans un enfer de mots usés, de lignes mortes’.”

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