Pour rendre hommage à Samuel Paty, face à mes élèves, je me suis sentie seule et à la fois à ma place – BLOG


SAMUEL PATY – Après chaque période de vacances ou même chaque week-end, je prends toujours 5 minutes avec les élèves que j’ai à 8 h pour faire une “plongée en soi-même”.

Ce matin, à 8 h, j’avais cours avec mes 5e. J’ai fait comme d’habitude: “Prenez votre cahier ou un morceau de papier, écrivez ce que vous ressentez, ce que vous avez envie d’exprimer”.

On n’est pas obligé d’écrire, on peut aussi dessiner, griffonner. Je le fais également. En même temps que les élèves. Je ne ramasse pas, je ne lis pas. Jamais. C’est personnel.

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Ensuite, j’ai demandé si certaines personnes avaient quelque chose à dire, avait besoin ou envie de partager une réflexion.

Une élève, qui habituellement ne parle jamais, a vivement levé la main. Je lui ai donné la parole: “Le prof assassiné, il avait pas le droit de montrer les caricatures”.

Le ton était donné. Il fallait que ça sorte. Les autres se sont emballés: “Si, il avait le droit!”, “On a le droit de caricaturer!” Etc. J’ai coupé court au brouhaha.

La caricature comme point de départ

Je leur ai projeté une caricature. (il s’agissait de celle de l’autrice du témoignage, réalisée par Hache, NDLR). Sans rien dire. Sans préciser de qui il s’agissait. Tous les élèves ont parfaitement identifié le type de document et ont correctement défini ce qu’ils et elles voyaient.

Je leur ai ensuite donné l’origine, l’étymologie; je leur ai parlé des traces de caricatures qu’on a retrouvées sur les murs à Pompéi, d’Aristote qui n’aimait pas les caricatures, des rois de France et de Navarre caricaturés, etc.

On en est venu à parler religion et laïcité. Je leur ai donné l’origine, étymologie grecque et latine, puis la définition.

Je leur ai parlé séparation de l’Église et de l’État, j’ai donné les exemples des rois de France, monarques de droit divin.

Quand j’étais à la fac, j’ai suivi en auditrice libre des cours de théologie. Ça m’a été bien utile ce matin. J’ai parlé de polythéisme gréco-romain, de judaïsme, de christianisme, de protestantisme et d’iconographie religieuse.

À la fin de mon exposé improvisé sur les religions, l’élève qui est intervenue au début a ajouté que “celui qui avait tué le prof n’était pas musulman parce que les musulmans ne tuent pas”.

Nous avons donc conclu sur le point commun entre les religions et l’État républicain: il est interdit de tuer. (Et on doit se respecter).

Rentrée sportive et pleine d’émotions

Honnêtement, ça a été sportif. Je me suis sentie bien seule pendant cette heure de cours.

En vrac, quelques réflexions que les élèves ont exprimées pendant ce temps de parole:

“Je suis contente de revenir au collège.”

“J’aurais aimé être vraiment confiné.”

“Dur de retourner en cours.”

“Je ne comprends pas ce confinement.”

″Ça ne me dérange pas d’aller au collège.”

“C’est très chiant le masque.”

“Je ne suis pas d’accord avec le Président, je pense que ce n’est pas bien de reprendre les cours comme ça: on est tous collés dans la cour, mais on n’a pas le droit de sortir le week-end!”

“Je me sens un peu stressée par rapport au protocole.”

“Je ne suis pas forcément d’accord avec le Président, car il ne réagit pas beaucoup pour Samuel Paty, il devrait faire plus.”

“Je suis contente qu’on puisse retourner à l’école et retrouver nos amies, mais j’aurais préféré commencer à 10 h. Je suis surtout triste pour Samuel Paty.”

“Et si le Président veut reconfiner, qu’il ferme les écoles!”

Rentrée difficile et pleine d’émotions pour moi ce matin après une trop courte nuit.

Je n’avais pas cours au moment de la lecture de la lettre de Jean Jaurès et de la minute de silence en classe. Et heureusement. Cette heure d’échange m’a suffi, je n’aurais pas pu gérer davantage d’émotions.

Je me suis sentie seule ce matin, mais aussi à ma place. J’ai fait de mon mieux pour accompagner mes élèves dans ce premier jour de classe à l’ambiance particulière, entre Covid et terrorisme, entre “on fait ce qu’on a à faire” et pseudo hommage national.

(Le nom de l’auteur a été modifié à sa demande)

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