Pour une jeunesse qui ne s’autocensure plus

[ad_1]

BSIP via Getty Images

Un producteur travaillant selon un modèle d’agriculture communautaire partagée en Haute-Savoie, d’après les principes de l’agriculture biologique et de la permaculture. (Photo by: BSIP/Universal Images Group via Getty Images)

“Sur la ligne de partage entre l’Est de ma jeunesse et l’Ouest de mon avenir”, comme l’écrivait Jack Kerouac à mi-chemin de sa traversée de l’Amérique, il est difficile de s’exprimer au nom des plus jeunes. 35 ans est en effet un âge trop avancé pour prétendre partager leurs aspirations. Il ne donne toutefois pas assez d’expérience pour leur indiquer la voie à suivre. 

Cela est d’autant plus difficile qu’il existe une différence fondamentale entre eux et un trentenaire: ils évoluent actuellement en temps d’incertitude. Il est certes compliqué pour tout le monde de se projeter en pleine crise sanitaire et à l’orée d’une crise économique et sociale qui s’ajoute au réchauffement climatique, au terrorisme et à la montée des populismes. Mais à un âge où l’on se construit par le rapport à l’autre et la transgression, cette période faite de contrôle, de solitude et de crainte pour l’avenir peut être ressentie plus durement. 

Élu d’un territoire rural et enclavé, je connais tout de même ce sentiment d’une jeunesse qui n’a pas attendu le confinement pour se sentir isolée et dont le manque de confiance nourrit depuis longtemps l’autocensure. C’est ce que confirme un rapport remis à Jean-Michel Blanquer en mars 2020[1] et qui souligne que “les différences d’ambitions entre les élèves de milieux urbains, ceux de secteurs ruraux et ceux qui sont scolarisés au sein de l’éducation prioritaire conduisent à une réelle rupture d’égalité” engendrant des “mécanismes d’autocensure”. Conséquence d’un accès différencié à l’information[2] et d’une absence de “rôle-modèles”: 42% des jeunes interrogés dans les villes-centres estiment ainsi avoir cette source d’inspiration, contre 27% dans les villes isolées et 28% dans les zones rurales. 

 

 

Ancien étudiant de Sciences Po Paris, je connais aussi ce “syndrome de l’imposteur” qui questionne votre légitimité et vos propres codes au sein de l’élite en devenir. Preuve que cette autocensure n’est pas que la conséquence de vos échecs mais qu’elle accompagne aussi –et de façon plus pernicieuse- vos réussites. 

Face à cette situation, la question est de savoir si la crise actuelle est l’occasion de réduire ces inégalités qui, en plus d’être sociales et territoriales, sont donc psychologiques. 

Pourquoi, d’abord? Parce que le mépris de soi qui en découle hypothèque l’avenir même de la France et –en période de crise– sa résilience. Il démobilise en effet beaucoup de jeunes qui écartent ainsi la possibilité de devenir les talents futurs dont notre pays a besoin. Pire: il accentue ses fractures en segmentant une jeunesse qui, de Plomelin dans le Finistère aux Moulins à Nice en passant par Paris, ne partage plus les mêmes aspirations. En plus d’être une nécessité humaine, en finir avec ce repli est donc un préalable à l’acceptation de la démocratie en tant que projet commun et au retour de la France au rang de grande puissance. 

En quoi la crise peut être une occasion, ensuite? S’il est un point positif à reconnaître au contexte actuel, c’est celui de l’espoir d’un changement de valeurs. Habiter dans une zone rurale ne devrait ainsi plus être une tare aux yeux d’urbains souhaitant y vivre leur “monde d’après”. De même, exercer un métier dit “secondaire” ne devrait plus être source de relégation aux yeux d’une certaine élite qui a découvert qu’il existe des tâches plus essentielles que les autres. En cela, la crise peut donc être une opportunité pour abattre ces différences de considération en fonction de votre parcours scolaire, de votre profession ou de votre lieu de résidence.

Comment, enfin? Premièrement, par la promotion du mentorat comme pilier de l’éducation et de l’apprentissage. Comme indiqué plus haut, l’autocensure est aussi la conséquence d’un manque de modèles dans son entourage et d’un accès difficile à l’information. Par conséquent, les mesures facilitant la rencontre entre des individus partageant les mêmes débuts de parcours et dont certains, par leur expérience et leur expertise, peuvent être des sources d’inspiration pour les plus jeunes doivent être priorisées. 

Deuxièmement, par une mutualisation à l’échelle nationale des conseils consultatifs locaux de la jeunesse. Alors que les crises sont aussi la conséquence de l’application de schémas obsolètes à des problématiques évolutives et de la méconnaissance par nos élites des réalités de terrain, cette instance aurait un triple mérite. En plus de faire bénéficier de la capacité d’innovation et d’adaptation de la jeunesse pour trouver les solutions à notre résilience collective, elle favoriserait leur responsabilité et la mise en commun d’idées provenant d’horizons divers. 

Troisièmement, par la valorisation dans le discours public de l’échec comme étape essentielle de l’épanouissement et comme préalable à la réussite. L’autocensure se nourrit en effet d’expériences vécues à tort comme des défaites et qui sont tout autant de freins à la prise de risque. Or, le 5 sur 20 en mathématiques en classe de 6ème, la débâcle sportive au moment d’intégrer une sélection régionale ou le recalage à un entretien d’embauche sont, plus que des obstacles, les jalons nécessaires d’une vie mature et capable d’audace. 

Plus qu’une politique en faveur de la jeunesse, c’est donc un changement de culture que la France doit accompagner pour redonner confiance à cette dernière. Il en va de la grandeur de notre démocratie à l’instar de l’Homme qui, selon Pythagore, “n’est jamais si grand que lorsqu’il est à genoux pour aider un enfant”. 

 

[1]Restaurer la promesse républicaine. Mission orientation et égalité des chances dans la France des zones rurales et des petites villes, rapport de Salomé Berlioux, présidente de l’association Chemins d’avenirs, remis le 5 mars 2020.

[2] 42% des jeunes de 17 à 23 ans issus des zones rurales ont en effet le sentiment de “ne pas avoir ou avoir eu suffisamment d’informations pour s’orienter”, soit 10 points de plus qu’en agglomération parisienne, in Jeunes des villes, jeunes des champs: la lutte des classes n’est pas finie, note de la Fondation Jean Jaurès, octobre 2019.

 

À voir également sur Le HuffPost: La lettre de Lucie étudiante de 21 ans à Macron pour rouvrir les facs

[ad_2]

Source link

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.