Présidentielle américaine: les sondages ont-ils encore sous-estimé Trump?


Carl Court via Getty Images

Élection présidentielle: les sondages américains ont encore sous-estimé Trump  (Photo d’illustration par Carl Court/Getty Images)

ÉLECTION AMÉRICAINE – Quatre ans après, les mêmes erreurs? Les résultats définitifs de l’élection présidentielle américaine se font encore attendre, deux jours après la fin du scrutin. Malgré tout, la tendance donne pour l’instant Joe Biden en tête avec 264 grands électeurs contre 214 pour Donald Trump. Toutefois, contrairement à ce qu’annonçaient des sondages à quelques heures du dépouillement, les États-Unis n’ont pas assisté à une “vague bleue” en faveur du démocrate. Les sondeurs auraient-ils sous-estimé les partisans républicains comme en 2016?

“Les sondeurs se sont totalement trompés”, a lancé mercredi sur Twitter le président républicain, qui revendique la victoire face au démocrate sans attendre la fin du dépouillement. Et au-delà du milliardaire, de nombreuses voix, dans le camp adverse, pestaient contre une réédition du scénario d’il y a quatre ans, quand la démocrate Hillary Clinton avait perdu contre toute attente.

Côté présidentielle, il est encore trop tôt pour déterminer à quel point les sondages de 2020 se sont trompés, des millions de bulletins par correspondance -principalement utilisés par les démocrates- sont encore à ouvrir. Aussi, outre l’absence de “vague bleue”, Joe Biden est tout de même en tête et pourrait remporter l’élection en confirmant sa victoire en Arizona et en gagnant le Nevada et ses six grands électeurs qui lui manquent. S’il ne remporte que ce dernier État et Trump la Géorgie, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord et l’Alaska, les prévisions qui annonçaient que le démocrate gagnerait “largement” seraient toutefois à côté de la plaque. Il serait ainsi difficile de ne pas faire le parallèle avec les erreurs de la précédente élection présidentielle en 2016.

Les “swing states” une fois de plus mal jugés 

Pour rappel, une avance de 10 points était annoncée pour le démocrate au niveau national, dans une dernière étude réalisée pour NBC et le Wall Street Journal. Ceci ainsi qu’une légère avance dans plusieurs États clés, comme la Floride et l’Ohio. Ce qui n’est pas arrivé. Le Texas, bastion républicain était annoncé comme susceptible de basculer chez les démocrates. Là aussi, mauvaise prévision. “À la veille du scrutin, RealClearPolitics, qui agrège des sondages, plaçait Joe Biden en tête de 4,2 points dans le Michigan et de 6,7 points dans le Wisconsin. Au matin du mercredi 4 novembre, les deux candidats étaient en fait au coude-à-coude dans ces États déterminants”, note Franceinfo

En 2016, la victoire de Clinton était donnée probable à environ 75% par les différents modèles. Nos collègues du Huffington post américain ou du New York Times donnaient, quelques jours avant l’élection, respectivement 98% et 85% de chances de victoire pour Hillary Clinton.

Des prévisions basées sur des centaines de sondages, donnant tous ou presque la candidate démocrate victorieuse, avec plusieurs points d’avance sur son rival. Notamment dans les fameux swing states, ces États qui peuvent basculent régulièrement d’un camp à l’autre et où se fait l’élection. Cette année là les sondages misaient sur la Floride, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord, le Wisconsin et le Michigan. Un échec total.

Voici un graphique montrant où les sondages s’étaient le plus trompés en 2016.

“Nous pensions qu’ils avaient rattrapé leur erreur”

Contrairement à 2016, quand les sondages avaient correctement prédit l’avance d’Hillary Clinton au niveau national mais s’étaient trompés pour ces États clés, “cette fois il semble que les sondages nationaux ont sous-évalué le score de Trump tout comme les sondages dans les États”, explique à l’AFP Christopher Wlezien de l’University of Texas.

Et cela a également eu un impact sur les prévisions des sondages français. Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’Opinion Way, interrogé par Le HuffPost, estime que les erreurs de la précédente élection n’ont pas été assez balayées.

“En 2016, les sondages ont sous-estimé Donald Trump et même si Hillary Clinton avait bien gagné le vote populaire, ils n’avaient pas vu venir ces chamboulements dans le vote par État. De fait, cette année, en faisant nos prévisions, nous avons pris en compte le fait que les sondages américains n’allaient pas refaire la même erreur. En général, dans ces cas-là, on a tendance à justement faire l’erreur inverse et favoriser le candidat qu’on avait sous-estimé avant”, nous explique Bruno Jeanbart. 

De fait, dans les prévisions d’Opinion Way a été pris en compte le fait que Trump était très probablement favorisé. “Nous pensions ainsi que la marge que nous avions calculée entre les deux candidats était en réalité plus élevée et que Biden allait donc être largement en tête. Sauf que finalement les sondeurs américains n’avaient pas surestimé Trump: ils l’avaient même un peu sous estimé. Ce qui, dans les faits, a faussé la marge entre les deux candidats”. 

Plus personnellement, Bruno Jeanbart penchait lui aussi pour une folle victoire bleue:

“Je pensais vraiment que la situation économique pèserait plus en défaveur de Trump. C’est généralement un facteur très prédictif et les présidents qui n’ont pas rempilé pour un second mandat sont partis sur fond de crise économique. Mais cette année cela ne semble pas avoir joué tant que ça”. 

Toutefois, l’erreur n’est pas aussi conséquente qu’il y a quatre ans. Car selon le directeur d’OpinionWay, la marge est quand même plus grande cette année entre les deux candidats et “il faut attendre les résultats définitifs pour voir peut-être l’écart s’agrandir et finalement correspondre à nos prévisions”, tempère le spécialiste. Ainsi, ce dernier estime que la prévision de la victoire de Joe Biden a de fortes chances de se réaliser.

Les marges d’erreur négligées et des pro-Trump timides?

Pour Emilie van Haute, présidente du département des sciences politiques à l’ULB (Université Libre de Bruxelles), citée par le média belge RTBF, l’erreur n’est pas tant d’avoir sous-estimé Trump. Mais plutôt des marges d’erreur qui ont tendance à être négligées. En effet, plusieurs États en plus des “swing states” étaient annoncés comme très indécis et les votes ont été très serrés. À quelques centaines de voix, un État peut basculer d’un camp à l’autre, il est ainsi très difficile de prédire dans lequel il va tomber, d’autant que les sondages proposent des prévisions avec une certaine marge d’erreur.

“Les États donnés comme acquis à l’un ou l’autre candidat l’ont bien été, et les États-balances se sont révélés effectivement être en balance. En fait, il n’y a pas eu de surprise. La Floride par exemple, on la donnait à 50,8% pour Biden et 48,8% pour Trump, c’est dans la marge d’erreur. Si on les appelle les ‘swing states’, c’est précisément parce qu’ils sont dans la marge d’erreur. Et il y en a une série, des États où on est à 49-49 dans les sondages, où ça se joue à quelques centaines de voix”, explique Emilie van Haute.

Mais selon Christopher Wlezien l’erreur ne peut s’expliquer uniquement par la marge d’erreur. Parmi les possibles analyses, il mentionne la possibilité que les indécis se soient prononcés in extremis pour le président sortant ou que des électeurs de Donald Trump aient refusé de répondre aux sondeurs.

Participation record et surmobilisation

Pour ce dernier argument,  François Hendrickx, professeur de communication politique à l’ULB cité par RTBF, évoque la difficulté d’avoir des échantillons représentatifs de l’ensemble de la population d’électeurs.

“Pendant si longtemps, les sondages se faisaient en face à face, en allant frapper chez les gens ou par téléphone. Aujourd’hui cela se fait en partie sur internet ou sur les téléphones portables mais ce n’est pas légal partout. Donc la constitution des échantillons devient très problématique, particulièrement sur un comportement de vote qui est très difficile à sonder”.  

Avant d’incriminer qui que ce soit, la complexité de la situation politique américaine et l’absence de résultats définitifs et consolidés incitent donc à la prudence. L’analyse de la participation record, et de la possibilité d’une mobilisation républicaine supérieure aux attentes, permettra probablement d’y voir plus clair.

Un autre ratage est d’ailleurs pointé du doigt et il ne concerne pas uniquement le président Trump. Alors qu’il devait basculer côté démocrate, le Sénat pourrait rester aux mains des républicains. Dans le Maine, la sénatrice républicaine Susan Collins a finalement gardé son siège. Elle n’avait jamais été donnée gagnante par le moindre sondage préélectoral.

À voir également sur Le HuffPost: La “conseillère spirituelle” de Donald Trump donne tout pour sa victoire





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