Procès des attentats de janvier 2015: qui sont les 14 accusés?


JUSTICE – La grande salle 2.02 du tribunal judiciaire de Paris, avec ses deux box des accusés qui se font face, sera bien remplie ce mercredi 2 septembre. Quatorze personnes doivent y être jugées pendant dix semaines devant une cour d’assises spéciale, pour les attentats terroristes ayant endeuillé la France du 7 au 9 janvier 2015 et fait 17 morts.

Quatorze accusés, au-dessus desquels planeront les trois fantômes des exécutants des attaques, morts sur place. Chérif et Saïd Kouachi avaient été abattus en sortant de l’imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) où ils s’étaient retranchés le 9 janvier, peu avant qu’Amedy Coulibaly meure lors d’un assaut policier.

À partir de ce mercredi sont jugés ceux que l’on soupçonne d’avoir aidé à organiser, logistiquement ou idéologiquement, ces attentats. Celui perpétré par les frères Kouachi au sein du journal satirique Charlie Hebdo et autour de la rédaction lors de leur fuite, et ceux d’Amedy Coulibaly, qui avait tué une policière municipale à Montrouge (Hauts-de-Seine) avant d’abattre quatre hommes, tous juifs, lors de la prise d’otages du magasin Hyper Cacher, dans l’Est parisien.

Trois des accusés, partis en zone irako-syrienne avant les attentats et visés par des mandats d’arrêt, seront absents. On ne sait officiellement pas s’ils sont toujours en vie.

Hayat Boumeddiene

Visée par un mandat d’arrêt

Son visage avait fait le tour des médias en même temps que celui d’Amedy Coulibaly, dans le cadre d’un appel à témoins lancé par la police le 9 janvier, alors que la prise d’otages de l’Hyper Cacher était en cours. Hayat Boumeddiene, la compagne du terroriste de la Porte de Vincennes, aurait 32 ans aujourd’hui.

Elle avait rejoint la zone irako-syrienne une semaine avant les attaques de janvier 2015, en compagnie des deux frères Belhoucine, dont il sera question plus bas. Une femme retenue comme elle dans un camp contrôlé par les Kurdes en Syrie a rapporté qu’Hayat Boumeddiene était en vie en octobre 2019 et qu’elle s’était échappée. Le Centre d’analyse du terrorisme (CAT) a confirmé en mai qu’elle faisait partie d’un groupe de treize jihadistes françaises parvenues à fuir des prisons syriennes.

Hayat Boumeddiene est accusée de participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle et financement du terrorisme. Elle aurait notamment participé à des escroqueries aux véhicules afin de financer les projets de son compagnon, épousé religieusement et non civilement en 2009. Elle encourt 20 ans de prison.

Mohamed Belhoucine

Visé par un mandat d’arrêt

Mohamed Belhoucine avait été condamné en 2014 à deux ans de prison dont un ferme (déjà effectué après son arrestation) pour avoir participé à une filière d’acheminement de jihadistes vers l’Afghanistan et le Pakistan. Il rencontre Amedy Coulibaly derrière les barreaux.

Cet ancien élève ingénieur de l’École des mines d’Albi est soupçonné d’avoir fourni un soutien logistique et idéologique au preneur d’otages. Il lui est notamment reproché d’avoir rédigé le texte de revendication du terroriste de l’Hyper Cacher et, selon Le Monde, d’en avoir diffusé la vidéo après sa mort. D’après les enquêteurs, il aurait eu “un rôle de sachant religieux à l’égard d’Amedy Coulibaly”. Il est poursuivi pour “complicité des crimes et délits” commis par Amedy Coulibaly et “participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle”. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Le 9 février 2016, “Le Petit journal” de Canal+ annonçait que Mohamed Belhoucine, alors âgé de 28 ans, avait été “tué au combat” dans la zone irako-syrienne, qu’il avait rejointe début janvier 2015. Son petit frère Mehdi, 24 ans, serait lui “mort des suites de blessures de guerre mal soignées”. Une source proche du dossier avait confirmé à l’AFP que les frères Belhoucine étaient “présumés morts” même si leurs décès n’ont pas été “officiellement démontrés” selon les juges.

Mehdi Belhoucine

Visé par un mandat d’arrêt

C’est lui qui apparaît aux côtés d’Hayat Boumeddiene sur les images de vidéosurveillance de l’aéroport d’Istanbul le 2 janvier, avant qu’ils rejoignent la zone irako-syrienne.

Cet ancien étudiant en ingénierie mécanique encourt 20 ans de réclusion criminelle pour “participation à une association de malfaiteurs terroriste
criminelle”, notamment pour avoir “exfiltré” la jeune femme.

Ali Riza Polat

En détention provisoire

Poursuivi pour “complicité” de crimes terroristes, il est celui qui, avec Mohamed Belhoucine, encourt la peine la plus lourde, la réclusion criminelle à perpétuité. 

Détenu depuis le 28 mars 2015, ce Franco-Turc de 35 ans apparaît ”à tous les stades de la préparation” des attentats, selon les juges antiterroristes. Il est soupçonné d’avoir “facilité la préparation et la commission” des crimes et délits des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, en recherchant et en leur fournissant des armes, mais aussi des contacts. Il aurait également fait des déplacements en Belgique et recherché un appartement pour préparer les attentats.

D’après les enquêteurs, “il connaissait et partageait l’adhésion des auteurs principaux à l’idéologie du jihad armé et à l’organisation terroriste État islamique”.

Juste après les attaques, il avait tenté à plusieurs reprises de quitter la France, et notamment de se rendre en Syrie, indique l’AFP.

Amar Ramdani

En détention provisoire 

Comme Mohamed Belhoucine et Nezar Pastor Alwatik (voir plus bas), Amar Ramdani a été incarcéré par le passé avec Amedy Coulibaly à la maison d’arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, où il était affecté comme eux à la buanderie.

Il est soupçonné d’avoir fourni un soutien logistique au terroriste, notamment en “intervenant dans la recherche et la fourniture d’armes” et “en l’assistant dans la vente d’une voiture provenant d’une escroquerie et en lui remettant de l’argent”, selon les enquêteurs.

Il est également soupçonné d’avoir joué l’intermédiaire entre Amedy Coulibaly et Saïd Makhlouf (voir plus bas), dont l’ADN a été découvert sur une arme que portait le jihadiste dans l’Hyper Cacher. 

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle pour “participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle”.

Nezar Pastor Alwatik

En détention provisoire

Comme les autres ex-codétenus d’Amedy Coulibaly, Nezar Pastor Alwatik a eu de nombreux contacts “physiques et téléphoniques” avec le terroriste jusqu’au 6 janvier 2015. Son ADN a été retrouvé sur deux armes (un pistolet semi-automatique et un revolver) découvertes dans un logement loué par Amedy Coulibaly à Gentilly, dans le Val-de-Marne, et à l’intérieur d’un gant retrouvé dans l’Hyper Cacher.

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Willy Prevost

En détention provisoire

Incarcéré depuis le 20 janvier 2015, Willy Prevost est l’un des premiers suspects interpellés dans cette affaire. Lui qui a côtoyé Amedy Coulibaly dans la cité de la Grande-Borne, à Grigny (Essonne), dont il est originaire, encourt 20 ans de réclusion criminelle pour “participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle”.

Il est soupçonné d’avoir participé à l’acquisition de la Renault utilisée par Amedy Coulibaly pour se rendre à l’Hyper Cacher. Son ADN a été retrouvé dans le véhicule. Il est aussi soupçonné de lui avoir fourni trois gilets tactiques, deux couteaux, deux gazeuses lacrymogènes et un taser. Il a par ailleurs reconnu avoir enlevé le traceur GPS de la moto Suzuki utilisée par le terroriste pour se rendre à Montrouge, où ce dernier a tué la policière Clarissa Jean-Philippe.

Saïd Makhlouf

En détention provisoire

D’après les enquêteurs, Saïd Makhlouf aurait entretenu des relations avec Amedy Coulibaly par l’intermédiaire d’Amar Ramdani. Son ADN a été retrouvé sur la lanière d’un taser utilisé par le jihadiste dans l’épicerie cacher. 

D’après le parquet, cité par L’Obs en 2018, Saïd Makhlouf et Amar Ramdani ont “détruit, ensemble, leurs puces de téléphone portable le 9 janvier” 2015.

Saïd Makhlouf encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Michel Catino

En détention provisoire

Michel Catino, détenu depuis le 2 juin 2017, est soupçonné d’avoir participé à la recherche et la fourniture d’armes (fusils d’assaut, lance-roquettes, pistolets automatiques) pour Amedy Coulibaly et les frères Kouachi. Il aurait notamment participé à des déplacements entre la France et la Belgique fin 2014-début 2015, rapporte l’AFP.

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Metin Karasular

En détention provisoire

Ami de longue date de Michel Catino, Metin Karasular est lui aussi soupçonné d’avoir participé à la recherche et au transport d’armes pour les terroristes. Il a également acheté à Amedy Coulibaly une Mini Cooper immatriculée au nom d’Hayat Boumeddiene, indique l’AFP.

Il encourt 20 ans de prison.

Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez

En détention provisoire

Âgés de 36 et 38 ans, habitant Charleville-Mézières (Ardennes), d’où sont originaires les femmes des frères Kouachi, ils sont accusés d’avoir recherché des armes pour Saïd Kouachi.

D’après l’AFP, ils s’étaient adressés, en lien avec Ali Riza Polat, à Metin Karasular et s’étaient rendus dans son garage, à Charleroi, en Belgique. Une liste recensant les prix de munitions et de détonateurs, rédigée par Polat selon une expertise, a été retrouvée dans ce garage.

Ils encourent 20 ans de réclusion criminelle.

Mohamed Fares

En détention provisoire

Il avait été interpellé puis placé en détention en mars 2018 après avoir été désigné fin 2017 dans une lettre anonyme. D’après les investigations, Mohamed Fares est lié à deux armes en possession d’Amedy Coulibaly. Amar Ramdani et Saïd Makhlouf s’étaient rendu à plusieurs reprises fin 2014 dans la région de Lille, d’où proviennent les armes du terroriste de Montrouge, pour y rencontrer Mohamed Fares, relate l’AFP. 

Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Christophe Raumel

Assigné à résidence sous surveillance électronique

Il est le seul accusé à ne pas être jugé pour des faits de terrorisme. D’après les juges, Christophe Raumel a participé, avec Willy Prevost, à l’achat de la Renault Mégane utilisée par Amedy Coulibaly pour se rendre à l’Hyper Cacher, mais également à l’acquisition des trois gilets tactiques, de deux couteaux, de deux gazeuses lacrymogènes et d’un taser. Il a stocké ce matériel chez lui.

Christophe Raumel, qui comparaît libre, risque 10 ans de prison pour “participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes de droit commun, sans caractère terroriste”.

À voir également sur Le HuffPost : Riss de Charlie Hebdo dévoile le journal criblé par les balles de l’attentat



Source link

Please follow and like us:

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.