Reconfinement: Macron écartelé entre situation sanitaire et désespoir des étudiants


CORONAVIRUS – “Rééquilibrer en faveur des jeunes, c’est bien l’idée”, a glissé ce jeudi 28 janvier à l’AFP un membre de l’entourage d’Emmanuel Macron partisan d’un confinement plus ouvert pour les jeunes. Quitte à reconfiner, le président souhaite cette fois préserver davantage les jeunes, pour rééquilibrer une stratégie sanitaire qui depuis le début privilégie la protection des plus âgés.

Mais la décision du chef de l’État n’est pas encore prise et la priorité sanitaire peut tout emporter si d’ici au week-end les chiffres se révèlent trop inquiétants. Il y a moins d’une semaine, le Président, en réponse au désarroi étudiant, avait annoncé depuis le campus de l’université Paris-Saclay, en Essonne, leur retour en “présentiel” à la fac un jour par semaine pour le 1er février. 

Depuis cette annonce, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, planche sur sa mise en œuvre. “C’est une demande très forte à la fois des étudiants, mais aussi des enseignants”, a souligné ce jeudi 28 janvier la ministre, qui espère qu’elle pourra s’appliquer. 

Depuis lundi, “il est possible pour les établissements d’accueillir des étudiants en gardant une jauge globale de leur capacité d’accueil à 20% en mettant en place des protocoles qui évitent que les étudiants ne se déplacent dans les bâtiments et ne se croisent trop”, a-t-elle expliqué sur France Bleu Paris.

Prise de conscience 

La possibilité de poursuivre ce retour partiel “va dépendre de la dureté” des mesures à venir mais “on fera tout pour que ce soit possible”, a-t-elle dit, en confirmant avoir averti mercredi en Conseil de défense que refermer les facs serait terrible pour les étudiants.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui s’est battu pour le maintien des écoles ouvertes, a aussi souhaité jeudi matin que la jeunesse devienne “la priorité absolue”. “Il y a des mesures qui sont prises mais il faut aller plus loin et être extrêmement bienveillant pour cette génération”, a-t-il déclaré sur France 2. 

Les signaux envoyés depuis quelques semaines vont dans le sens d’une prise en compte de la détresse de la jeunesse : selon un sondage Ipsos publié jeudi, près d’un tiers des 18-25 ans évoquent des pensées suicidaires.

Le chef de l’État, qui ne veut pas apparaître comme “le président des vieux”, affiche son souci de parler aux jeunes, la tranche d’âge où sa cote de popularité est la plus haute. Il a ainsi accordé en décembre une longue interview au site Brut, l’occasion de rappeler les mesures d’aide à l’embauche et le plan “un jeune, une solution” visant à ne pas laisser de jeunes au bord de la route.  

Ce lundi 25 janvier, le Premier ministre Jean Castex a décroché son téléphone pour discuter avec le youtubeur Gaspard G, qui avait posté sur Instagram un texte poignant sur les difficultés des étudiants, leur vie réduite à leur chambre, l’isolement, le risque de décrocher, la précarité, parfois le suicide et l’impression d’irremplaçables années de jeunesse volées. 

Élargir le RSA aux 18-25 ans?

Castex lui a laissé entendre prudemment que la promesse de Macron pourrait être tenue même en cas de reconfinement. “Même quand on est confiné, on a pu parfois prévoir un certain nombre d’exceptions. Là aussi, est-ce que compte tenu de la réalité des étudiants, on les fait entrer dans les exceptions ? Ces questions restent ouvertes”, a dit le chef du gouvernement.

L’exécutif veut aussi répondre aux manifestations qui ont eu lieu la semaine dernière, où au cri de “Rouvrez les facs !”, des milliers d’étudiants avaient exprimé leur détresse, révoltés d’être “les seuls qui en sortent pas” contrairement aux salariés et aux écoliers ou lycéens.

La question de la jeunesse est aussi devenue un argument pour l’opposition. Outre la réouverture des facs, les Verts et la gauche réclament d’élargir le RSA aux 18-25 ans. Plutôt qu’un revenu garanti qu’il refuse, le gouvernement phosphore sur des aides à l’”égalité des chances” orientées notamment vers les jeunes en difficulté qui veulent entrer sur le marché du travail. 

Le délégué général de LREM Stanislas Guerini a proposé de créer un prêt à taux zéro de 10.000 euros pour chaque jeune de 18 à 25 ans pour les aider à se lancer dans la vie active, remboursable sur 30 ans, suggestion que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a jugé intéressante.

À voir également sur le HuffPost: La lettre de Lucie étudiante de 21 ans à Macron pour rouvrir les facs



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