Rentrée 2020: À Saint-Denis, en zone rouge, la hantise des fermetures de classe


AFP

Des élèves faisant leur rentrée, masquée, en Allemagne.

POLITIQUE – “Ma plus grande angoisse, ce serait que l’école ferme”. Ce lundi 31 août, le département du 93 est toujours en zone rouge, considéré comme un territoire où le covid-19 circule activement. Il est également classé département vulnérable face à l’épidémie. C’est dans ce contexte très particulier que les directeurs et les proviseurs de l’école publique à Saint-Denis accueilleront leurs élèves au lendemain de la prérentrée des enseignants. À quelques heures de la sonnerie, c’est le stress qui domine.

Pas moins de 13.000 élèves franchiront les grilles des établissements de Seine-Saint-Denis ce mardi. Pour les accueillir au mieux, directeurs et enseignants sont, pour un certain nombre d’entre eux, rentrés plus tôt de vacances. Il faut bien assurer l’organisation un peu spéciale de cette rentrée 2020. À force de bonne volonté et d’heures supplémentaires, la veille, tout est fin prêt: le nombre d’enseignants, les masques pour le personnel, les emplois du temps…

Un aléa demeure et pas des moindres. Sur le fronton de tous les lycées, collèges, primaires et maternelles, une menace plane: la fermeture en cas de Covid-19.

“Mon objectif: c’est qu’on ne referme pas!”

“Ce qui m’inquiète, c’est le distanciel”, explique au HuffPost, Marie-Hélène Plard, directrice de maternelle. “Mon objectif: c’est qu’on ne referme pas! Que surtout ça ne devienne pas un cluster”, poursuit-elle. Car ce qui l’inquiète par-dessus tout, c’est la reprise de l’école à distance. 

Une de ses collègues, Catherine Da Silva, directrice d’école élémentaire dans la même ville, partage ses inquiétudes. “Si l’ARS décide de fermer l’école ou même quelques classes, je n’ai pas les moyens enseignants pour poursuivre le travail.” Quelques jours plus tôt, à Matignon, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer évoquait le dispositif à suivre en cas de contamination dans une classe. Y était précisée la fermeture “définitive ou partielle” en fonction de la situation sanitaire.

“Le problème, c’est que si l’on repasse en présentiel deux jours et à distance les deux autres jours, enseignants et directeurs se retrouvent avec une double charge de travail. Pendant le confinement, c’était possible d’assurer momentanément cette charge, là, sur une durée indéterminée ce n’est plus possible”, s’inquiète Catherine Da Silva.

Proviseur d’un collège-lycée à quelques kilomètres de là, toujours à Saint-Denis, Bruno Bobkiewicz explique que ce sont surtout les réaménagements d’emploi du temps qui vont être douloureux dans le cas d’une fermeture (partielle ou non) d’une classe ou d’un niveau. Autre difficulté: évaluer rapidement le rayon d’élèves contaminés pour prendre des dispositions proportionnées dans les temps.

Un département aux inégalités creusées

Mais l’angoisse derrière une éventuelle fermeture partielle ou complète, ce n’est pas qu’une affaire d’organisation ou de surcharge de travail pour les enseignants. Fermer l’école, c’est se priver du facteur humain pour le remplacer par le facteur numérique “et c’est à nouveau creuser les inégalités”, déplore Marie-Hélène Plart. “Même s’il y a une implication très forte des parents, et notamment dans les classes très populaires, l’accès au numérique n’est pas le même pour toutes les familles”, poursuit-elle.

La directrice l’a expérimenté pendant le confinement. “On a surtout passé du temps au téléphone avec les parents pour leur expliquer comment on écrit un mail, comme utiliser telle ressource, etc.”, explique-t-elle. Catherine Da Silva, elle, ne voit pas comment ce type d’enseignement pourrait se pérenniser dans leur secteur. “La ville de Saint-Denis, c’est 13.000 élèves. Il y a 2000 tablettes prévues en plus cette année au niveau national… Statistiquement, ça ne fonctionne pas.” 

Avant la rentrée, les deux femmes le répètent comme pour conjurer le mauvais sort d’une contamination massive dans leur établissement: rien ne remplace l’humain dans l’enseignement. Et d’envoyer un tacle à leur ministre de l’Éducation nationale par la même occasion. “Il profite de la crise sanitaire pour faire passer plus vite des réformes qui cassent l’école publique.”.

Bruno Bobkiewicz, avec ses 1800 élèves et 63 classes, relativise toutefois à quelques heures de la rentrée. “La prérentrée des enseignants s’est bien passée”, bien que sous le signe d’une foule de questions sur le virus. “Il y aura des cas positifs c’est sûr. Maintenant il faut croiser les doigts pour éviter une fermeture. Il faut qu’on fasse tous un effort. On va surtout essayer de ne pas trop paniquer.” 

À voir également sur Le HuffPost: Rentrée scolaire: L’intervention de Jean-Michel Blanquer sur France 2 le 20 août



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