Super Bowl: Avec le Covid-19, le sport US tentent de sauver les apparences


Denny Medley / Reuters

Le 24 janvier dernier, c’est devant moins de 17.000 spectateurs que les Kansas City Chiefs de Patrick Mahomes ont validé leur qualification pour le Super Bowl, où ils retrouveront les Tampa Bay Buccaneers de Tom Brady. Avec le covid-19, les stades sont en effet très clairsemés cette saison.

ÉTATS-UNIS – Sauver les apparences, quel qu’en soit le prix. Aux quatre coins du monde, la pandémie de Covid-19 a bouleversé calendriers et habitudes depuis l’hiver 2020. Mais aux États-Unis, un secteur tente de préserver envers et contre tout un semblant de normalité: le sport de haut niveau. C’est ainsi que ce dimanche 7 février, du public pourra assister, à Tampa, en Floride, au 55e Super Bowl entre les Kansas City Chiefs du prodige Patrick Mahomes et les Buccaneers locaux, emmenés par la légende Tom Brady. 

En effet, alors que le coronavirus a fait près de 450.000 morts dans le pays, les saisons professionnelles (et universitaires, parfois encore plus populaires), que ce soit en football américain, en basketball ou en hockey sur glace par exemple continuent de se dérouler. Comme si de rien n’était, ou presque. 

Titres de champion et marées humaines

Et tout est dans ce “presque”. Car pour le béotien, il est pratiquement impossible de se rendre compte au premier coup d’œil qu’une pandémie force une large partie de l’Humanité à se cloîtrer régulièrement depuis près d’un an.

En NBA, les Los Angeles Lakers de LeBron James ont été sacrés à l’automne au terme de playoffs spectaculaires; en NHL, les hockeyeurs du Lightning de Tamp Bay en ont fait de même; et les footballeurs de l’université d’Alabama ont même poussé des dizaines de milliers de supporters dans les rues de Tuscaloosa en remportant leur 18e titre de champions nationaux. 

Ces dernières semaines, en football américain -professionnel cette fois-, les Tennessee Titans, les Kansas City Chiefs ou les Buffalo Bills ont quant à eux pu disputer leurs matches éliminatoires à domicile devant du public. Et il en sera de même pour le Super Bowl de ce dimanche. 

Ça, c’est pour les apparences: des championnats qui se poursuivent, des titres qui sont attribués, des joueurs qui sont payés pour jouer et des fans qui peuvent allumer la télé à pratiquement n’importe quelle heure de la journée pour voir des matches de haut niveau en direct. 

Tests obligatoires

Sauf qu’en grattant un peu, le vernis s’effrite vite. Car non, les sportifs américains ne sont pas immunisés contre le coronavirus. Et pour parvenir à ce semblant de normalité, il faut déployer des trésors d’ingéniosité (qui ne suffisent bien souvent pas). 

Comme l’a parfaitement montré le traditionnel documentaire de présaison “Hard Knocks” en football américain, il faut pour commencer s’assurer que les équipes ne deviennent pas des foyers de contamination. C’est pour cela que la majorité des championnats professionnels, quel que soit le sport, ont mis en place des protocoles drastiques, dans le cadre desquels les joueurs sont testés quotidiennement. 

Chaque jour, les supporters des équipes découvrent ainsi qui parmi leurs joueurs favoris est cas contact, voire contaminé, et se retrouvera donc inactif pendant des jours. En NBA, certaines équipes incapables d’aligner un nombre suffisant de joueurs testés négatifs se retrouvent ainsi à ne pas jouer pendant des semaines. Tant et si bien que les Washington Wizards, habitués à disputer trois à quatre rencontres par semaine, se sont récemment félicités d’avoir un match maintenu. Ils sortaient de trois semaines d’annulations liées au Covid-19. 

Une donne qui fausse la dimension… sportive du sport. Car difficile de maintenir une équité quand un club est privé de ses cinq meilleurs joueurs et aligne des remplaçants, voire des quasi-retraités pendant deux semaines consécutives. C’est pourtant la solution qui a été choisie en NBA, après une saison précédente à l’issue extrêmement éprouvante pour les joueurs, disputée dans une “bulle” sanitaire coupée du monde extérieur pendant des semaines.  

Tout sauf des situations normales

Car il est difficile d’imaginer que des sportifs, aussi professionnels et rigoureux soient-ils, puissent s’épanouir longtemps sans voir leur famille, confinés dans leur chambre presque toute la journée et ne sortant que pour aller s’entraîner. Mais les tests quotidiens et la crainte d’être testé positif exercent pratiquement la même pression sur le mental des athlètes. À dix jours du Super Bowl, les joueurs de Kansas City et de Tampa Bay ont par exemple dû s’isoler strictement, un test positif risquant de les priver du match de leur vie. 

Surtout, ces tests quotidiens ne sont qu’une infime partie du protocole sanitaire. Il faut y ajouter des interdictions de célébrer, des chaises éloignées de plusieurs mètres du banc où souffler quand on sort du terrain avant de remettre son masque de protection, et une ambiance générale de suspicion et d’inquiétude permanentes. 

D’autant que le public, composante essentielle du sport de haut niveau, est bien souvent absent. Si les États-Unis, du fait de leur fonctionnement politique et institutionnel, observent des disparités en fonction des États, plus aucune salle ni aucun stade n’a fait le plein depuis bien longtemps. En NBA, les Indiana Pacers jouent face à moins de 4500 fans leurs matches à domicile, du fait d’une jauge de 25% de remplissage autorisé. Un record dans le championnat nord-américain de basket cette saison. Et en NFL, ce sont entre 10 et 20% des sièges des stades qui ont pu être occupés durant les playoffs, en fonction des États. 

Même pour le Super Bowl, s’il y a bien du monde en tribunes, on reste loin de la fête populaire. Sur les 22.000 personnes qui pourront prendre place dans le Ramond James Stadium de Tampa ce dimanche, 7500 seront des soignants déjà vaccinés contre le coronavirus, et les 14.500 restants des fans qui auront acheté un billet hors de prix. En clair, une fois de plus, l’idée est davantage de sauver les apparences, d’avoir du monde pour les caméras et les appareils photo, mais pas d’assister normalement à un événement sportif. 

“Est-ce que ça en valait vraiment la peine”

Et on ne parle là que des événements qui ont pu être maintenus. Car si les matches et championnats les plus lucratifs se poursuivent depuis le début de la pandémie (après des chemins bien souvent cahoteux), il ne faut pas oublier que nombre de compétitions ont été à minima raccourcies, voire complètement annulées. 

En football américain universitaire par exemple (la compétition évoquée plus haut avec le sacre d’Alabama), plusieurs facs et de nombreux observateurs ont dénoncé une saison tronquée, entre les matches annulés, les équipes lésées et la pression constante d’un virus meurtrier avec son lot de faux positifs et de revirements des organisateurs. “Est-ce que ça en valait vraiment la peine”, s’est notamment demandé Sport Illustrated, un mensuel sportif de référence. Et de répondre à cette interrogation légitime: “Personne n’a vendu son âme, les pires scénarios ne se sont pas réalisés, mais toute cette aventure n’a pas franchement été géniale”. Le tout en citant plusieurs acteurs du championnat expliquant qu’ils ne se relanceraient sûrement pas dans une saison de ce genre si c’était à refaire. 

Face à des enjeux économiques colossaux et dans une Amérique où l’omniprésente industrie du divertissement tourne au ralenti à cause du Covid-19, le monde du sport a avant tout cherché à conserver sa place. Mais seuls les plus puissants y sont parvenus, offrant aux téléspectateurs et aux fans une impression de normalité. Mais une impression seulement, comme le prouvera le stade dégarni de Tampa ce dimanche, dans un État endeuillé par l’épidémie. Et cela pourrait perdurer. La Floride s’est en effet proposée pour remplacer Tokyo au cas où les Jeux olympiques ne pourraient pas se tenir cet été. Histoire de maintenir encore un peu plus l’illusion. 

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