« Uber Eats ne protège personne »: un livreur sans papiers raconte sa vie pendant le confinement


SANS PAPIERS – Ils n’ont pas cessé de prendre vos commandes. Ceux qui travaillent pour des applications de livraison à domicile ont permis à de nombreux restaurants de continuer leur activité pendant le confinement. Amir, un livreur sans papiers, a raconté au HuffPost la réalité de son travail pendant cette période de temps mort pour les métiers de bouche.

“Ils galèrent, ils ont peur. Ils n’ont pas le droit à la parole”, a raconté Amir, devant l’objectif du HuffPost. “Ils”, se sont les livreurs sans documents administratifs, très nombreux selon Amir, qui font l’intermédiaire entre les clients et les restaurants.

Payé quelques euros à la course et à la merci des évaluations de ceux qui attendent leur repas chez eux, Amir a raconté les conditions de travail des livreurs qui luttent pour survivre pendant le confinement, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article.

“Pendant le premier confinement, il était impossible de trouver des masques à moins de 30 ou 40 euros et on ne pouvait pas travailler sans être protégé, les clients nous mettant une évaluation négative pour la moindre chose. Et Uber Eats privilégie le client donc, notre compte se retrouvait bloqué sans vérification”, raconte Amir.

De son côté, Uber Eats affirme avoir donné gratuitement des masques pendant la première semaine de mai 2020 et rembourser l’achat de gel hydroalcoolique, de lingette et de masques à hauteur de 25 euros par mois et par livreur depuis le 17 mais. Mais selon Amir “tout reste à la charge des livreurs” et l’entreprise “ne protège personne.”

Afin de garantir la sécurité des utilisateurs et des livreurs, l’application a mis en place un protocole obligeant ceux qui livrent à éviter les contacts et à porter un masque lors des livraisons. Les clients sont encouragés à évaluer les livreurs et à mentionner lorsque ceux-ci ne respectent pas ce protocole. D’après Amir, un seul oubli de masque peut se solder par une suspension de compte.

“Location de comptes”

Les livreurs ne sont pas rémunérés par Uber Eats. Ils sont payés à la course et une partie de ce que touche le restaurant leur est également reversée. Selon les distances parcourues, un livreur touchera donc entre deux et trois euros.

Or, après l’arrêt des activités, de nombreux livreurs qui dépendaient de petits boulots dans le secteur du bâtiment ou d’extras dans la restauration se sont retrouvés contraints à travailler dans le seul secteur qui pouvait leur donner du travail pour survivre : la livraison de repas.

Ce petit boulot ne s’obtient pas sans effort. Les livreurs sans papiers font donc appel au système de la “location de compte”. Ils travaillent à la place de la personne qui a ouvert un compte de livreur auprès d’Uber Eats. Selon Amir, la pratique est si répandue que la majeure partie des livreurs seraient des personnes sans papiers.

“Uber sait tout, ils savent que personne ne travaille avec son propre compte”, défend Amir de son côté. D’après le livreur, l’application a eu un rôle salvateur en permettant aux personnes en situation irrégulière de travailler, mais il souhaiterait qu’elle prenne aussi ses responsabilités et protège mieux ceux qui permettent au service de fonctionner.

Interviewé par Le HuffPost, Uber Eats France a déclaré ne pas “tolérer” ce genre de pratique et a mis en place un système d’identification en réel afin de traquer ce genre de compte. Cependant, l’application n’a pas communiqué le nombre de comptes “loués” et déclare avoir mis en place de nombreux points de vérification depuis décembre 2019 pour éviter cette dérive.

Croissance exponentielle

En France, l’activité de Uber Eats a marqué une augmentation exponentielle pendant le second trimestre 2020. L’activité du service de livraison a fait un bond de 100% comparé au second semestre 2019. L’application a également connu une croissance de plus de 130% entre août 2019 et août 2020.

Dès le premier confinement en mars, de nombreux restaurants se sont inscrits sur l’application. Entre mars et juin 2020, 5000 restaurateurs comptant parmi eux des chefs étoilés ont rejoint le service de livraison pour survivre à l’absence de clientèle. Et de son côté, Uber Eats a vu un nouveau type de clientèle passer des commandes, les familles. Devant cette augmentation d’activité, près de 5000 livreurs ont également rejoint le service. Si l’augmentation du nombre de restaurants et de livreurs a permis aux clients d’obtenir un service plus varié, sans attendre davantage pour être servis, pour certains livreurs cela a eu pour conséquence de diminuer leurs revenus.

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