Vaccin anti-Covid-19: comment des personnes non prioritaires sont quand même vaccinées


JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Des patients font la queue pour se faire vacciner contre le Covid-19 à l’hôpital de Mercy, à Metz (Grand Est) le 14 janvier 2021

SANTÉ – Professionnels de santé de moins de 50 ans en bonne santé, jeunes, policiers, membres du personnel administratif, politiques… Depuis le début de la campagne de vaccination lancée le 27 décembre dernier avec un calendrier bien précis, certains Français non prioritaires ont eu accès au vaccin contre le Covid-19 alors qu’ils n’y avaient pas droit. 

Des privilèges qui passent mal, à l’heure des tensions d’approvisionnement des doses. Si ce lundi 15 février, plus de 2 millions de personnes ont reçu la première dose du vaccin anti-Covid,selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, de nombreux plus de 75 ans peinent encore à prendre un rendez-vous, faute de disponibilité sur les plateformes d’inscription. 

Pourtant, d’ici la fin février, date à laquelle la vaccination pourrait être élargie aux personnes âgées de 65 à 74 ans, l’objectif est de vacciner 4 millions de personnes prioritaires, a rappelé ce lundi Alain Fischer, le “Monsieur Vaccin” du gouvernement. Comment, malgré une stratégie gouvernementale  bien ficelée, un public non éligible a-t-il eu accès à la vaccination? Pour rappel, au lancement de la campagne seules les personnes âgées résidant en Ehpad étaient prioritaires, mais depuis le 18 janvier dernier, les Français de plus de 75 ans hors Ehpad et les personnes atteintes de pathologies à haut risque peuvent également se faire vacciner.

Des jeunes sur les plateformes en ligne 

Le premier facteur est logistique. La prise de rendez-vous peut se faire en ligne, via trois prestataires privés, Doctolib, Maiia ou Keldoc, accessibles depuis le site du gouvernementSante.fr. L’objectif est de fluidifier et d’accélérer la campagne, en rendant la prise de rendez-vous plus facile. Mais ce système d’inscription sur internet ne permet pas de bloquer l’accès à la vaccination aux personnes non éligibles. En pratique, il est difficile, au moment de l’inscription de s’assurer que les personnes s’inscrivant appartiennent véritablement au public prioritaire. Comment savoir par exemple qu’un homme de moins de 75 ans présente bien une pathologie à risque? 

“Il n’y a pas de moyen de le contrôler sur les plateformes d’inscription en ligne, tempête Luc Dusquenel, médecin généraliste et président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), auprès du HuffPost, car cela poserait le problème du secret médical. Tout est déclaratif.” Des dires confirmés en partie par la Direction générale de la santé (DGS) contactée par Le HuffPost. “Quand la personne prend rendez-vous, il y a un engagement sur l’honneur, mais la preuve qu’elle correspond bien au public éligible est demandée sur place seulement”, a-t-elle pointé.

Une situation qui s’explique en partie par un taux d’adhésion de la population à la vaccinationbien plus élevé qu’attendu, explique Luc Dusquenel. En Ehpad, il a notamment atteint les 80%, tandis que l’ensemble des Français étaient 56% à avoir l’intention de se faire vacciner à la mi-janvier d’après un sondage, soit 14 points de plus que le 23 décembre dernier. “Certains Français trichent, et prennent rendez-vous à la place de leurs aînés”, reprend le médecin, même si cela reste minoritaire, de l’ordre de 0,5% des inscriptions selon lui. 

Au-delà de ceux qui trichent, certains se méprennent sur les critères d’éligibilité depuis que le public prioritaire a été élargi aux personnes présentant des pathologies à “haut risque”. “Beaucoup pensent rentrer dans la catégorie des personnes présentant des pathologies à haut risque alors que ce n’est pas le cas, comme les diabétiques, l’exemple le plus fréquent”, explique au HuffPost Anne-Laure Bonis, médecin généraliste et présidente du syndicat MG France.

Agressivité de certains patients

Une fois l’inscription réalisée, difficile pour les médecins de renvoyer le patient. Anne-Laure Bonis pointe leur “agressivité”: “Nous n’avons pas le temps de faire de la pédagogie une fois qu’ils sont face à nous, l’épluchage devrait être fait avant. Or les plateformes en ligne ne sont pas un outil adapté pour le faire.”

C’est également ce que souligne Luc Dusquenel qui lui, se souvient d’une femme d’une cinquantaine d’années sans pathologie à risque qui avait “menacé de se suicider” lorsqu’on lui avait refusé l’accès à la vaccination. “Elle a menacé de porter plainte et a expliqué que si elle mourait, ce serait de la faute de l’hôpital”, regrette-t-il. 

En fin de journée, lorsque l’urgence est à l’écoulement des doses préparées, le refus devient presque impossible. Une fois les flacons sortis du frigo et préparés, ils doivent servir dans les 6 heures. “En fin de journée, si nous disons non à un patient qui a pris rendez-vous, nous risquons de devoir jeter le vaccin quelques heures plus tard puisqu’il est inutilisable le lendemain”, reprend Anne-Laure Bonis. Et la professionnelle de santé d’appeler au calme: “Prendre la place de sa grand-mère est contre-productif. Je comprends l’inquiétude des Français, mais se précipiter ne sert strictement à rien”. 

Des “coupe-files” pour des privilégiés ?

Un autre cas de figure est par ailleurs pointé du doigt: des hôpitaux parisiens sont accusés d’avoir fait bénéficier à des personnes non prioritaires des “coupe-files” pour être vaccinés contre le coronavirus. Et ce, en dépit des consignes gouvernementales.D’après une enquête Franceinfo publiée le 9 février sur l’Hôpital américain de Neuilly, certains élus et notables auraient pu bénéficier début janvier des premières doses du vaccin contre le Covid-19 alors que certains soignants éligibles de l’hôpital attendent toujours leur première injection.

Précisément, une vingtaine des membres du “Board of Governors” (équivalent anglo-saxon d’un conseil d’administration), à savoir des personnalités internationales et dirigeants d’entreprise auraient reçu deux doses de vaccins. L’hôpital américain, contacté par la radio publique a indiqué de son côté avoir vacciné “toutes les personnes volontaires et éligibles intervenant dans l’hôpital”, “selon les critères du ministère de la Santé et conformément aux directives des autorités sanitaires”.  

Autre exemple: le 28 janvier dernier, la CGT accusait dans un communiqué l’Hôtel-Dieu d’avoir fait bénéficier à des “privilégiés” des passe-droits. “Monsieur Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Mr Frédéric Batteux responsable du centre de vaccination de l’Hôtel-Dieu ont décidé de vacciner du personnel de la Mairie de Paris et autres privilégiés en dehors de toutes les recommandations de la Haute Autorité de Santé, du ministère et de tout critère médical de risque!.” Des accusations démenties dès le lendemain par la Mairie de Paris. 

Des allégations qui ont fait réagir plusieurs politiques, notamment Geoffroy Boulard, maire du 17ème arrondissement de Paris. “Les faits relatés par la CGT sont très graves”, avait tweeté l’élu. D’autant qu’avant l’alerte de la CGT, plusieurs médecins avaient déjà attiré l’attention du maire sur ces prétendus “passe-droits”: “Nous avons reçu plusieurs mails de médecins déplorant que des secrétaires administratifs, des membres de la préfecture de police et l’ensemble du personnel soignant bénéficiaient de coupe-files”, a relaté au HuffPost la mairie du 17e arrondissement de Paris. 

Pour le médecin généraliste et président de la CMSF Luc Dusquenel, ces faits ne sont pas isolés. “Plusieurs centres hospitaliers en France ne respectent pas le code de la route, de manière volontariste et inscrivent par exemple tous les professionnels de santé de leur établissement sur des plateformes de vaccination pour qu’ils accèdent au vaccin en priorité”, déplore-t-il sans souhaiter toutefois citer d’établissements spécifiques. Une professionnelle de santé du CHU de Reims qui a souhaité rester anonyme a confirmé ces propos auprès du HuffPost: “Je sais que plusieurs hôpitaux de France vaccinent volontairement des personnes qui ne correspondent pas à la stratégie gouvernementale, ce qui pose un vrai problème éthique.” 

Selon le calendrier fixé par le gouvernement, les autres tranches de la population non ciblées aujourd’hui, mais susceptibles d’être infectées devraient avoir accès aux doses au printemps 2021. Quant aux personnes âgées de 65 à 74 ans, elles pourront vraisemblablement recevoir une injection début mars. 

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