Vaccination contre le Covid-19 : un dispositif expérimental mis en place en Seine-Saint-Denis


AFP via Getty Images

Quel est ce dispositif expérimental mis en place pour la vaccination en Seine-Saint-Denis (Photo de personnes attendant d’être vaccinées par FRED TANNEAU/AFP)

VACCIN – Rétablir l’égalité dans la vaccination. C’est dans ce but que la préfecture de Seine-Saint-Denis, en lien avec l’ARS, a décidé de tester un dispositif expérimental de vaccination dédié aux personnes en situation de précarité et de vulnérabilité, comme elle l’a annoncé ce lundi 15 février.

Depuis le lancement de la vaccination contre le Covid-19 pour les personnes âgées de 75 et plus, les centres de vaccination de Seine-Saint-Denis sont submergés. Les 17 lieux concernés font d’ailleurs état d’un phénomène qui les a, au premier abord, surpris: une grande partie des patients qu’ils reçoivent pour la vaccination ne vient pas de la ville, ni même du département. Ces réservations de créneaux se font donc au détriment des locaux, notamment en situation de précarité. 

“J’étais là le premier jour de vaccination au centre. Au début j’ai remarqué que les patients qui arrivaient ne faisaient pas partie de ma patientèle habituelle. Puis les jours suivants cela s’est confirmé avec les 16 autres centres de Seine-Saint-Denis: on a eu un flot de personnes venant de Paris ou d’autres départements, il y en a même eu d’Issy-les-Moulineaux et on peut dire que c’est loin d’être limitrophe avec la Seine-Saint-Denis. On a fait le bilan de la première semaine et en effet, 40% des patients venus se faire vacciner n’étaient pas du département”, témoigne auprès du HuffPost le docteur Didier Duhot, responsable du centre de vaccination de Pantin. Les centres de Pierrefitte et de Noisy-le-Grand évaluent eux à 34 % la part de rendez-vous pris par des Séquano-Dyonisiens pour la période du 18 janvier au 13 mars, noteLibération.

Mais alors pourquoi cet afflux vers le 93? Selon le docteur, ce phénomène peut s’expliquer de plusieurs façons et doit a priori se produire dans d’autres départements d’Île-de-France.

“Lors de l’ouverture des créneaux de vaccination chez nous, le 15 janvier, on a constaté que tout avait été pris le soir même jusqu’en mars. Il s’est avéré que c’était le fait de patients venant d’autres départements et quand ils s’agissait de Séquano-Dionysiens, ils venaient généralement de classes socioprofessionnelles élevées. En parlant entre nous, avec les autres centres du 93, on a commencé comprendre ce qu’il se passait: les centres, notamment de Paris, se sont remplis très vite, notamment via les plateformes Doctolib, Keldoc et Maiia. Et ceux qui n’ont pas trouvé de créneaux se sont tout de suite rabattus vers les centres proches”, nous explique le directeur du centre.

De fait, d’après lui, ce comportement a mis en lumière une autre fracture, celle de l’égalité des chances. Les personnes ayant réussi à réserver rapidement en ligne connaissent relativement bien Internet et les technologies. De fait elles sont allées beaucoup plus vite que les personnes en situation de précarité. Ces dernières pouvant être plus éloignées des outils de prise de rendez-vous, de l’info et du système de soin. “On a réalisé que la situation illustrait de façon flagrante la fracture numérique et les inégalités sociales”, regrette le Dr Olivier Duhot, dénonçant une politique du “premier arrivé, premier servi”. 

“Ces réservations en ligne sont déjà un peu contre-intuitives pour les plus de 75 ans, mais c’est carrément un non-sens pour les populations précaires de notre département, dénonce auprès de Libération le Dr Fabrice Giraux, responsable du centre de vaccination d’Aubervilliers. Actuellement, ce sont les personnes âgées les plus éduquées, les plus informées, familières d’Internet et des nouvelles technologies qui tirent avantage de ce système”.

Comment repérer les personnes sans couverture sociale?

La préfecture de Seine-Saint-Denis, pointée du doigt par les maires pour ne pas traiter le problème, a ainsi annoncé lundi 15 février la mise en place, avec l’ARS, de mesures dédiées aux personnes en situation de précarité et de vulnérabilité afin qu’elles aient accès à des créneaux de vaccination. Un centre va d’ailleurs être mis à disposition à Bobigny à cet effet.

Olivier Duhot nous explique que ce centre de Bobigny est un centre d’examen de la sécurité sociale dédié en temps normal aux visites médicales et check-up complet des personnes en situation de précarité. Il va désormais servir à recevoir les patients pour la vaccination. “La caisse d’Assurance maladie va appeler les personnes qui ont la CMU et l’aide médicale d’État pour leur proposer de se faire vacciner”, précise-t-il. Toutefois une question se pose: qu’en est-il des personnes qui n’ont pas la CMU, pas de couverture sociale, pas de mutuelle et, qui plus est, pas les moyens de se déplacer depuis les quatre coins du département? Comment vont-ils réussir à passer dans le radar de CPAM? 

Dans un communiqué, l’ARS donne des éléments de réponse:

“Dans une logique ‘d’aller-vers’ renforcée, la CPAM identifie ces personnes grâce à ses données de santé, en cherchant celles qui paraissent particulièrement éloignées du système de santé (consultations peu fréquentes ou lointaines par exemple) et qui sont à risque (certaines affections de longue durée par exemple). Les collectivités territoriales participent à cette identification à travers les actions sociales qu’elles peuvent mener auprès des populations fragiles.

Les personnes identifiées, toutes éligibles à la vaccination, sont contactées par l’Assurance maladie qui leur propose de se faire vacciner et, si elles l’acceptent, prend pour elles un rendez-vous dans le centre. En cas de difficulté de transport ou de besoin d’accompagnement, des solutions adaptées sont construites avec les collectivités territoriales”.

50.000 doses de vaccin pour la politique “d’aller-vers”

Enfin, l’ARS Île-de-France évoque une attribution d’un volume de doses pour les populations les plus précarisées. 

“L’Agence régionale de santé Île-de-France va désormais dédier un volume régional de doses de vaccins qui sera alloué chaque semaine dans les huit départements de la région pour mettre en place des stratégies territoriales d’intervention, adaptées à chaque territoire, et toucher les publics les plus éloignés de la vaccination. De la fin du mois de février jusqu’à la fin du mois de mars, un volume de 50.000 doses de vaccin sera consacré à ces politiques d’aller-vers”.

Elle précise que cette dotation sera affectée dans les départements en tenant compte de la population et de la situation sociale et doit permettre d’engager des démarches facilitant la vaccination de personnes en résidences autonomie, des personnes âgées isolées à domicile, ayant peu de moyens pour se rendre en centre de vaccination, de personnes âgées en foyers de travailleurs migrants ou de différentes catégories de personnes âgées précaires ou très isolées.

“Ces démarches, qui souvent conduiront à vacciner à domicile ou dans l’hébergement collectif, sont laissées à l’initiative des acteurs départementaux, sous la coordination des Préfets, avec l’appui de l’ARS”, est-il précisé.

La préfecture de Seine-Saint-Denis, contactée par Le HuffPost, n’a pu donner suite à nos sollicitations. 

À voir également sur Le HuffPost: Olivier Véran, premier ministre à se faire vacciner contre le Covid-19





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