Vous pensez que les élections aux États-Unis ou en France sont une farce? Votez avec moi en dictature!


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« Certains, pour prouver leur amour au Président syrien, se font une petite blessure au doigt, votant ainsi avec leur sang. » (Illustration smartboy10 via Getty Images).

Dans une interview sur France 2, une jeune étudiante en art, s’exprimait ainsi: ”C’est la première fois que je vote, je viens d’avoir 18 ans. Je pense qu’engagé ou pas il faut choisir notre Président ”. Elle parlait de ses droits, en tant que citoyenne américaine. Ces droits, je les ai exercés plusieurs fois en Syrie mais pas de la même manière. 

Des élections de sang 

Dans un pays comme la Syrie, les élections se passent très bien, les photos du Président sont omniprésentes quelques mois avant le jour de vote, les radios, la télé, diffusent des chansons patriotiques, des fêtes et des rassemblements de soutien obligatoires sont organisés par les services de renseignement. En attendant ce jour, personne ne se demande si le Président va gagner, car, simplement, il n’y a que lui.

Selon la constitution syrienne, les élections doivent être organisées tous les sept ans. Si aucun candidat n’obtient plus de 50% des voix, c’est le parlement qui désigne le Président. Pendant 30 ans, Hafez el-Assad, le père du Président actuel, l’a emporté avec un score d’au moins 95%, jusqu’à l’année 1999, où il a été élu par 100% du corps électoral. Le plus paradoxal, drôle, et triste à la fois, c’est la façon dont les opérations électorales se déroulent. Dans des petits centres, les gens arrivent, les employés leur remettent une feuille portant un Oui et un Non, l’électeur a le droit de se mettre derrière un rideau, ou de rester devant le bureau pour rayer un des deux mots. Certains, pour prouver leur amour au Président, se font une petite blessure au doigt, votant ainsi avec leur sang.

De toute façon, tout le monde sait que ces papiers finiront dans la poubelle le soir même de l’élection, sans même avoir été comptabilisés: le résultat a été décidé par le Président lui-même. 

Chacun a sa peur 

Des fêtes, des rassemblements partout, des photos des candidats. Les élections américaines intéressent toute la planète, tout comme la coupe du monde. Pas seulement parce que c’est l’état le plus puissant de la planète, mais aussi à cause du contexte de ces élections: cette fois, la peur des émeutes est plus présente avec tout ce que les États-Unis ont vécu de vagues racistes ces derniers mois; et à cause des avertissements menaçants de Donald Trump à propos de ce qu’il qualifie de “fraudes”.

Les élections actuelles en Amérique peuvent être confuses, mener à la violence, ou à la Cour suprême. Cela s’était déjà produit en 2000 entre Al Gore et Bush, à cause d’une erreur dans les machines qui poinçonnaient les bulletins et du comptage des votes. Ce qui a créé une perturbation certaine, la Cour suprême finissant par décider que Bush avait gagné.  

Nous avons eu aussi peur, mais moins fortement, lors des dernières élections présidentielles de 2017 en France. Que se passerait-il si l’extrême droite gagnait? Pour la plupart, ce scénario était impossible. Mais après tout, qui avait prévu que Trump serait vainqueur? C’était la première fois de ma vie que je vivais une vraie élection. Bien que n’ayant pas le droit de voter, et c’est toujours le cas, j’étais enthousiaste, je suivais les événements, les débats, pas à pas.

À l’époque, parmi mes amis, nombreux étaient celles et ceux qui n’avaient pas voté, ou voté blanc. Ils avaient perdu toute confiance dans l’avenir de la France, ou n’étaient d’accord avec aucun candidat. Rien que de très normal. Certains pensaient que de toute façon, nous vivions dans un pays de dictature, comme en Syrie. Mais une dictature masquée, dirigée par les médias qui manipulent le peuple. Cette idée qui n’a tout simplement rien à voir avec la réalité insulte les peuples qui subissent encore des régimes fascistes.

Une fois, en Syrie, un électeur malvoyant a rayé Oui à la place du Non, mis son bulletin dans l’urne et est parti. En chemin vers son domicile, il a eu des doutes. Avait-il voté comme il faut? Il ne pouvait pas retourner au bureau de vote de peur que la police ne l’incarcère si son choix avait été repéré. Il craignait aussi que quelqu’un ne l’ait vu. Il décide alors de revenir et d’expliquer le problème aux services de renseignement, qui le rassurent. “Tu as choisi Non, mais nous savons que ta vue est mauvaise et que tu aimes le Président, aussi l’avons-nous changé en Oui.”

La peur de cet homme n’a rien à voir avec celle que nous avons vécue en France, ni avec celle que les Américains connaissent actuellement pendant l’élection présidentielle. 

 

 “Le dernier Syrien” de Omar Youssef Souleimane, en savoir plus ici.

 

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